Eaux minérales trafiquées : L’UFC-Que Choisir attaque Nestlé pour pratiques trompeuses

C’est un nouveau coup dur pour la réputation des eaux en bouteille. L’association UFC-Que Choisir a annoncé avoir saisi la justice contre Nestlé Waters, la filiale du géant agroalimentaire responsable notamment des marques Vittel, Hépar, Contrex ou Perrier. En cause : l’utilisation de procédés de traitement de l’eau interdits pour les eaux minérales naturelles, tout en continuant à les commercialiser sous cette appellation. Une pratique que l’association qualifie de tromperie à grande échelle.

Par Eve B.
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Ce que l’on reproche à Nestlé Waters

Selon les révélations publiées au printemps 2024 par Le Monde, et confirmées par l’association de consommateurs, Nestlé aurait, pendant des années, traité certaines de ses eaux minérales avec du charbon actif, des filtres, voire de la lumière UV, afin d’éliminer des contaminants chimiques ou bactériens.

Problème : ces pratiques sont interdites pour les eaux minérales naturelles, en vertu de la réglementation européenne et française. Pour mériter cette appellation, une eau minérale ne doit subir aucun traitement modifiant sa composition microbiologique ou chimique. Elle doit être naturellement propre à la consommation à sa source.

En traitant ses eaux tout en les présentant comme « naturelles », Nestlé aurait donc, selon l’UFC-Que Choisir, trompé des millions de consommateurs.

Une plainte pour « pratiques commerciales trompeuses »

L’UFC-Que Choisir a officiellement déposé plainte contre Nestlé Waters auprès du procureur de la République de Paris, pour pratiques commerciales trompeuses. L’association estime que les consommateurs ont été induits en erreur sur la qualité, la nature et la pureté des eaux achetées.

Elle demande également des comptes aux autorités publiques, accusées d’avoir laissé faire malgré une alerte de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) dès 2021. Des échanges entre Nestlé et les services de l’État, obtenus par des journalistes, montrent que les autorités étaient au courant des traitements appliqués, mais ont préféré éviter un scandale sanitaire, en pleine crise du Covid.

Tableau : ce que dit la réglementation sur les eaux en bouteille

Type d’eau Traitements autorisés Mention sur l’étiquette Exemples de marques
Eau minérale naturelle Aucun traitement modifiant la composition (sauf filtration simple) Doit être mentionnée comme "naturelle" Vittel, Hépar, Contrex, Perrier…
Eau de source Traitements autorisés s’ils n’altèrent pas la qualité "Eau de source" Cristaline, Carrefour Eau de source
Eau du robinet Nombreux traitements autorisés Non concernée par l’étiquetage (non embouteillée sauf cas spécifiques)

Nestlé reconnaît des « ajustements »… mais dément toute tromperie

Dans un communiqué, Nestlé Waters admet avoir procédé à certains traitements ponctuels, notamment pour faire face à des contaminations microbiologiques. Le groupe affirme toutefois que ces traitements visaient à garantir la sécurité sanitaire, sans altérer la qualité intrinsèque des eaux.

Le géant suisse réfute tout manquement à la loi et assure avoir toujours travaillé en transparence avec les autorités. Il met en avant les défis environnementaux récents — inondations, sécheresses, pollution des nappes — qui rendent plus difficile la garantie d’une pureté absolue des sources.

Des consommateurs abusés en toute confiance

L’UFC-Que Choisir rappelle que le marché de l’eau minérale repose justement sur un argument de confiance : celui d’une eau pure, naturelle, non altérée. Les prix, souvent plus élevés que ceux des eaux de source, se justifient par cette promesse de qualité supérieure.

En découvrant que certaines bouteilles avaient été filtrées ou traitées en secret, de nombreux consommateurs se disent trahis. L’association demande donc un étiquetage plus transparent et un renforcement du contrôle sur les allégations des industriels.

Une affaire qui dépasse le simple cas Nestlé

Cette affaire pourrait bien faire tache d’huile. D’autres marques pourraient être concernées par des traitements similaires, sans que le public en ait été informé. Et surtout, elle soulève une question plus large : peut-on encore garantir la pureté de l’eau minérale en 2025, alors que les nappes phréatiques sont de plus en plus exposées aux polluants agricoles, aux résidus de médicaments et aux PFAS ?

Les réponses pourraient venir dans les prochains mois. Plusieurs enquêtes sont en cours, et la Commission européenne envisage une révision des critères d’appellation « eau minérale » à l’échelle du continent.

L’affaire Nestlé Waters révèle une faille dans la promesse de naturalité des eaux en bouteille. Si les faits sont avérés, ils posent une question simple mais essentielle : ce que nous buvons est-il réellement ce que l’on nous vend ? Pour les consommateurs, c’est une affaire à suivre de très près.

Rédactrice web engagée, j’écris pour répondre aux préoccupations réelles, celles qui rythment nos journées. Mon approche s’appuie sur l’expérience et le pragmatisme : pas de théorie déconnectée, mais des conseils pratiques, simples et efficaces.

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