Le coût des soins augmente discrètement mais sûrement. En 2025, de nombreux Français vont découvrir que certains médicaments, jusque-là partiellement ou totalement pris en charge par l’Assurance maladie, ne le sont plus. Dans une logique d’économies budgétaires et d’efficacité thérapeutique, l’État a décidé de réduire progressivement le remboursement de plusieurs familles de médicaments, voire de les en exclure totalement. Une décision qui alourdit déjà la facture santé des ménages et soulève de nombreuses interrogations : quels sont les médicaments concernés, et combien cela va-t-il réellement coûter aux patients ?
Déremboursement progressif : quels médicaments vont sortir du remboursement cette année ?

Une décision budgétaire qui s'appuie sur un argument médical
Le déremboursement n’est pas nouveau. Depuis une vingtaine d’années, la Sécurité sociale procède régulièrement à des révisions du panier de soins remboursables, en se basant sur le Service Médical Rendu (SMR) des traitements concernés. Lorsqu’un médicament est jugé peu efficace ou qu’une alternative existe, le remboursement peut être réduit ou supprimé.
En 2025, cette logique s’inscrit dans un contexte bien particulier : celui de la maîtrise des dépenses de santé, en pleine tension budgétaire pour l’Assurance maladie. Le ministère de la Santé a validé plusieurs déremboursements dès le premier semestre, sur la base des recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS).
Mais pour les patients, la conséquence est claire : plus de frais à leur charge, ou à celle de leur complémentaire santé.
Les médicaments déjà sortis ou en cours de déremboursement
Voici les principales familles de médicaments visées en 2025 :
| Nom ou famille | Type | Remboursement 2024 | Évolution 2025 |
|---|---|---|---|
| Gels anti-inflammatoires locaux (ex : Ketum gel) | Douleurs articulaires, entorses | 15 % | 0 % (déremboursement total) |
| Homéopathie | Traitements non conventionnels | 15 % | 0 % depuis janvier 2025 |
| Médicaments contre la toux sèche (ex : Pholcodine) | Toux, ORL | 30 % | 0 % (dangerosité, efficacité jugée faible) |
| Traitements veinotoniques | Jambes lourdes, varices | 15 % | 0 % (jugés à efficacité insuffisante) |
| Médicaments anti-Alzheimer (ex : Aricept, Ebixa) | Maladie d'Alzheimer | 15 % | Suppression prolongée (déjà déremboursés en 2018, non réintégrés) |
| Médicaments contenant du Ginkgo biloba | Troubles cognitifs, circulation | 15 % | 0 % (efficacité contestée) |
D'autres catégories sont en cours de réévaluation, notamment certains compléments alimentaires remboursés sur prescription, ou les traitements symptomatiques non essentiels.
Quel impact sur les finances des patients ?
Le passage d’un taux de remboursement de 15 % ou 30 % à 0 % peut sembler marginal, mais le reste à charge devient significatif pour les patients chroniques ou âgés.
Prenons un exemple concret :
Un patient utilisant régulièrement un gel anti-inflammatoire à 6 € le tube (remboursé à 15 % en 2024) payait 5,10 €. En 2025, il devra régler l’intégralité du prix, soit 6 €, sans aucun remboursement.
À l’échelle d’un mois, cela peut représenter :
- 15 à 40 € de plus pour une personne sous plusieurs traitements non remboursés.
- Plus de 200 € par an pour les personnes âgées souffrant de douleurs chroniques ou de troubles circulatoires.
Les plus fragiles sont donc les personnes âgées, les retraités modestes, et les patients atteints de pathologies longues.
Qui décide de ces déremboursements, et sur quels critères ?
C’est la Haute Autorité de Santé (HAS) qui évalue le Service Médical Rendu (SMR) de chaque médicament. En cas de SMR jugé insuffisant, la Commission de la Transparence peut recommander une réduction ou un arrêt du remboursement.
Le ministère de la Santé, via un arrêté ministériel, formalise ensuite cette décision.
Par exemple, l'arrêté du 19 décembre 2024, publié au Journal Officiel, a acté le déremboursement de plusieurs spécialités à base de pholcodine dès janvier 2025.
Les critères utilisés sont :
- L’efficacité clinique prouvée par des études indépendantes.
- La balance bénéfice/risque comparée à d’autres traitements.
- L’existence d’alternatives plus efficaces ou moins coûteuses.
Comment limiter l’impact sur son budget santé ?
Face à cette nouvelle réalité, certains gestes simples permettent d’atténuer la hausse des dépenses :
- Demander conseil à son médecin ou pharmacien : il peut proposer une alternative non remboursée mais moins coûteuse.
- Comparer les prix entre pharmacies, en particulier pour les médicaments non remboursés.
- Vérifier les garanties de sa mutuelle santé : toutes ne prennent pas en charge les médicaments déremboursés.
- Faire appel à des dispositifs d’aide locale (communes, CCAS, associations) pour les foyers en difficulté.
- Limiter l'automédication sur les produits désormais non pris en charge, sauf avis médical.
Le déremboursement progressif de certains médicaments s’inscrit dans une stratégie budgétaire assumée, mais il transfère une part importante des coûts sur les ménages. Pour les patients, il est essentiel de mieux s’informer sur les traitements utilisés, de dialoguer avec les professionnels de santé et d’ajuster leur couverture mutuelle si besoin. Dans les mois à venir, la liste des produits sortis du remboursement pourrait encore s’allonger.