Le frelon asiatique est seul et sans défense pendant quelques jours en avril : après, il est trop tard pour agir

Mi-avril marque le moment critique pour agir contre le frelon asiatique : la reine fondatrice émerge de son hibernation, seule et affamée, avant de donner naissance aux premières ouvrières en mai. Passé cette fenêtre de quelques semaines, l’intervention devient bien plus coûteuse et moins efficace. Une seule fondatrice capturée équivaut à éliminer jusqu’à 3 000 frelons à l’automne.

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Par L'équipe JDS

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Mi-avril. C'est maintenant. La fenêtre se ferme dans quelques semaines, et avec elle, la seule chance d'agir à coût réduit contre le frelon asiatique pour toute la saison à venir. Au printemps, la fondatrice évolue dans une solitude complète : aucune ouvrière pour l'assister, aucun mâle pour la soutenir, aucune aide d'aucune sorte. C'est précisément cette vulnérabilité temporaire qui la rend piégeable. Passé ce moment, la partie bascule irrémédiablement en sa faveur.

À retenir

  • Pourquoi avril est-il le seul mois où le frelon asiatique est véritablement vulnérable ?
  • Combien de frelons représente vraiment une seule fondatrice capturée au printemps ?
  • Quel piège utiliser sans détruire les autres espèces utiles à la biodiversité ?

Une reine seule, affamée, et relativement sans défense

La femelle reproductrice, fécondée à l'automne, a passé l'hiver dans des endroits abrités, souche d'arbres, tas de bois, abri de jardin. Elle ressort de son abri à la mi-février avec la hausse des températures, à la recherche de sucre pour fonder, toute seule, un nid primaire au mois d'avril. On l'appelle alors "fondatrice". Son vol à ce stade est caractéristique : lent et exploratoire, elle inspecte les endroits abrités susceptibles d'accueillir un nid.

Après plusieurs mois de non-activité, la reine fondatrice a un besoin urgent de sucre pour relancer son métabolisme. Cette dépendance nutritionnelle est sa principale faiblesse, et la base de toute stratégie de piégeage. Dès les premières floraisons comme celles des forsythias et des cerisiers, poser des pièges augmente les chances d'interception : ces floraisons précoces attirent les reines affaiblies par les mois d'hibernation, en quête de sources de sucre pour reconstituer leurs réserves énergétiques.

La biologie de l'espèce rend ce moment particulièrement décisif. Une fondatrice débute seule l'implantation d'un nid dit "primaire" : elle construit, pond, chauffe, puis alimente les premières larves. Au bout d'environ 45 jours, c'est la naissance des premières ouvrières. Ce délai de 45 jours constitue donc la fenêtre d'or. Le calendrier d'intervention est clair : agir uniquement durant la phase de sortie de l'hiver, puis arrêter dès l'apparition des premières ouvrières.

Ce que représente une seule fondatrice capturée

Les chiffres donnent le vertige. Capturer une seule fondatrice au printemps équivaut à éliminer jusqu'à 3 000 frelons à l'automne. Ce n'est pas de la communication : c'est la mécanique biologique de l'espèce. À l'été, lors du pic d'activité reproductive, la reine dépose plus de 100 œufs quotidiennement dans les alvéoles du nid. Cette capacité de ponte continue génère plusieurs centaines d'individus chaque mois. Sur l'ensemble d'une saison s'étendant de mars à décembre, une colonie peut compter jusqu'à 13 000 frelons cumulés.

L'impact sur les pollinisateurs est proportionnel à cette démographie galopante. Une colonie capture jusqu'à 97 000 insectes par an, dont 40 à 60 % d'abeilles domestiques, soit près de 100 000 butineuses détruites. Et le mécanisme de pression sur les ruches est particulièrement pernicieux : le frelon se poste devant l'entrée et attend les abeilles. Sous ce stress permanent, elles n'osent plus sortir pour butiner. La colonie finit par s'affaiblir et peut mourir.

La saison 2025 a rappelé brutalement l'enjeu. La saison de lutte contre le frelon asiatique 2025 s'est terminée avec une très nette hausse des populations par rapport à 2024, avec un nombre de nids jamais aussi important depuis l'arrivée de l'espèce dans certains départements. C'est dans ce contexte qu'en mars 2026, le gouvernement a officiellement lancé le Plan National de lutte contre le frelon asiatique, prolongement direct de la loi 2025-237, dans une logique de protection renforcée de la filière apicole et de la biodiversité. Doté de 3 millions d'euros par an, ce plan assure des ressources pérennes pour soutenir les actions sur le terrain.

Piéger : oui, mais avec méthode

Une mise en garde s'impose, et elle est sérieuse. Des études montrent que plus de 99 % des insectes capturés dans les pièges-bouteilles classiques ne sont pas des frelons asiatiques, mais d'autres espèces utiles à la biodiversité. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) recommande d'ailleurs de ne pas installer de pièges artisanaux à grande échelle, soulignant leur impact limité sur les nids visés. Le piégeage mal conduit peut donc faire plus de mal que de bien à la biodiversité locale.

Dans le cadre du Plan National Frelon, les pièges doivent être les plus sélectifs possibles. Il est recommandé d'utiliser des pièges à sélection physique de type nasses avec cônes d'entrée, afin de retenir les fondatrices tout en laissant échapper un maximum d'espèces non ciblées. Une étude de l'ITSAP et du Muséum national d'histoire naturelle montre que le piégeage des fondatrices peut modifier la répartition et la densité des nids, bien que les effets varient selon les conditions environnementales et l'intensité du piégeage.

Le placement du piège est aussi déterminant que sa conception. Les pièges doivent être installés près des anciens nids, des ruchers ou là où les frelons ont causé des dégâts : les fondatrices cherchent des endroits propices à la nidification, souvent près des sources d'eau et des abris naturels. Pour l'attractif, les fondatrices peuvent être capturées grâce à un mélange simple : un tiers de vin, un tiers de bière et un tiers de sirop de fruits rouges. La composition alcoolisée de ce mélange a l'avantage de repousser les abeilles, peu attirées par l'alcool.

La température diurne doit être autour des 15 à 18 °C pendant quelques jours pour vraiment commencer à piéger efficacement. L'attractif doit être renouvelé au moins tous les 8 à 10 jours, et plus fréquemment si les températures sont élevées. Un piège sec n'attire rien.

Si vous trouvez un nid primaire : pas de bricolage

Les nids primaires, souvent installés dans des abris (cabanons, garages), sont construits par la reine fondatrice seule au début du printemps. Leur destruction précoce est très efficace pour empêcher le développement d'une colonie plus grande. Repérer un nid de la taille d'une balle de tennis sous votre avancée de toit ou dans un coin de grange, c'est une opportunité réelle, à condition de ne pas agir soi-même. Si vous trouvez un nid, adressez-vous à votre mairie, qui sera mieux à même de vous orienter vers l'organisme local de lutte.

La fenêtre printanière est courte, mais elle n'est pas anodine. Une étude réalisée entre 2016 et 2019 par l'ITSAP-Institut de l'Abeille et ses partenaires sur trois départements français a révélé que le piégeage des fondatrices permettait de faire diminuer le nombre de nids. Les résultats sur le terrain confirment l'échelle de l'enjeu : à Brec'h, dans le Morbihan, un réseau de 125 bénévoles a capturé 7 772 reines fondatrices lors de la campagne de printemps 2024, un résultat présenté comme une référence nationale par les porteurs du projet. Chaque fondatrice piégée maintenant, c'est un nid de moins à détruire en septembre, et une facture d'intervention professionnelle évitée.

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