J’ai rempli mon panier de cèpes dans le bois derrière chez moi comme chaque automne : personne ne m’avait prévenu de ce que le propriétaire pouvait exiger au retour

Cueillir des cèpes derrière chez soi peut sembler inoffensif, mais c’est souvent du vol au sens du Code pénal. En France, 75% des forêts sont privées et les champignons appartiennent au propriétaire du sol, sauf sur les terrains domaniales où une tolérance s’applique jusqu’à 5 litres par jour.

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Par L'équipe JDS

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Un panier de cèpes ramassé « comme chaque automne » derrière chez soi peut valoir un procès-verbal, voire une convocation devant le tribunal. La raison est simple : ce sous-bois familier appartient presque toujours à quelqu'un, et les champignons qui y poussent lui appartiennent aussi.

À retenir

  • Ce petit bois derrière chez vous a presque certainement un propriétaire, même sans clôture ni panneau visible
  • Au-delà de 10 litres, la cueillette devient un délit passible de 3 ans de prison et 45 000 € d'amende
  • Les règles varient énormément selon votre département : certains interdisent la cueillette certains jours de la semaine

Le bois du fond du jardin n'est presque jamais à personne

En France, 75 % de la forêt est privée. ce petit bois traversé chaque week-end a très probablement un propriétaire, même sans clôture ni panneau visible.

Le droit civil est clair sur ce point : les champignons, comme n'importe quel « fruit », appartiennent au propriétaire du sol, les « fruits » représentant tout ce qui est produit par le sol, cerises, châtaignes, fraises des bois, myrtilles, et même les fleurs et le bois mort. Le cueilleur n'a donc aucun droit automatique sur ce que la terre produit, même s'il passe par là depuis vingt ans.

Sans autorisation, le panier devient un vol

C'est là que beaucoup de cueilleurs tombent de haut. Cueillir des champignons sans l'autorisation du propriétaire est alors un vol, au sens strict du Code pénal.

Et l'absence de panneau ne change rien à l'affaire. Le fait de ne pas avertir par un panneau « cueillette de champignons interdite » n'est pas une faute et n'autorise pas les ramasseurs à pénétrer sur la propriété, que ce soit un bois, un pré, un champ, etc., et ramasser des champignons chez autrui c'est du vol. Le silence du propriétaire ne vaut jamais consentement.

En forêt domaniale, une tolérance mais pas un blanc-seing

Les choses se présentent différemment sur les terrains appartenant à l'État. La cueillette y est autorisée si elle reste dans le cadre d'une consommation familiale et si les prélèvements n'excèdent pas 5 litres par personne et par jour, sauf réglementation locale contraire.

Ce seuil de 5 litres n'est pas arbitraire : il correspond à une présomption légale d'autorisation. Dans les bois et forêts relevant du régime forestier, sauf réglementation contraire, l'autorisation est présumée lorsque le volume prélevé n'excède pas 5 litres. Au-delà, plus aucune présomption ne protège le cueilleur.

Concrètement, ce volume représente un panier bien rempli. Au-delà de 5 litres par personne, soit l'équivalent d'un panier de 5 kg environ, la cueillette devient frauduleuse, même sur un terrain public.

Le montant réel des amendes, et le cap qui change tout

Entre 5 et 10 litres, la sanction reste une contravention. Entre 5 et 10 litres, le prélèvement est passible d'une amende de 135 €, sur le fondement de l'article R163-5 du Code forestier, ce texte fixant une amende maximale de 750 € pour toute récolte sans autorisation inférieure à 10 litres selon les circonstances retenues.

Le vrai basculement se situe à dix litres. Au-delà de 10 litres, il s'agit d'un délit passible de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende, en application des articles 311-3 du Code pénal et L163-11 du Code forestier. On quitte alors le simple oubli pour entrer dans le champ du vol aggravé.

La revente change également la nature de l'infraction, quelle que soit la quantité. La cueillette doit en règle générale rester dans le cadre d'une consommation propre, et la revente de champignons sauvages cueillis sans autorisation ou sans respecter les quantités peut aggraver la sanction. Un cueilleur qui écoule sa récolte sur un marché improvisé prend donc un risque bien supérieur à celui qui remplit simplement son assiette.

Des massifs fermés certains jours, par simple arrêté

Le seuil national de 5 litres n'est qu'un plancher, que chaque préfecture peut resserrer. Beaucoup de départements ou communes fixent leurs propres seuils, 2 litres, 5 litres ou 10 litres, par arrêté préfectoral, rendant la règle très variable d'un massif à l'autre.

Certains départements vont plus loin en interdisant carrément la cueillette certains jours. Dans l'Orne, la Manche et le Calvados par exemple, une réglementation locale s'applique concernant les jours de cueillette : elle est interdite les mardis et jeudis, même fériés, par arrêté préfectoral, une mesure prise pour limiter la pression sur le milieu et les champignons. Un cueilleur pressé qui ignore cette date précise s'expose exactement aux mêmes sanctions qu'un maraudeur ordinaire.

Cueillir de bonne foi sur un terrain non clôturé : quel risque réel

La bonne foi n'efface pas l'infraction, mais elle pèse dans la manière dont l'affaire se règle. En pratique, les propriétaires et les agents de l'ONF distinguent largement le promeneur qui rentre avec un demi-panier du groupe organisé qui vide un massif entier avec des sacs de vingt litres.

Les contrôles existent bel et bien sur le terrain. Ces infractions sont très généralement relevées par les agents de l'Office national des forêts, mais peuvent aussi l'être par les inspecteurs de l'environnement. Un simple contrôle de routine peut donc suffire à transformer une sortie automnale tranquille en contravention salée, panier confisqué compris.

Le réflexe simple avant de partir : identifier le propriétaire

Avant d'enfiler les bottes, un détour par le cadastre en ligne évite bien des surprises. Le site officiel du cadastre permet de visualiser gratuitement les limites de parcelles et de vérifier si un bois relève du domaine privé, communal ou domanial.

En cas de doute persistant, la mairie reste l'interlocuteur naturel : elle détient les arrêtés municipaux et peut orienter vers la préfecture pour les arrêtés plus larges. L'arrêté interministériel du 13 octobre 1989 permet d'interdire ou d'autoriser dans certaines conditions le ramassage de végétaux par arrêté préfectoral, en fixant la liste des espèces concernées, la période d'application et l'étendue du territoire. Un coup de fil de cinq minutes, contre un panier de cèpes confisqué et une amende à régler : le calcul est vite fait.

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