Le téléphone affiche le numéro de ma banque, et la voix sait tout de mon compte. Quand on me demande de découper ma carte, j’obéis sans réfléchir.
« Le conseiller de ma banque m’a demandé de couper ma carte en deux avant l’arrivée du coursier » : à la gendarmerie, on m’a expliqué ce que le voleur pouvait encore en faire

- Une carte coupée en deux peut encore servir à des paiements en ligne.
- Seule l'opposition auprès de la banque bloque réellement la carte.
- Aucune banque ni gendarmerie ne demande le code par téléphone ni n'envoie de coursier.
Une carte coupée en deux reste un moyen de paiement
Beaucoup de choses, hélas. Quand le faux coursier repart avec la carte découpée et que le code confidentiel a déjà été obtenu au téléphone, les escrocs peuvent retirer de l'argent ou multiplier les achats. La gendarmerie de Côte-d'Or l'écrit noir sur blanc dans son alerte de novembre 2025 : les malfaiteurs procèdent immédiatement à des retraits ou à des achats frauduleux.
Couper la carte ne la bloque pas : seule l'opposition le fait.
Le piège repose sur un faux apaisement. Selon la BRED, le fraudeur demande de découper la carte en faisant croire qu'elle deviendra inutilisable. Or une carte coupée en deux peut encore servir, notamment pour des paiements en ligne, car les données de la puce ou de la bande magnétique restent souvent intactes, d'après un site spécialisé dans la vérification des arnaques. Dans l'Indre, des victimes rapportent même la consigne de découper la carte en évitant soigneusement d'abîmer la puce.
Un scénario rodé, du faux appel au coup de sonnette
Tout commence par un message ou un appel. Les fraudeurs contactent leur cible par téléphone, SMS ou e-mail, en usurpant l'identité de sa banque, avec des numéros masqués ou falsifiés.
Ils annoncent un piratage du compte ou des opérations « suspectes », et le choc fait le reste. La gendarmerie de Côte-d'Or, qui a relancé l'alerte à la mi-août 2026 face à une recrudescence, souligne que cette émotion altère le discernement. Le numéro de la banque peut même s'afficher à l'écran, ce qui désarme les plus méfiants.
Vient ensuite la mise en scène du « coursier ». Dans l'Indre, selon radio ICI, l'interlocuteur réclame que les morceaux de carte soient glissés dans une enveloppe avec le code secret. Il s'enquiert au passage de la présence de bijoux en or, qu'il conseille de confier au même coursier « par précaution ». Le faux livreur emporte alors la carte, le code et les bijoux, et les victimes découvrent dans la foulée que leurs comptes sont ponctionnés.
Une banque n'envoie jamais de coursier chercher une carte.
Des chiffres qui dépassent l'anecdote
En Loire-Atlantique, la gendarmerie a recensé 200 dossiers depuis le début de l'année évoquée dans son alerte, pour un préjudice estimé à 400 000 euros. Le capitaine Thierry Coin, commandant en second de la compagnie de Nantes, décrit une méthode qui passe le plus souvent par des SMS annonçant de faux mouvements frauduleux. Ces chiffres ne comptent pas les victimes que la honte empêche de porter plainte.
Les sommes varient beaucoup d'un département à l'autre. Dans l'Indre, les forces de l'ordre évoquent des montants dérobés compris entre 900 et 6 500 euros, avec 3 nouvelles victimes identifiées lors d'une vague récente. À Niort, le capitaine Jérôme Viaud avait signalé une dizaine de cas en une seule journée dans les Deux-Sèvres.
Les escrocs changent aussi de costume. Le 14 septembre 2026, le groupement de gendarmerie de la Sarthe a signalé des numéros de brigades usurpés, dans une alerte relayée par radio ICI. Elle rappelle qu'aucun gendarme ni banquier ne demande de code de carte par téléphone, et qu'aucun ne mandate de coursier.
Pourquoi tant de personnes avisées se font piéger
La pression, d'abord. La directrice de la communication du Crédit Agricole Atlantique Vendée rappelle qu'une banque n'agit jamais dans l'urgence. Les gendarmes de l'Oise notent par ailleurs que les malfaiteurs détiennent parfois des informations personnelles sur leur cible, comme son adresse ou le nom de sa banque.
Le profil visé compte aussi : la gendarmerie de Côte-d'Or parle de personnes âgées ou isolées. Une femme de 72 ans a été victime dans le Doubs, rapportait la radio ICI Besançon. Les gendarmes conseillent donc de demander l'avis d'un proche ou d'un voisin avant d'agir, ce que l'escroc cherche justement à empêcher en gardant sa victime au téléphone.
La honte fait taire des victimes, et les chiffres sous-estiment le phénomène.
Les bons réflexes, dans l'ordre
Raccrochez, d'abord, même si le numéro affiché est bien celui de votre agence. Rappelez ensuite vous-même votre banque à un numéro que vous connaissez, ou composez le 17 si le faux appel se réclame de la gendarmerie. La gendarmerie insiste : ne cédez jamais à l'urgence.
Ne remettez votre carte à personne, même découpée. Ne communiquez pas votre code confidentiel, ni par téléphone, ni par SMS, ni par courriel.
Si le coursier a déjà sonné, la gendarmerie de Côte-d'Or recommande une opposition immédiate auprès de la banque, un contact avec votre conseiller et un dépôt de plainte dans les meilleurs délais. Chaque heure compte, puisque les retraits suivent la remise de la carte presque aussitôt. Gardez aussi une trace écrite de tout ce que vous avez vu du faux livreur.
Le remboursement n'a rien d'automatique
La plainte et le remboursement sont deux démarches distinctes, rappelle un avocat pénaliste parisien dans une analyse récente. Il met en garde contre une limite sévère : la remise volontaire de la carte, même découpée en deux, a déjà été jugée comme une négligence grave qui exclut le remboursement. La plainte, elle, ne garantit ni l'identification des auteurs ni la restitution des sommes. Autant dire que la prévention vaut mieux que tous les recours.
Ce même juriste conseille de relever tout ce que vous pouvez sur le passage du coursier et d'établir une chronologie précise des faits. Il recommande de contester par écrit chaque opération auprès de la banque.
Et pour une vraie carte périmée ?
Le débat existe aussi pour les cartes arrivées à expiration. Plusieurs médias financiers recommandent de ne plus les couper aux ciseaux et de les rapporter en agence, ou d'utiliser l'enveloppe de retour fournie par la banque. La carte périmée est de toute façon désactivée par l'établissement, soulignent-ils, une fois la nouvelle activée ou la date d'expiration atteinte.
Les enquêteurs ne restent pas les bras croisés. Il y a quelques mois, un vaste réseau commandité depuis l'étranger a été démantelé par la brigade territoriale autonome de Cassis, selon Yahoo Finance. Les alertes de 2026 montrent pourtant que d'autres équipes ont repris le scénario, avec de nouveaux déguisements.
Sources : fr.style.yahoo.com | fr.allafrica.com | assemblee-nationale.fr
