Beaucoup de consommateurs confondent les deux mentions de dates sur les aliments : la DLC (Date Limite de Consommation) et la DDM (Date de Durabilité Minimale). Cette confusion cause un gâchis alimentaire massif en Europe. Comprendre cette différence pourrait changer votre rapport aux dates d’expiration.
« Je pensais qu’une date dépassée voulait dire poubelle » : au rayon, on m’a montré les deux formulations qui n’ont rien à voir

Au rayon conserves du supermarché, une dame reposait un paquet de riz dans son chariot en soupirant : « De toute façon, je vais le jeter, la date est passée depuis trois jours. » Le vendeur qui réapprovisionnait les étagères lui a alors montré l'étiquette de plus près. Sur ce paquet, la mention n'annonçait aucun danger, juste une perte de qualité possible.
Cette scène résume une confusion très répandue en France. Beaucoup de consommateurs traitent toutes les dates d'emballage de la même façon, alors que deux formulations bien distinctes coexistent sur les produits alimentaires.
À retenir
- Deux formulations radicalement différentes coexistent discrètement sur vos emballages
- L'une représente un vrai danger sanitaire, l'autre juste une question de goût
- Cette confusion seule expliquerait jusqu'à 10 % des déchets alimentaires européens
Deux mentions, deux logiques totalement différentes
Les produits alimentaires préemballés doivent indiquer un délai pour leur consommation, la date limite de consommation (DLC) ou la date de durabilité minimale (DDM). Ces deux indications ont des conséquences différentes.
Seul le dépassement de la DLC comporte un risque pour la santé. C'est là que se situe toute la différence, et c'est justement ce que le vendeur du rayon tentait d'expliquer.
La DLC, une limite qu'on ne discute pas
La date limite de consommation indique une limite impérative. Elle est signifiée par la mention « à consommer jusqu'au… » suivie du jour, du mois, et de l'année.
Il s'agit par exemple des aliments frais, tels que les viandes, les poissons, la charcuterie, les plats cuisinés réfrigérés, ainsi que certains produits laitiers comme les yaourts. Les denrées alimentaires assorties d'une DLC se conservent, en général, au réfrigérateur.
Au-delà de cette date, les aliments concernés sont impropres à la consommation car ils présentent un risque pour la santé, et il est interdit de les commercialiser sous peine de sanctions. Le commerçant a l'obligation de détruire les produits impropres à la consommation.
La DDM, un simple repère de fraîcheur
Sur le paquet de riz de notre cliente, c'est une autre logique qui s'appliquait. C'est le cas par exemple des gâteaux secs, ou encore des boîtes de conserve. Une fois la date passée, la denrée ne présente pas de danger mais peut en revanche avoir perdu tout ou partie de ses qualités : goût, texture...
Cette mention concerne par exemple les produits secs, stérilisés et déshydratés tels que le café, les gâteaux secs, les boîtes de conserve, les pâtes, le riz, le sucre ou encore la farine. Elle est présentée sous la forme « à consommer de préférence avant le… ».
Il n'y a pas d'obligation de retrait de la vente des produits dont la DDM est dépassée. Un supermarché peut donc légalement garder ces produits en rayon même après leur date indicative, contrairement à ceux marqués DLC.
Un gâchis qui se compte en tonnes
Cette confusion n'est pas anecdotique. La Commission européenne estime que jusqu'à 10 % des 88 millions de tonnes de déchets alimentaires produits chaque année dans l'UE sont liés à l'étiquetage de la date sur les produits alimentaires.
Le paradoxe est frappant : des conserves parfaitement saines finissent au même endroit que des produits réellement périmés, simplement parce que le mot "date" fait peur. Le riz, les pâtes ou le café peuvent traverser des mois entiers après leur DDM sans le moindre risque.
Ce qui a changé récemment sur les étiquettes
Face à ce constat, la réglementation a évolué. Le décret du 17 novembre 2022 prévoit que les opérateurs peuvent désormais compléter la mention « à consommer de préférence avant » avec des précisions comme « pour une dégustation optimale ».
Un pictogramme a même été créé pour accompagner ce changement. Un pictogramme « Date dépassée ? Avant de jeter, observez, sentez, goûtez » a été développé et figure déjà sur plus de 300 millions de produits en France.
Le bon réflexe à adopter au retour de vacances
Cette rentrée est le moment idéal pour vérifier ses placards. Après trois semaines d'absence, les paquets de pâtes, boîtes de conserve ou sachets de riz oubliés au fond du placard ne sont pas forcément bons à jeter.
La chaleur tardive attendue début septembre change la donne uniquement pour les produits frais marqués DLC, ceux qui exigent une chaîne du froid sans faille. Pour tout le reste, mieux vaut observer, sentir, et parfois goûter avant de trancher.
Un détail mérite d'être connu avant de refaire ses courses de rentrée : les yaourts nature, pourtant soumis à une DLC stricte, restent souvent comestibles quelques jours après cette date grâce à leur acidité naturelle qui freine les bactéries. La règle absolue ne s'applique donc pas de façon identique à tous les produits classés DLC, et le nez reste, dans le doute, le meilleur allié du consommateur.
Sources : economie.gouv.fr | efsa.europa.eu | quechoisir.org
