« Je pensais bien faire » : pourquoi rappeler le numéro que vous donne le conseiller qui signale une opération suspecte est une fausse bonne idée

Je pensais bien faire en rappelant le numéro qu’on venait de me donner. C’était pourtant exactement ce qu’il attendait de moi.

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Par L'équipe JDS

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À retenir
  • Le numéro dicté pendant l'appel vient de l'appelant, pas de votre banque.
  • Le nom affiché sur l'écran peut être usurpé par spoofing.
  • Il faut raccrocher, puis contacter votre banque par vos moyens habituels.

Un réflexe de bon élève, et c'est là que le bât blesse

Rappeler le numéro que vous donne le conseiller qui signale une opération suspecte a tout d'un geste de prudence. C'est pourtant l'inverse : vous confiez la vérification à celui dont vous cherchez justement à contrôler l'identité. La consigne des sites publics tient en deux temps, raccrocher, puis joindre vous-même votre banque par un canal que vous connaissez déjà.

Le bon contrôle ne passe jamais par celui qui vous appelle.

Le scénario, tel que le décrit economie.gouv.fr dans sa fiche sur l'arnaque au faux conseiller bancaire, est d'une simplicité redoutable. On vous demande de suivre des instructions pour « stopper » des opérations frauduleuses. Viennent ensuite les demandes précises : identifiant, mot de passe, code de validation ou code reçu par SMS, autant d'informations qui servent à effectuer des paiements frauduleux.

Ce que l'écran affiche ne prouve rien

Le nom de votre banque s'affiche sur le téléphone, et cela rassure d'emblée. Le spoofing consiste justement à usurper cet affichage, d'où la mise en garde de Cybermalveillance.gouv.fr : ne vous fiez pas au numéro qui apparaît sur l'écran, pas plus qu'à celui qu'on vous dicte ensuite.

Le phénomène n'a rien d'anecdotique. D'après le rapport d'activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr, tel que la presse l'a relayé, ce mode opératoire a donné lieu à 15 000 demandes d'assistance, soit une hausse de 159 % chez les particuliers. Ce chiffre ne recense que les personnes qui ont sollicité le dispositif, pas celles qui ont réglé le problème avec leur banque sans le dire. La fiche officielle a d'ailleurs été mise à jour à la suite de ce constat.

Un numéro dicté pendant l'appel vient de l'appelant, au même titre que le nom qu'il se donne ou l'histoire qu'il déroule. Rien ne prouve qu'il mène à votre banque. Une voix aimable et bien renseignée, qui annonce des opérations suspectes avec aplomb, n'apporte aucune garantie supplémentaire.

La consigne officielle : raccrocher, puis passer par vos moyens habituels

Cybermalveillance.gouv.fr demande de vérifier l'information par vous-même, en contactant votre banque par vos moyens habituels. La fiche cite l'agence, votre conseiller bancaire, le service clients, la messagerie de votre espace client et l'application bancaire.

Aucun numéro dicté par l'appelant ne figure dans cette liste.

Cette consigne émane de Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif public d'assistance aux victimes, et c'est à lui qu'il convient de l'attribuer. Faites l'essai : retournez votre carte. Sur certaines, un numéro de la banque est imprimé au dos, et vous pouvez le comparer avec celui de votre contrat ou du site officiel avant de l'utiliser. D'autres guides pratiques recommandent de composer vous-même le numéro officiel, relevé sur le site ou sur le contrat, plutôt que de rappeler celui qui s'est affiché.

Aucun conseiller ne vous demandera de valider quoi que ce soit

Selon la fiche de Cybermalveillance.gouv.fr, aucun conseiller de votre banque ne vous demandera de lui communiquer votre mot de passe ou des codes de confirmation. Il ne vous demandera pas davantage d'effectuer des actions sur votre application bancaire pour de supposées fraudes en cours. Ce critère ne dépend ni de la voix, ni du ton, ni de l'exactitude des détails que l'appelant vous récite.

Le ton pressant fait partie de la manœuvre : l'urgence vous empêche de réfléchir, et agir sous la pression peut conduire à autoriser un paiement. Raccrocher pour contrôler, à l'inverse, ne met pas votre compte en danger, puisque les vérifications se font ensuite par vos canaux habituels, à votre rythme.

Chaque validation demandée au téléphone peut déclencher un paiement frauduleux.

Les gestes à faire, dans l'ordre

Raccrochez sans vous justifier ni vous excuser. Ouvrez ensuite votre application bancaire par vous-même, ou composez le numéro figurant sur votre contrat, et demandez si une opération suspecte a réellement été détectée. Ne cliquez sur aucun lien reçu par SMS après l'appel, même s'il reprend le nom de votre banque.

Si vous avez déjà donné un code ou validé une opération, la fiche de Cybermalveillance.gouv.fr recommande de faire opposition à votre carte bancaire, d'alerter votre banque, de conserver les preuves et de déposer plainte. Changez aussi le mot de passe de votre banque en ligne, et celui de votre messagerie s'ils sont identiques. Gardez le numéro de l'appelant, les horaires, les SMS, les courriels et les captures d'écran. Ces éléments peuvent aider la banque ou les enquêteurs.

Vous pouvez également signaler l'escroquerie sur Cybermalveillance.gouv.fr, sur PHAROS ou, si vos données bancaires ont été utilisées, via le dispositif Perceval. Les captures d'écran et l'historique d'appels que vous aurez conservés serviront aussi à documenter votre demande de remboursement.

Un dossier solide, un entourage informé

Parlez-en à vos proches, surtout à ceux qui décrochent volontiers, parents, voisins, conjoint. Deux minutes suffisent pour répéter la règle : on raccroche, puis on rappelle soi-même. Un aide-mémoire près du téléphone fixe, avec le numéro de l'agence et celui du service clients relevés sur votre contrat, évite de chercher dans la précipitation.

Côté justice, la Cour de cassation a rendu début mars 2026 un nouvel arrêt sur des cas de spoofing, après une première décision favorable aux victimes datant d'octobre 2024. Relevés bancaires, historique d'appels, SMS et captures d'écran datées figurent parmi les pièces utiles à une demande de remboursement.

Cette demande se formule par écrit auprès de la banque.

Ce que vous pouvez préparer dès ce soir

Le numéro de votre banque, vous l'avez déjà : sur le contrat, sur le site officiel, dans l'application, parfois au dos de la carte. Enregistrez-le dans vos contacts sous un nom que vous reconnaîtrez au premier coup d'œil. Le jour où un faux conseiller appellera, vous n'aurez rien à chercher.

Vérifiez aussi que vous savez ouvrir la messagerie de votre espace client, l'un des moyens habituels cités par Cybermalveillance.gouv.fr, et qui garde en mémoire les messages échangés avec votre banque.

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