J’ai versé chaque mois sur le Livret A de mon petit-fils depuis sa naissance : le jour de ses 16 ans, il est passé seul à la banque et j’ai compris ce que je n’avais jamais demandé à ses parents

Pendant seize ans, j’ai versé chaque mois sans jamais poser la moindre question. Le jour de ses 16 ans, mon petit-fils est entré seul dans l’agence, et j’ai réalisé ce que j’avais laissé passer.

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Par L'équipe JDS

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À retenir
  • Le Livret A appartient à l'enfant, quel que soit le donateur.
  • Avant 16 ans, chaque retrait nécessite l'accord du représentant légal.
  • À 16 ans, l'adolescent retire seul, sauf opposition écrite des parents.

Un livret qui n'a jamais été celui du grand-père

À 16 ans, un adolescent peut pousser seul la porte d'une agence et retirer l'argent de son Livret A. Pas de parent à ses côtés, pas de signature de grand-père. Pour ceux qui ont versé chaque mois depuis la naissance, la découverte peut piquer.

Le grand-parent qui verse n'a aucun droit de retrait.

Tout part d'un principe que l'on oublie vite : le livret est au nom de l'enfant. Les sommes sont les siennes, quelle que soit la main qui les a déposées. Selon la fiche F2365 de Service-public, vérifiée le 1er août 2026, un mineur peut même ouvrir un Livret A sans l'intervention de son représentant légal. L'article L221-3 du Code monétaire et financier consacre cette règle.

Avant 16 ans, les parents tiennent les cordons

Tant que l'enfant a moins de 16 ans, il ne peut effectuer aucun retrait seul. L'accord de son représentant légal, le plus souvent un parent, est requis à chaque fois.

Un exemple chiffré, purement illustratif : 50 € versés chaque mois pendant 16 ans font 9 600 € de versements, intérêts non compris. Pour un adolescent, c'est un petit capital, de quoi financer un permis ou une année d'études loin de chez lui. Sur cette somme, le donateur n'a aucune prise au guichet.

Les banques rappellent d'ailleurs que cet argent doit servir l'intérêt de l'enfant : sa scolarité, sa santé, ses activités. Une séparation ou un divorce des parents ne change rien à la propriété de l'épargne, qui reste celle de l'enfant.

Le jour des 16 ans, la logique s'inverse

À partir de 16 ans, l'adolescent peut retirer seul, sans demander d'accord préalable. C'est désormais aux parents de réagir s'ils ne le souhaitent pas. Le texte parle d'opposition et non d'autorisation, ce qui renverse la charge de la démarche. Le Code monétaire et financier l'écrit noir sur blanc : retraits seul après 16 ans, sauf opposition.

Cette opposition se fait par lettre recommandée adressée à la banque.

Le représentant légal peut aussi clôturer le livret d'un enfant mineur. Ces deux leviers, opposition et clôture, appartiennent aux parents, pas au donateur. Un grand-père peut le regretter, la loi ne lui a rien réservé de tel.

À 18 ans, devenu majeur, le titulaire gère son Livret A librement, sans plus aucun représentant légal.

Ce que l'on omet de demander aux parents

Trois questions auraient changé la donne : le livret existe-t-il déjà, les parents comptent-ils s'opposer aux retraits à 16 ans, et à quoi cet argent est-il destiné ? Elles paraissent froides entre un grand-parent et ses enfants. C'est précisément pour cela qu'on les repousse jusqu'au jour où elles n'ont plus d'objet.

La première conditionne tout. Il est interdit de détenir plusieurs Livrets A, et chaque personne n'a droit qu'à un seul. Un grand-parent qui ouvrirait un livret alors que les parents en ont déjà ouvert un exposerait l'enfant à ce doublon. La sanction est une amende de 2 % de l'encours du second livret.

L'amende n'est pas recouvrée sous 50 €.

Reste la question des guichets. Les conditions pratiques d'ouverture par un grand-parent (pièces demandées, présence éventuelle d'un parent) varient selon les banques. La loi permet l'ouverture sans le représentant légal, mais chaque établissement a ses habitudes, et mieux vaut les connaître avant de se déplacer.

Plafond et taux : les chiffres de la rentrée 2026

Le plafond d'un Livret A de personne physique est de 22 950 €. Le taux est de 1,7 %, fixé par l'arrêté du 28 juillet 2026 et applicable du 1er août 2026 au 31 janvier 2027. Pour un enfant, le plafond paraît lointain. Plusieurs membres de la famille qui versent sur le même livret s'en rapprochent pourtant plus vite que chacun ne l'imagine.

Les intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Quant à l'argent, il appartient à l'enfant même lorsque ce sont les parents qui ont alimenté le livret. Des sommes prélevées abusivement pour des dépenses personnelles pourraient devoir lui être restituées.

Mettre les choses à plat avant le seizième anniversaire

Le plus simple est d'aborder le sujet quand l'enfant est encore petit, au détour d'un déjeuner dominical. Demandez aux parents ce qu'ils comptent faire à la date des 16 ans, et dites-leur ce que vous espériez pour cet argent. Une conversation, rien de plus, mais elle évite que le guichet ne soit le premier à parler.

Certains grands-parents versent sans rien dire et laissent faire. D'autres préfèrent fixer un cap, les études, le permis, un premier voyage. Un cap partagé avec l'adolescent a l'avantage d'exister avant qu'il ne franchisse la porte de la banque, ce qui change le sens de sa visite.

Si le souhait est de conserver les sommes jusqu'à une échéance précise, la lettre recommandée des parents est le seul frein prévu par les textes. Elle doit partir avant le premier retrait pour produire son effet. Elle ne relève pas du donateur, mais des parents, qui restent libres de la rédiger ou non.

Reste une date à garder en tête : celle des 18 ans, où toute opposition parentale devient sans objet. Entre 16 et 18 ans, tout se joue sur ce courrier envoyé, ou non, à la banque.

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