« On ne m’avait rien dit » : à l’étang, le canard nourri au pain sec par mes petits-enfants traînait ses ailes tordues, incapable de s’envoler

Nourrir les canards au pain sec provoque des malformations graves appelées « ailes d’ange » qui les rendent incapables de voler. La LPO explique les dégâts nutritionnels et propose des alternatives pour préserver ce rituel familial sans nuire aux oiseaux.

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Par L'équipe JDS

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À retenir
  • Le pain provoque une malformation des ailes appelée « ailes d'ange » qui empêche les canards de voler.
  • Les carences en calcium et l'excès de sel endommagent les os et le foie des oiseaux sauvages.
  • Les graines de tournesol noir, cacahuètes et maïs concassé remplacent avantageusement le pain.
  • Les enfants apprennent aussi bien en observant les oiseaux dans leur environnement naturel.

Le sachet de pain sec, l'étang et l'aile qui ne s'ouvre plus

Le pain contient trop de sel, et il provoque des problèmes osseux qui déforment les ailes : c'est ce que la LPO appelle les « ailes d'ange », une malformation qui empêche l'oiseau de voler. « On ne m'avait rien dit » : la phrase vient souvent, un peu penaude, quand un grand-père ou une grand-mère comprend d'où vient le canard qui traîne ses ailes au bord de l'eau. Le sachet de croûtons, lui, a pourtant l'air si inoffensif.

Le geste est d'une tendresse absolue.

Octobre s'y prête à merveille. Les petits-enfants sont chez vous pour les vacances de la Toussaint, qui courent du samedi 17 octobre au lundi 2 novembre 2026, et la balade jusqu'à l'étang devient le rituel de l'après-midi. On a glissé dans la poche le pain de la veille, trop sec pour le goûter, trop bon pour la poubelle. La reprise des cours est fixée au lundi 2 novembre au matin.

Ce que le pain fait au canard, de l'estomac à l'aile

La LPO énumère les dégâts : trop de sel, des gonflements dans l'estomac, un gluten qui provoque des maladies du foie. Les oiseaux sauvages n'ont tout simplement pas le matériel digestif pour ce que nous leur tendons.

La LPO Provence-Alpes-Côte d'Azur détaille le mécanisme : le pain est très pauvre en vitamines et en minéraux, mais il rassasie, si bien que l'oiseau ne diversifie plus son alimentation. Des carences s'installent, dont un manque de calcium, les os ne poussent plus normalement et le bout des ailes se recourbe.

Un oiseau touché ne peut ni voler ni s'enfuir en cas de danger.

Le pain agit aussi par d'autres voies. Il gonfle et colle dans l'estomac, avec des troubles qui peuvent aller jusqu'à la mort de l'oiseau. Le surpoids, lui, empêche de s'envoler pour échapper aux prédateurs ou aux véhicules. Quant au foie, le centre régional de sauvegarde de la faune sauvage de la région évoque une sorte de cirrhose.

Un garde-manger que l'étang remplit déjà

Les canards de surface, les cygnes tuberculés, les foulques macroules, les gallinules poule d'eau et les mouettes rieuses ne sont pas programmés pour digérer le pain. Leur menu naturel tient surtout en résidus végétaux (feuilles, tiges, racines, graines), complétés parfois de petits mollusques d'eau douce, de vers et d'insectes aquatiques. Rien de très glamour, mais tout est là.

Autre effet, plus discret. Les oiseaux perdent l'habitude de se nourrir seuls dans la nature, et certains canards ou cygnes changent de comportement, au point de devenir agressifs près du lieu de nourrissage.

Je vous livre mon sentiment : le canard d'étang ne nous attend pas pour dîner. Il a un régime, une rive, des herbes, et c'est nous qui avons besoin de lui donner quelque chose, pour le plaisir de le voir s'approcher. Ce besoin-là se comprend très bien, et il se contente de peu.

Dans le sac, à la place du pain

Pour les oiseaux du jardin, la LPO recommande trois denrées. La graine de tournesol noire, les cacahuètes fraîches non grillées et non salées, et le maïs concassé.

Pour l'étang, la réponse est plus nuancée. La page ouverte de la LPO ne propose pas de substitut chiffré pour les canards : elle décrit leur régime naturel, sans livrer de recette. Il serait donc imprudent de transposer d'office les graines du jardin à l'eau. Le sachet de pain peut simplement rester dans le placard, ce qui n'a rien d'un renoncement.

Le geste de nourrir peut aussi changer de nature.

Le dire aux petits sans éteindre la joie

Les enfants jettent le pain par amour, pas par mauvais esprit, et c'est ce qui se transmet d'abord. Le plus simple consiste à déplacer l'attention : regarder ce que le canard fait tout seul, repérer les foulques et les gallinules, les nommer. Un enfant de 6 ans retient très bien un nom d'oiseau, surtout quand il sonne comme un personnage de dessin animé.

La LPO a pensé à la pédagogie. Elle propose un panneau d'avertissement sur sa boutique, que certaines communes pourraient installer au bord de leurs bassins. Elle a aussi consacré l'épisode 1 de la saison 1 de sa web-série « Colocataires sauvages » aux mauvaises pratiques de nourrissage au jardin. Quinze minutes devant un écran, à la maison, peuvent préparer la balade du lendemain.

Si l'aile recourbée est déjà sous vos yeux, le réflexe serait de contacter un centre de sauvegarde de la faune sauvage. C'est l'une de ces structures, rattachée à la LPO en Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui publie les conseils cités plus haut.

Seize jours pour changer de rituel

Les élèves n'ont pas cours du samedi 17 octobre au dimanche 1er novembre inclus, soit 16 jours. Les zones A, B et C partagent les mêmes dates cette année, ce qui facilite l'organisation des familles dispersées.

Seize jours, c'est large pour inventer un autre rituel.

Au retour de l'étang, le jardin offre une seconde chance au sachet. Beaucoup de passereaux des jardins deviennent granivores en hiver. La LPO précise que le tournesol noir est mieux adapté que la graine striée, et que les cacahuètes se donnent fraîches ou en coque.

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