Depuis avril 2026, une arnaque massive cible les retraités français avec des mails imitant l’Assurance retraite et promettant un complément précis de 267,14 euros. En cliquant sur le lien, les victimes atterrissent sur un faux portail qui réclame leurs identifiants et numéros de carte bancaire, permettant aux escrocs de vider entièrement leurs comptes en quelques heures.
Ce mail promet exactement 267,14 € de revalorisation retraite : un retraité l’a ouvert et a perdu toutes ses économies

Depuis début avril 2026, des mails frauduleux se font passer pour l'Assurance retraite et promettent un complément de 267,14 euros lié à la revalorisation des retraites. Le chiffre est précis. Suffisamment précis pour ne pas paraître inventé. C'est exactement ce que recherchent les escrocs : une somme qui ressemble à un calcul administratif, pas à un gain de loterie. Et cette précision a déjà coûté très cher à plusieurs retraités français.
À retenir
- Un chiffre étrangement précis : pourquoi les escrocs ont choisi exactement 267,14 €
- Comment un simple clic a vidé le compte d'un retraité de 830 000 €
- L'astuce de l'urgence : le mail inclut une date limite pour déclencher la panique
Un piège construit sur un fait réel
Les escrocs ont construit leur arnaque sur un fait réel et vérifiable : la revalorisation des pensions de retraite de base au 1er janvier 2026 a bien eu lieu, fixée à +0,9 % conformément à l'article L.161-25 du Code de la sécurité sociale. En s'appuyant sur cette actualité légitime, ils renforcent la crédibilité du message. Concrètement, pour une pension de base de 1 000 €, cela représente 9 € de plus par mois. Pas 267,14 €. Jamais d'un seul coup. Jamais par mail.
Aux couleurs de l'Assurance retraite, le message évoque la "revalorisation annuelle" des pensions et promet le versement précis de 267,14 euros sur le compte du destinataire, comme s'il s'agissait d'un simple ajustement administratif. Pour des seniors déjà très attentifs à la moindre information concernant leur pension, ce courriel arrive au bon moment et semble parfaitement crédible. Logos, ton administratif, vocabulaire technique : tout y est.
Le texte installe en plus un sentiment d'urgence. Le mail frauduleux somme la victime de cliquer sur un bouton "Accéder à mon dossier", assorti d'une date limite censée entraîner l'annulation du transfert si le retraité ne réagit pas rapidement. La Carsat Bretagne, qui a publié un exemple du message sur son site officiel, confirme que la référence interne est toujours la même : les mails frauduleux circulent depuis des adresses comme support@muiteq.com ou cnav-lassuretraite@sproxegypt.com, avec la référence AR-2026-0847263, et prétendent qu'"un écart a été identifié entre les montants versés et ceux auxquels vous avez droit", suivi de la promesse des 267,14 euros.
Ce qui se passe quand on clique
En cliquant sur le lien fourni, le retraité atterrit sur une copie quasi parfaite du portail officiel de l'Assurance retraite. Les escrocs ont reproduit la charte graphique, les logos de l'État et parfois même une fausse fenêtre de connexion FranceConnect. Sous prétexte de "valider" l'envoi de l'argent, cette plateforme malveillante exige d'abord la saisie des identifiants personnels. Dans un second temps, le site réclame les numéros complets de votre carte bancaire, ce qu'aucune caisse de retraite ne demande par simple courriel.
Les cas concrets sont brutaux. Le 13 avril 2026, une habitante de Levallois-Perret a perdu 50 000 euros suite à une escroquerie particulièrement élaborée mêlant phishing et visite à domicile. Dans un autre registre, en arrivant sur le faux site, Marc, un retraité, a même été accueilli par une courte vidéo d'un "conseiller" réalisée à partir d'un deepfake. Convaincu, il a renseigné son identifiant, son mot de passe, puis son RIB. En moins de 48 heures, plusieurs virements successifs ont siphonné ses comptes et une partie de ses placements. Le résultat : 830 000 € envolés.
Les escrocs s'attaquent à une population précise : les plus de 65 ans, souvent moins à l'aise avec les démarches en ligne et plus enclins à faire confiance à ce qui semble officiel. On observe des pics d'arnaques autour des dates de versement des pensions, moment où les seniors surveillent plus attentivement leurs comptes et sont plus vulnérables à un message qui semble issu de leur caisse. Ce n'est pas un hasard de calendrier : c'est une stratégie.
Les règles d'or pour ne pas mordre à l'hameçon
L'Assurance retraite est formelle : "L'Assurance retraite ne vous demandera jamais vos coordonnées bancaires (numéro de compte, de carte bancaire, code secret...) par courriel ou par téléphone." La règle est simple et sans exception : la vraie revalorisation est appliquée automatiquement sur vos versements. Aucune démarche de votre part n'est requise, aucun dossier individuel n'est réexaminé par courriel, aucun complément ponctuel n'est à réclamer en ligne.
Pour identifier un mail suspect, le premier réflexe est de regarder l'adresse réelle de l'expéditeur, pas le nom affiché. Même si le nom d'affichage mentionne l'Assurance retraite, l'adresse réelle dissimulée est souvent farfelue. Les mails officiels proviennent d'adresses se terminant par @cnav.fr ou @assurance-maladie.fr. Toute autre extension doit faire lever un signal d'alarme immédiat.
Si vous avez déjà cliqué, l'urgence est bancaire. Contactez votre banque sans attendre pour faire opposition sur votre carte. Modifiez vos mots de passe dans la foulée, en priorisant ceux de votre messagerie et de votre compte FranceConnect. Surveillez vos relevés de compte avec attention durant les jours suivants pour repérer toute transaction suspecte.
Pour signaler, deux canaux officiels existent : l'Assurance retraite recommande de transmettre le mail frauduleux à l'adresse abuse@cnav.fr. Vous pouvez aussi transférer le message à signal@signal-spam.fr pour qu'il soit analysé. Un SMS suspect évoquant votre retraite peut être signalé au 33700 ou via le site 33700.fr.
Quand la méfiance elle-même devient un piège
La confiance dans les services publics est aussi impactée : certains seniors deviennent méfiants à l'excès, n'osent plus répondre à aucun message, ignorent même les courriers authentiques et passent à côté de droits ou d'aides légitimes. C'est le dégât collatéral que l'on évoque peu : une arnaque réussie ne ruine pas seulement un compte, elle installe une défiance durable envers les institutions.
La réponse institutionnelle prend de l'ampleur. Face à la multiplication de ces arnaques, la CNAV a lancé une campagne d'information avec un budget de 300 000 euros mobilisé pour sensibiliser les retraités, comprenant des guides mis à jour, des spots médiatiques et des contenus numériques. Rappelons que toutes les informations officielles sont transmises via l'espace personnel sécurisé, accessible uniquement après connexion sur le site lassuranceretraite.fr. Nulle part ailleurs. Et pour contacter directement l'Assurance retraite, le numéro unique est le 3960.
Un dernier chiffre pour mesurer l'ampleur du phénomène : en 2024, plus de 348 000 cyberattaques ont été recensées en France, avec une hausse estimée à près de 74 % en cinq ans. Dans certaines communes rurales, les associations de retraités rapportent que presque une personne sur trois a déjà reçu au moins un message frauduleux se faisant passer pour un organisme de retraite. La vigilance ne peut plus être seulement individuelle : parler de cette arnaque autour de vous, à vos proches moins connectés, reste le meilleur bouclier collectif.
Sources : bourseinside.fr | sirteq.org