« On pensait qu’il suffisait de planter des arbres » : pourquoi compenser tout le CO₂ de la planète est une fausse bonne idée

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Par Ariane B.

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Petite précision d'entrée de jeu : personne ne remet en cause l'utilité des arbres. Ils rafraîchissent les villes, abritent la biodiversité, stockent du carbone et embellissent nos paysages. Mais depuis quelques années, une petite musique s'est installée dans les discours officiels : il suffirait de planter, planter, encore planter, pour effacer nos émissions de gaz à effet de serre. Une promesse rassurante, presque magique, qui permet de continuer à consommer sans trop culpabiliser. Sauf que les chiffres commencent à parler, et ils dessinent un tout autre paysage. Compenser l'intégralité du CO₂ rejeté chaque année dans l'atmosphère par la reforestation reviendrait à sacrifier une part immense des terres qui nous nourrissent. Un vertige que peu de campagnes de communication mentionnent.

Le mirage séduisant de l'arbre-sauveur

Difficile d'ouvrir un rapport RSE sans tomber sur une belle photo de jeunes pousses alignées dans un champ. Compagnies aériennes, géants du numérique, groupes pétroliers, marques de fast fashion : tout ce petit monde promet la neutralité carbone à grand renfort de plantations. L'image est puissante, presque poétique. Elle laisse entendre qu'un vol Paris-New York peut être « annulé » par quelques arbres en Amazonie ou au Kenya. Le problème, c'est que ce storytelling verdoyant repose sur une équation bien plus tordue qu'il n'y paraît. Un arbre met des décennies à séquestrer une quantité significative de carbone, il peut brûler, être coupé, ou mourir de sécheresse. Et surtout, il occupe de la place. Beaucoup de place. Les modélisations récentes commencent tout juste à traduire cette réalité en chiffres concrets, et le contraste avec les slogans marketing est saisissant.

Un quart des terres agricoles englouti par la forêt

Le calcul fait l'effet d'une douche froide : pour absorber la totalité du CO₂ émis chaque année par les activités humaines, il faudrait convertir plus de 25 % des terres agricoles mondiales en plantations d'arbres. Autrement dit, environ un cinquième à un quart de la surface qui produit aujourd'hui notre blé, notre riz, nos légumes et nourrit le bétail devrait céder la place à des puits de carbone. Les conséquences sautent aux yeux : flambée des prix alimentaires, tensions sur les récoltes, insécurité pour les populations les plus fragiles, conflits d'usage entre agriculteurs, éleveurs et opérateurs de crédits carbone. Sans compter que les monocultures d'arbres à croissance rapide, souvent privilégiées pour leur rendement carbone, sont de piètres écosystèmes : peu de biodiversité, sols appauvris, vulnérabilité aux incendies et aux parasites. Le remède, à ce dosage-là, deviendrait presque plus douloureux que le mal qu'il prétend soigner. Compenser l'intégralité de nos émissions par la plantation, ce n'est pas une solution : c'est un jeu de vases communicants entre le climat et l'assiette.

Repenser la lutte climatique avant de creuser des trous

La confusion vient souvent d'un mot : compenser. Compenser n'est pas réduire, et c'est là que tout le raisonnement s'effondre. Planter un arbre pour continuer à émettre revient à écoper une baignoire sans fermer le robinet. La priorité, martelée par les scientifiques du climat, tient en une logique de bon sens qui mérite d'être rappelée :

  • Diminuer les émissions à la source, dans l'énergie, l'industrie, le transport et l'alimentation.
  • Protéger d'abord les forêts existantes, qui stockent déjà d'énormes quantités de carbone.
  • Restaurer les écosystèmes dégradés, plutôt que de planter à la va-vite des monocultures fragiles.

La reforestation garde toute sa pertinence, mais comme complément, jamais comme alibi. Elle a du sens quand elle restaure une forêt native, protège un bassin versant, ramène de la vie dans un sol épuisé. Elle en perd dès qu'elle sert de feuille de vigne à un business model incompatible avec les limites planétaires. La vraie question n'est donc plus « combien d'arbres planter ? » mais bien « combien de CO₂ arrêter d'émettre ? ». Face à des terres finies et à une population qui continue de croître, l'arbre ne pourra pas porter seul le poids de nos excès. La bataille se joue d'abord dans nos usines, nos centrales, nos transports, nos assiettes, nos garde-robes, bien avant d'arriver aux pépinières.

Reste alors une invitation à changer de regard : et si, au lieu de rêver d'une forêt-pansement qui absorberait nos surplus, on commençait par regarder ce qu'il y a à alléger dans nos habitudes quotidiennes ? L'arbre est un allié précieux, pas un magicien. À nous de décider ce qu'on lui demande vraiment de porter.

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J’écris comme je jardine : avec passion, précision… et une vraie envie de voir les graines germer ! Rédactrice spécialisée en jardinage et environnement, je transforme les gestes du quotidien en contenus clairs, vivants et faciles à appliquer.

3 commentaires à «« On pensait qu’il suffisait de planter des arbres » : pourquoi compenser tout le CO₂ de la planète est une fausse bonne idée»

  • Beaucoup de terres agricoles sont passées constructibles en zone commerciale ou résidentielle…. On aurai largement les 25%

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  • Il est vrai que la capacité de séquestration dans la matière végétale vivante est très loin de pouvoir compenser nos émissions de CO2 surtout si elles continuent de croitre. Même la capacité de séquestration dans les carbonates (Coraux, plancton, etc..), aujourd’hui réduite par l’acidification des océans, n’y suffirait pas, loin de là. Néanmoins, votre raisonnement repose sur le postulat très discutable que la seule cause du dérèglement climatique serait le surcroit d’effet de serre dû aux émissions de GES.
    Certes, il n’y a aucun doute que le dérèglement climatique actuel est dû aux activités humaines et que les émissions de GES y jouent un rôle. Mais, rien ne prouve que les émissions de GES en soient la cause unique comme le prétend le GIEC créé en 1988 par R Reagan et M Thatcher pour des raisons bien éloignées de l’écologie. La science orchestrée pour le grand public est loin d’être bonne conseillère.
    Les arbres à racines jouent un rôle direct sur le climat en réduisant les surfaces dénudées émettrices d’ondes de chaleurs, en désagrégeant les roches pour former des sols abritant les nappes phréatiques, en pompant l’eau en profondeur dans ces nappes avec un rendement bien supérieur à l’évaporation de l’eau libre, en refroidissant l’atmosphère par évapotranspiration, en engendrant des précipitations qui refroidissent également l’atmosphère et des convections qui favorisent l’évacuation de la chaleur. En détruisant la forêt nous avons donc dégradé ce cycle de l’eau qui est le moteur cardinal de la climatisation terrestre.
    Il y a plus de 50 ans, les géologues voyaient déjà dans le cycle de l’eau le mécanisme par lequel, à l’aube du carbonifère, la forêt a « emporté avec elle » l’eau requise pour conquérir des continents jusqu’alors stériles, arides et surchauffés. Des travaux plus récents vont dans le sens de cette idée en mettant en exergue la composante horizontale des déplacements atmosphérique de vapeur d’eau (Voir : Les rivières volantes sur ARTE et les publications de Makarieva AM et Gorshkov VG).
    En conclusion, plantons des arbres massivement à très grande échelle mais pas n’importe lesquels. Et, plantons-les intelligemment en synergie avec les surfaces agricoles et en lien avec la rétention de l’eau continentale dans les nappes phréatiques. Cette lutte contre dérèglement climatique axée sur le cycle de l’eau et non celui du carbone sera forcément plus efficace que les colloques internationaux stériles sur les émissions de CO2. Mais, l’un n’empêche pas l’autre.

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  • 75% des terres agricoles servent au pâturage des animaux et 33% des terres cultivées (25% des terres agricoles) servent au fourrage… On est donc à 83% des terres utilisées pour l’élevage. Si on divisait par 2 notre consommation de viande et en particulier de boeuf/vache ça ferait largement l’affaire…

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