Le bourdonnement m’a d’abord arrêté, avant même que je voie les petites boules jaune-vert. Le sécateur était déjà dans ma main quand j’ai compris ce qui grouillait sur le mur.
« J’allais arracher le lierre du vieux mur pendant le grand nettoyage d’automne » : ses petites fleurs d’octobre couvertes d’insectes nourrissent tout un monde

- Le lierre fleurit en septembre-octobre, à une saison où la plupart des massifs ont déjà fané.
- Ses fleurs hermaphrodites offrent beaucoup de pollen et de nectar aux insectes butinants.
- Les baies noires mûrissent de mars à mai et nourrissent le lérot et le renard roux.
- Les baies sont très toxiques pour l'humain en consommation excessive.
Des boules vert-jaune qui bourdonnent sur le vieux mur
Le lierre fleurit en septembre-octobre, et le vieux mur du fond du jardin vous l'annonce d'abord à l'oreille, par un bourdonnement, avant de vous le montrer. Ses fleurs jaune-vert sont réunies en ombelles hémisphériques, ces petites boules que l'on prend volontiers pour des boutons qui n'auraient jamais éclos. Regardez de plus près : elles sont couvertes d'insectes.
Le grand nettoyage d'automne tombe pile pendant le banquet.
Le réflexe est connu : en octobre, on dégage, on taille, on arrache ce qui déborde. Le lierre, liane ligneuse qui peut atteindre 30 m de hauteur, coche toutes les cases du suspect idéal. Son vieux surnom de « bourreau-des-arbres » figure d'ailleurs parmi les autres noms que recense la LPO. Mais sa fiche espèce s'intéresse à autre chose, à ce que la plante apporte à la faune.
Une table dressée quand le jardin a fané
Selon la LPO, le lierre nourrit de nombreux insectes butinants à la fin de l'automne. Ses fleurs tardives leur offrent beaucoup de pollen et de nectar, à une saison où la plupart des massifs ont déjà fané.
Ce calendrier à contretemps n'a rien d'une lubie récente. Floraison à l'automne, fructification au printemps : le lierre vit décalé par rapport à la plupart des plantes, une particularité que la LPO fait remonter à l'ère tertiaire, il y a des millions d'années. Sa fiche Refuges ajoute qu'il compte parmi les rares plantes à avoir traversé les glaciations en gardant ce rythme.
Pour prendre la mesure du phénomène, un exercice tient en 10 minutes. Postez-vous devant une ombelle par un après-midi doux, et comptez les visiteurs en notant leur taille, leur couleur, leur façon de se poser. La LPO parle d'insectes butinants au pluriel, sans désigner une espèce unique, ce que votre carnet vérifiera sans peine. Les fleurs, elles, sont hermaphrodites : chacune porte à la fois des organes mâles et femelles.
Où se cachent les fleurs, et ce qu'il ne faut pas confondre
Toutes les tiges ne se ressemblent pas, ce qui surprend souvent. Les rameaux qui portent les fleurs ont des feuilles entières, ovales, terminées en pointe, alors que les feuilles de la tige principale et les plus jeunes sont découpées en 3 ou 5 lobes. Cherchez donc vos boules vert-jaune parmi ces feuilles simples.
Ne le confondez pas avec le lierre terrestre. Cette plante herbacée de la famille des Lamiaceae porte des fleurs violettes ou bleues, sur des hampes de 5 à 30 cm, et fleurit de mars à mai selon la LPO.
Un mur, plusieurs locataires
Les butineurs ne sont pas les seuls à profiter du rideau de verdure. De nombreuses espèces d'oiseaux s'y côtoient et s'y reproduisent, indique la LPO. Elle consacre même une fiche Refuges entière à la manière de favoriser le lierre au jardin. Son feuillage coriace reste vert toute l'année.
Chaque feuille vit en général 3 ans avant d'être remplacée par une autre, si bien que le rideau se renouvelle sans se dégarnir d'un coup. Les « racines » aériennes, appelées crampons, n'ont qu'un rôle de fixation au support et aucun rôle dans la nutrition de la plante.
Les chauves-souris y trouvent un site de repos diurne idéal.
Des baies qui prennent le relais au printemps
Les fleurs d'octobre ont une suite : la fructification a lieu de mars à mai. Les fruits sont des baies globuleuses de 8 mm de diamètre, qui arrivent à maturité au début du printemps et deviennent alors noires. Elles sont d'un noir bleuâtre et cerclées vers leur sommet, précise la LPO Champagne-Ardenne.
Le lérot et le renard roux apprécient aussi ses baies.
Ces baies sont en revanche très toxiques pour l'humain en consommation excessive, prévient la LPO. Dans un jardin où jouent de jeunes enfants, un mot d'explication suffit sans doute à régler la question. La maturité survenant au début du printemps, c'est à ce moment-là qu'il vaut mieux y veiller.
Garder, tailler, arracher : à vous de juger sur place
Reste la question du mur lui-même. La fiche de la LPO n'aborde ni l'effet du lierre sur la maçonnerie ni son effet sur les arbres, et trancher à sa place serait hasardeux.
Un maçon ou un paysagiste qui voit l'enduit en vrai vous renseignera mieux qu'un article. Si le mur ne pose aucun souci apparent, rien ne vous oblige à tout enlever d'un coup. Vous pouvez dégager une fenêtre, une gouttière, un volet, et laisser le reste en place. Épargnez au moins le tronçon où les ombelles sont déjà ouvertes, celui où les insectes travaillent cette semaine.
Faites le tour du mur avec un carnet. Notez où se trouvent les ombelles, à quelles heures elles sont les plus fréquentées, quels visiteurs reviennent.
Repassez en mars, puis en mai, car la fructification court sur cette période. Vous verrez alors mûrir les baies noires. Quant aux oiseaux qui s'abritent dans le feuillage, la LPO les dit nombreux : un coup de jumelles de temps en temps suffira.
Un dernier chiffre, tiré de la fiche Refuges de la LPO : le lierre vit plusieurs siècles, jusqu'à 400 ans, peut-être 1000. Rien n'indique l'âge de celui de votre mur, mais la plante a de la marge pour refleurir chaque automne.
Sources : driaaf.ile-de-france.agriculture.gouv.fr | unevillepourtous.fr | lpo.fr
