Il a sonné un mardi soir, badge à la main, pour un simple relevé de compteur. Je n’ai rien vu venir, jusqu’au moment où il a sorti un petit terminal de carte de sa poche.
J’ai ouvert à un agent des eaux venu relever mon compteur : quand il a sorti un terminal de carte, j’ai compris qu’il n’était pas là pour l’eau

- Un technicien de l'eau n'encaisse jamais sur place, ni en espèces ni par carte bancaire.
- Les faux agents annoncent souvent un trop-perçu à rembourser, puis débitent la carte au lieu de la créditer.
- Un vrai service des eaux passe par un devis signé et un paiement en ligne, par virement, par chèque ou au bureau de poste.
Un terminal de carte à la porte : le signal d'alarme
Un technicien de l'eau qui sonne chez vous n'encaisse rien. Ni en espèces, ni par terminal de carte. L'alerte lancée fin août 2026 en Loire-Atlantique, à Rezé, à Indre, aux Sorinières et dans les secteurs de Pontchâteau et d'Estuaire et Sillon, le rappelle sans détour : les techniciens qui se rendent au domicile des habitants ne sont jamais habilités à encaisser sur place.
Dès que le terminal sort de la poche, la visite sent l'arnaque.
Le scénario est rodé et se répète d'une commune à l'autre. Des inconnus sonnent en se disant techniciens de l'eau, pour une relève ou un contrôle du compteur, une mesure de la température de l'eau ou un point sur la consommation. Vient ensuite la demande de paiement sur place, surtout avec un terminal de carte bancaire. Dans certains cas rapportés, une petite somme est saisie sous les yeux de l'habitant, puis un débit bien plus gros apparaît sur le compte.
Lorient, février 2026 : le faux remboursement
Lorient Agglomération a donné l'alerte en février 2026, après des cas touchant des particuliers, notamment des personnes âgées. Les faux agents y annonçaient un « trop-perçu » sur la facture d'eau, qu'ils proposaient de rembourser sur la carte bancaire. Un terminal de paiement apparaissait alors, avec la consigne d'y insérer la carte.
La victime croit être créditée sur-le-champ du remboursement attendu, sans rien avoir à sortir d'autre que sa carte. En réalité, c'est la somme saisie sur le terminal qui est débitée de son compte, et non créditée.
Un vrai remboursement de trop-perçu n'emprunte pas ce chemin. Si vous êtes prélevé, l'argent revient directement sur votre compte bancaire, sans que vous ayez la moindre démarche à faire. Sinon, il vient du Trésor public, et un courrier vous prévient. En aucun cas un salarié d'une compagnie des eaux ou un agent de l'agglomération ne se déplace chez vous pour rembourser par carte bancaire.
Ce que fait un vrai service des eaux, et ce qu'il ne fait pas
Une prestation payante, en dehors de la facture d'eau, suit un parcours balisé. Elle passe d'abord par un devis signé. Le règlement se fait ensuite en ligne sur un site sécurisé, par virement, par chèque ou en espèces au bureau de poste.
Le règlement à la porte ne figure dans aucune de ces options.
Dans le Valenciennois, une alerte a été lancée fin octobre, et elle rappelle à quoi ressemble un agent authentique. Un vrai technicien y porte une tenue au logo du service, circule dans un véhicule identifié et présente sur demande une carte professionnelle, trois repères faciles à vérifier depuis le seuil.
Le passage d'un releveur peut être normal, 1 fois par an, si le compteur n'est pas connecté. Cette relève annuelle ne concerne que ces compteurs non connectés. Or l'agglomération du Valenciennois indique que tous ses usagers ont désormais un compteur connecté. Là-bas, un visiteur venu relever un compteur devrait donc éveiller la méfiance, d'autant qu'un relevé, même légitime, ne s'accompagne d'aucun paiement.
Les bons gestes, derrière la porte
Premier réflexe : parler par le judas ou par l'entrebâilleur, sans ouvrir en grand. Demandez la carte professionnelle, que les agents officiels sont tenus de présenter. Tenue au logo du service et véhicule identifié viennent compléter le tableau.
Appelez ensuite le service des eaux au numéro figurant sur votre facture, jamais celui que vous tend le visiteur. Dans le Valenciennois, le service client (09 77 40 06 83) peut confirmer qu'un agent a bien été envoyé à votre adresse, et sans cette confirmation, on ne fait pas entrer.
Ne payez rien, et ne confiez surtout pas votre carte.
Si le visiteur insiste ou menace, composez le 17. Insistance, menace ou pression pour payer tout de suite relèvent des forces de l'ordre, pas de la discussion sur le palier. Notez de quoi décrire la scène : tenue, véhicule, heure de passage.
Si la carte a déjà servi
Si la carte a été insérée dans le terminal, faites opposition tout de suite auprès de votre banque, avant toute autre démarche. La plainte vient ensuite, et c'est elle qui officialise les faits.
Pour la plainte, mieux vaut arriver avec des éléments précis. Notez l'heure de la visite, le service dont le visiteur se réclamait, la tenue portée et le véhicule s'il y en avait un. Gardez aussi le justificatif remis par le terminal, le cas échéant, ainsi que le relevé bancaire montrant le débit. Prévenir ensuite le vrai service des eaux, au numéro de votre facture, aidera à documenter l'usurpation de son nom.
Une saison propice aux visites tardives
Autour du 1er novembre, la nuit tombe vers 17 h 40. Les visites de fin de journée se font donc dans la pénombre, au moment où l'on rentre chez soi, fatigué, et où le logo d'un véhicule se distingue moins bien. Un visiteur qui se présente à cette heure mérite le même traitement qu'en plein jour : judas, carte professionnelle, appel au service des eaux.
Les alertes se sont succédé en 2026 : Lorient en février, la Loire-Atlantique fin août, le Valenciennois fin octobre. D'une collectivité à l'autre, la consigne ne varie pas : un paiement à la porte, quel qu'en soit le mode, ne correspond à aucune procédure du service des eaux.
Lorient Agglomération signale par ailleurs d'autres usurpations d'identité, cette fois d'agents du service des déchets. Les escrocs se présentent à domicile en prétextant le changement d'une poubelle, ou envoient de faux SMS dans le cadre d'une prétendue campagne de « puçage des bacs ». Là encore, les agents officiels sont reconnaissables à leurs vêtements logotés et tenus de présenter leur carte professionnelle.
Sources : lorient-agglo.bzh | assemblee-nationale.fr | a860-gpp.nyc.gov
