« Je pensais que ma banque transférerait tout » : au moment de changer d'établissement, ce qui est resté derrière
Mobilité bancaire et transfert d'épargne : deux notions que beaucoup de clients confondent, souvent à leurs dépens. La première est un droit encadré par la loi, gratuit et automatisé. La seconde relève d'une simple négociation entre deux banques, sans aucune garantie de résultat. Cette confusion explique pourquoi tant de personnes découvrent, une fois le changement de banque effectué, qu'un livret d'épargne est resté bloqué dans l'ancien établissement. À l'approche de la rentrée, période où beaucoup profitent d'un bilan financier pour changer de compte, il paraît utile de rappeler ce que le service de mobilité bancaire couvre réellement, et ce qu'il laisse de côté.
- Le mandat de mobilité bancaire, gratuit et automatique, ne couvre que le compte courant (virements, prélèvements, domiciliation du salaire).
- Les livrets d'épargne réglementée (Livret A, LDDS, LEP) doivent être clôturés dans l'ancienne banque avant réouverture ailleurs, car ils ne sont jamais transférés automatiquement.
- Le transfert d'un PEL ou d'un CEL reste possible mais dépend de l'accord des deux banques, sans obligation légale ni garantie de gratuité.
Le mandat de mobilité bancaire, un dispositif plus limité qu'on ne le croit
Depuis la loi Macron de 2017, changer de banque est devenu beaucoup plus simple grâce au mandat de mobilité bancaire. Ce service gratuit permet à la nouvelle banque de récupérer automatiquement les informations liées au compte courant : virements récurrents, prélèvements, domiciliation du salaire. En théorie, le client n'a presque rien à faire, la nouvelle banque se charge de contacter l'ancienne pour transférer les opérations. Mais ce mandat concerne exclusivement le compte courant, aussi appelé compte de dépôt. La Banque de France le confirme sans ambiguïté : tous les autres produits bancaires, qu'il s'agisse de comptes d'épargne, de crédits ou de contrats d'assurance, restent en dehors de ce dispositif. Autrement dit, le mandat de mobilité facilite un déménagement partiel, pas un déménagement complet de sa vie bancaire.
Livrets d'épargne : les grands oubliés du transfert automatique
C'est là que la désillusion intervient souvent. Un Livret A, un LDDS, un LEP ou encore un PEL ne suivent jamais automatiquement le mouvement lors d'un changement de banque. Ces produits d'épargne réglementée doivent, dans la plupart des cas, être clôturés dans l'ancienne banque avant de pouvoir être réouverts ailleurs. La Finance pour tous le rappelle clairement : c'est au client, et à lui seul, d'engager cette démarche. BoursoBank précise même que les virements destinés à alimenter ces livrets ne sont pas pris en compte par le service de mobilité, ce qui peut entraîner des mensualités d'épargne interrompues sans que le client s'en rende compte immédiatement. La liste des produits exclus est plus large qu'on ne l'imagine : Livret Jeune, CEL, comptes-titres, assurance-vie, PEA. Tous ces supports échappent totalement au mandat légal de mobilité bancaire, qui s'applique exclusivement au compte courant.
Certains établissements acceptent parfois de transférer un PEL ou un CEL vers une autre banque, mais rien ne les y oblige. LCL et Selectra le confirment : ces transferts dépendent des conditions contractuelles propres à chaque produit, et nécessitent l'accord des deux banques concernées. Aucune loi n'impose cette coopération. Résultat, le sort financier d'un transfert de livret reste incertain : parfois gratuit, parfois facturé par l'ancienne banque, parfois purement impossible. Voici un aperçu synthétique des cas les plus fréquents.
- Livret A, LDDS, LEP : clôture obligatoire avant réouverture ailleurs
- PEL, CEL : transfert possible mais soumis à l'accord des deux banques
- Comptes-titres, PEA, assurance-vie : gestion totalement indépendante du compte courant
Les bons réflexes pour ne rien laisser derrière soi
Pour éviter les mauvaises surprises, mieux vaut anticiper avant même de signer l'ouverture du nouveau compte. La première étape consiste à lister tous les produits détenus dans l'ancienne banque : livrets, PEL, assurance-vie, compte-titres. Ensuite, il faut contacter directement chaque service concerné pour connaître les modalités de clôture ou de transfert, car elles varient selon les établissements. Pour un Livret A ou un LDDS, la clôture reste la seule option, mais elle est rapide et sans frais dans l'immense majorité des cas. Pour un PEL ou un CEL, il est recommandé de demander par écrit si un transfert est envisageable, et sous quelles conditions financières. Enfin, il vaut mieux ne jamais clôturer son ancien compte courant avant d'être certain que tous les prélèvements et virements automatiques ont bien basculé sur le nouveau compte, ce que le mandat de mobilité permet normalement de vérifier facilement, souvent via un tableau de suivi fourni par la nouvelle banque.
Changer de banque reste aujourd'hui une démarche largement simplifiée, mais elle ne concerne, dans les faits, qu'une partie de la relation bancaire. Le compte courant profite d'un accompagnement quasi automatique, alors que les livrets d'épargne demandent une vigilance personnelle et des démarches spécifiques. Ce déséquilibre explique la déception de nombreux clients persuadés que tout suivrait sans effort. Avant de se lancer dans un changement d'établissement, la meilleure protection reste de vérifier, produit par produit, ce qui sera réellement transféré, et ce qui restera à la charge de l'épargnant.

