Une simple question d’un pharmacien révèle une erreur médicamenteuse répandue chez les seniors : prendre tous ses médicaments en même temps. Cette pratique peut transformer un traitement adapté en surdose involontaire et augmenter les risques d’effets indésirables graves.
Non, prendre tous ses médicaments en même temps le matin est risqué

Avaler tous ses comprimés d'un coup au petit-déjeuner n'est pas anodin : une interaction médicamenteuse suppose que les médicaments soient présents en même temps dans l'organisme, et certaines prises doivent être espacées ou faites à jeun. Un bilan partagé de médication avec le pharmacien permet de vérifier l'ordonnance, sans aucune modification sans l'accord du médecin généraliste.
Pourquoi ne peut-on pas prendre tous ses médicaments le matin ?
Une interaction médicamenteuse ne peut apparaître que lorsque les médicaments se retrouvent en même temps dans l'organisme, ou de façon très rapprochée. Une prise groupée au réveil est donc souvent une situation favorable aux interactions.
De nombreux médicaments sont transformés par les mêmes enzymes du foie, notamment le cytochrome P450 3A4, qui métabolise environ la moitié des médicaments. Quand plusieurs substances sollicitent ces mêmes enzymes, l'une peut empêcher la dégradation de l'autre et provoquer son accumulation : un médicament parfaitement dosé se comporte alors comme une surdose involontaire. À l'inverse, un autre peut devenir totalement inactif.
Avec le vieillissement, le foie et les reins éliminent moins vite les molécules et la baisse des réserves en eau de l'organisme augmente la concentration des principes actifs dans le sang. Les risques d'effets secondaires sont donc majorés, à dose égale.
Quels médicaments ne supportent pas d'être pris avec d'autres ?
Certains médicaments doivent être pris avec des aliments, d'autres à jeun, et l'écart avec les autres prises compte parfois. Le cas des bisphosphonates, prescrits pour renforcer les os, est éloquent : ils doivent être pris à jeun et seulement avec de l'eau. Avalés avec un autre liquide ou avec des aliments, ils sont mal absorbés et ne fonctionnent pas efficacement.
Les compléments alimentaires ne jouent pas dans une autre catégorie : le gingembre peut augmenter le risque de saignement avec les anticoagulants, et les vitamines D ou K peuvent interférer avec certains traitements.
Autre difficulté : plus le calendrier des prises est complexe, plus les personnes sont susceptibles de faire des erreurs.
Combien de médicaments les seniors prennent-ils, et avec quels risques ?
- La polymédication est très fréquente chez les personnes âgées de 75 ans et plus.
- Après 65 ans, une large part des seniors prend au moins 5 médicaments différents quotidiennement.
- Les plus de 65 ans ayant une affection de longue durée et les plus de 75 ans cumulent souvent de nombreux médicaments différents, selon les chiffres de l'Assurance maladie.
La iatrogénie médicamenteuse, c'est-à-dire l'ensemble des effets indésirables provoqués par les médicaments, serait responsable de plusieurs milliers de décès de seniors chaque année, ainsi que de nombreuses hospitalisations. Une partie de ces effets indésirables, environ 16 % selon l'étude IATROSTAT, pourrait être évitée par une meilleure gestion de l'ordonnance. Les hospitalisations causées par un effet indésirable médicamenteux ont augmenté de 136 % en dix ans en France.
Qu'est-ce que la prescription en cascade ?
La polymédication est aussi liée au nombre de prescripteurs et aux prescriptions en cascade, c'est-à-dire à la prescription d'un médicament pour traiter l'effet secondaire du précédent. Un traitement pour le cœur provoque des œdèmes aux chevilles : on prescrit un diurétique. Le diurétique entraîne une baisse de potassium : on ajoute un supplément. La fatigue liée à l'ensemble est interprétée comme un nouveau symptôme et l'ordonnance s'allonge encore, sans qu'aucun médecin n'ait commis d'erreur manifeste.
Il est fréquent que les seniors polymédiqués consultent plusieurs médecins différents. Le cardiologue, le rhumatologue et le médecin généraliste ne se parlent pas forcément, et c'est le patient qui fait la synthèse, souvent sans en avoir les outils.
Comment faire le point sur son ordonnance ?
Depuis 2018, le bilan partagé de médication (BPM) concerne toute personne de 65 ans et plus souffrant d'au moins une affection de longue durée, ainsi que toute personne de 75 ans et plus dont le traitement comporte au moins cinq molécules prescrites pour six mois.
Il se déroule sous forme de plusieurs entretiens à l'officine, dans un espace de confidentialité. Le pharmacien enregistre tous les médicaments pris, prescrits ou non, vérifie les interactions, envoie un compte rendu au médecin généraliste et le contacte par téléphone. Aucune modification ne peut être faite sans l'accord du médecin généraliste. Des entretiens de suivi réguliers complètent ce bilan, et ce service est entièrement pris en charge par l'Assurance maladie.
- Rassembler toutes les boîtes, y compris ce qui n'est pas prescrit : compléments alimentaires, automédication.
- Demander un bilan partagé de médication à son pharmacien.
- Signaler tout symptôme nouveau : fatigue inhabituelle, troubles de l'équilibre, pertes de mémoire, baisse de l'appétit.
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Sources : vidal.fr | theconversation.com
