C’est la fin d’une protection pour les chiens errants : ce que le Sénat vient de voter peut leur coûter la vie

Par Eve B.

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Sur une plage de Guadeloupe, une chienne famélique se faufile entre les transats, suivie de trois chiots pattes tremblantes. Ce genre de scène, familière dans plusieurs territoires ultramarins, pourrait bientôt se solder par une issue tragique. Un amendement récemment adopté au Sénat, dans le cadre du projet de loi relatif à la protection et à la souveraineté agricoles, ouvre la voie à des opérations de destruction ciblant les chiens errants et divagants. Un tournant brutal qui suscite une vague d'indignation chez les défenseurs des animaux.

Un amendement glissé dans la loi agricole qui signe l'arrêt de mort de milliers de chiens

Le texte est passé presque inaperçu, noyé dans un projet de loi bien plus large consacré à l'agriculture. Pourtant, ses conséquences sont lourdes : il autoriserait les préfets de plusieurs territoires d'outre-mer à ordonner des opérations de destruction visant les chiens errants et divagants. En clair, un blanc-seing donné aux autorités locales pour organiser l'abattage d'animaux considérés comme un problème sanitaire ou agricole. La justification avancée ? La protection des élevages et la lutte contre la prolifération. Mais derrière ce vocabulaire technique, ce sont des milliers de vies canines qui sont mises en balance. Aucun garde-fou clair, aucune obligation de recourir en priorité à des solutions alternatives : l'amendement laisse une marge d'action extrêmement large aux préfectures concernées.

L'Association Stéphane Lamart monte au créneau et dénonce une dérive inacceptable

La riposte n'a pas tardé. L'Association Stéphane Lamart, reconnue d'utilité publique et engagée depuis des décennies dans la défense des animaux, a dénoncé avec la plus grande fermeté ce vote. Pour ses représentants, cet amendement constitue une régression inquiétante : il signe le retour à des méthodes que l'on croyait révolues, où l'abattage tient lieu de politique publique. L'association pointe plusieurs dérives majeures :

  • l'absence de protocole encadré et humain pour ces opérations ;
  • le risque que des animaux identifiés, simplement égarés, soient abattus par erreur ;
  • la banalisation de la violence envers des êtres sensibles reconnus par le Code civil ;
  • l'ignorance totale des causes profondes de l'errance canine.

Car la réalité du terrain, dans les Antilles, à La Réunion ou en Guyane, ne se résume pas à une invasion de chiens sauvages. Elle reflète une problématique sociale et sanitaire complexe, alimentée par les abandons, l'absence de stérilisation et le manque criant de structures d'accueil.

Stérilisation, identification, refuges : les vraies solutions que le Sénat a préféré ignorer

Les méthodes efficaces existent, elles sont documentées et appliquées dans de nombreux pays confrontés aux mêmes défis. Plutôt que d'ouvrir la voie aux abattages, plusieurs leviers auraient mérité d'être renforcés :

  • Les campagnes massives de stérilisation, seul moyen réellement durable de réduire les populations errantes sans souffrance ;
  • L'identification obligatoire par puce électronique, encore trop peu appliquée dans certains territoires ultramarins ;
  • La création et le financement de refuges, cruellement sous-dotés face à l'ampleur du phénomène ;
  • Des sanctions dissuasives contre l'abandon, véritable racine du problème ;
  • Des programmes de sensibilisation auprès des habitants et des propriétaires, dès le plus jeune âge.

Ces approches, plus longues à porter leurs fruits, ont fait leurs preuves. Elles respectent l'animal, protègent les élevages sur le long terme et préservent l'équilibre sanitaire. Choisir la voie de la destruction, c'est renoncer à une politique moderne du vivant, celle qui reconnaît le chien comme un compagnon et non comme un nuisible.

Reste maintenant à voir ce que deviendra ce texte lors de la suite du parcours législatif. Mobilisations citoyennes, pétitions, prises de position d'élus : la voix des sans-voix commence à porter. À l'heure où la sensibilité envers la cause animale n'a jamais été aussi forte en France, comment expliquer que le Parlement puisse envisager un tel recul ? Peut-être est-il temps de rappeler que la mesure d'une société se lit aussi dans la façon dont elle traite ceux qui n'ont d'autre défense que notre regard.

Rédactrice web engagée, j’écris pour répondre aux préoccupations réelles, celles qui rythment nos journées. Mon approche s’appuie sur l’expérience et le pragmatisme : pas de théorie déconnectée, mais des conseils pratiques, simples et efficaces.

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