Un dégrèvement de 100 euros s’applique automatiquement aux propriétaires de 65 à 75 ans sous conditions de revenu, mais l’administration n’envoie aucune notification quand la ligne disparaît. Cette ligne discrète peut faire perdre 1 000 euros sur dix ans si elle n’est pas surveillée.
J’ai retrouvé 100 € de plus sur ma taxe foncière sans rien avoir changé : au centre des finances publiques, on m’a expliqué la ligne que je n’avais jamais regardée

Cent euros de plus sur l'avis de taxe foncière, sans un centimètre carré ajouté au bien, sans changement de commune, sans hausse du taux voté par le conseil municipal. La ligne du bas avait simplement changé de montant, et rien dans le document ne l'expliquait. Direction le centre des finances publiques, où un agent a fini par pointer du doigt une ligne que je n'avais jamais lue jusqu'ici.
Les avis de taxe foncière tombent en ce moment, dans les boîtes aux lettres comme dans l'espace personnel sur impots.gouv.fr. Cette année, les avis de taxe foncière sont disponibles à partir du 27 août 2026 pour les non-mensualisés, et à partir du 19 septembre 2026 pour les mensualisés. C'est la seule fenêtre de l'année où ce document traîne réellement sous les yeux.
Et il y a une ligne que presque personne ne regarde.
- Le dégrèvement de 100 € concerne les propriétaires âgés de 65 à 75 ans au 1er janvier avec un revenu fiscal de référence inférieur à 12 793 €.
- L'administration applique ce dégrèvement d'office sans notification, et le supprime silencieusement si le revenu dépasse le seuil.
- La réclamation doit être déposée avant le 31 décembre 2027 pour l'avis 2026, passé ce délai les 100 € sont définitivement perdus.
La ligne qui s'appelle dégrèvement
Cette ligne porte un nom précis, l'article 1391 B du code général des impôts. Elle concerne les propriétaires âgés de plus de 65 ans et de moins de 75 ans au 1er janvier, pour leur résidence principale uniquement. Concrètement, si vous êtes né entre le 1er janvier 1951 et le 31 décembre 1960, vous entrez dans la tranche d'âge concernée en 2026. Le texte de loi est net sur un point : l'administration doit appliquer elle-même les 100 euros de réduction si l'âge et le revenu fiscal de référence sont connus de ses fichiers.
Aucune demande à formuler, en théorie. Deux mots comptent dans ce texte : dégrèvement d'office.
C'est justement ce mot, « d'office », qui rend la disparition du montant aussi silencieuse que son apparition. Personne n'a rien réclamé la première année où les 100 euros sont tombés sur l'avis. Personne n'est prévenu non plus l'année où ils s'effacent.
Pourquoi la ligne disparaît sans prévenir
Le dégrèvement dépend d'un plafond de revenu fiscal de référence, recalculé chaque année. Ce plafond est fixé à 12 793 euros pour une part, majoré de 3 416 euros par demi-part supplémentaire, pour les revenus de 2025 pris en compte sur l'avis 2026. Une pension revalorisée de quelques dizaines d'euros par mois, un capital d'assurance-vie débloqué, un dernier mois de travail avant la retraite complète : chacun de ces événements suffit à faire franchir le seuil. Le dégrèvement disparaît alors intégralement, sans palier ni dégressivité, du jour au lendemain sur l'avis suivant.
L'administration ne signale pas ce basculement. C'est un avantage automatique, mais tout dépend si l'administration possède les données à jour.
une erreur dans le fichier ou un revenu mal actualisé produit exactement le même effet qu'un vrai dépassement de seuil : la ligne s'efface. Dans certains cas, le fisc ne l'applique pas d'emblée, laissant au contribuable le soin de le réclamer.
Un montant qui ne se cumule avec rien
Ce dégrèvement de 100 euros ne s'ajoute à aucun autre avantage fiscal foncier. Il existe séparément de l'exonération totale réservée aux plus de 75 ans, elle aussi soumise à un plafond de revenu, mais plus élevé. Le plafonnement à 50 % des revenus prévu par l'article 1391 B ter du CGI ne se cumule pas avec l'exonération des plus de 75 ans, ni avec le dégrèvement forfaitaire de 100 euros accordé aux 65-74 ans. Trois dispositifs, trois tranches d'âge, trois seuils différents, et une seule case qui nous intéresse ici sur l'avis.
Cette confusion entre dispositifs explique en partie pourquoi tant de propriétaires ne réagissent pas quand la ligne bouge. Ils supposent, à tort, que tout est lié au même mécanisme.
Vérifier la ligne, en dix minutes
Le contrôle tient en trois éléments : l'âge au 1er janvier, le revenu fiscal de référence de l'année précédente inscrit sur l'avis d'impôt sur le revenu, et la présence ou l'absence de la ligne « dégrèvement » sur l'avis de taxe foncière. Si les deux premières conditions sont remplies mais que la troisième ligne reste vide, quelque chose cloche dans le dossier. La réclamation se dépose depuis l'espace personnel sur impots.gouv.fr ou directement au centre des finances publiques, avis d'imposition à l'appui.
Le délai n'est pas infini.
Pour une taxe foncière 2026, la réclamation contentieuse doit être déposée avant le 31 décembre 2027, avec possibilité de demander un sursis de paiement en attendant la réponse de l'administration. Passé ce cap, le dossier se ferme, et les 100 euros de l'année concernée deviennent définitivement irrécupérables. Un recours devant le tribunal administratif reste ensuite possible en cas de rejet, dans les deux mois suivant la décision.
Le calendrier qui presse maintenant
Les dates de paiement, elles, ne bougent pas d'un jour selon la situation personnelle du contribuable. La date limite de paiement est fixée au 20 octobre 2026 minuit pour un règlement en ligne, et au 15 octobre 2026 pour les autres moyens de paiement comme le chèque, le virement ou les espèces. C'est précisément entre ces deux dates que la vérification de la ligne a un sens : après, l'avis est soldé et l'attention retombe pour de bon jusqu'à l'année suivante.
Sur dix ans, la tranche d'âge 65-75 ans représente potentiellement 1 000 euros de dégrèvement cumulé, si la ligne reste stable chaque année. Un seul avis mal contrôlé, une seule année sautée sans réclamation dans les temps, et une partie de cette somme s'évapore sans qu'aucune lettre ne vienne le signaler. La différence entre les deux issues tient à une poignée de minutes passées sur une ligne d'un document déjà entre les mains.
Sources : impots.gouv.fr | questions.assemblee-nationale.fr | kohenavocats.com