Il est 18 h 15, la départementale longe un bois et la nuit est tombée depuis dimanche. Deux yeux brillent sur le bas-côté, et mon premier geste a été celui qu’il ne fallait pas faire.
Depuis l’heure d’hiver, je croise des chevreuils en rentrant du travail : mon premier réflexe en les voyant était le pire possible

Il est 18 h 15, la départementale longe un bois et la nuit est noire depuis dimanche. Deux yeux brillent sur le bas-côté. Mon geste a été immédiat : les pleins phares, pour mieux voir, et c'était le pire réflexe possible, puisque l'animal s'est figé au milieu de la voie.
- Les pleins phares figent le chevreuil sur la chaussée au lieu de le faire fuir.
- Les feux de croisement laissent à l'animal une chance de regagner le fourré.
- Un second animal suit souvent le premier, quelques mètres derrière.
- Rouler à 80 km/h au lieu de 100 km/h offre environ 25 m de freinage supplémentaire.
Pourquoi les pleins phares clouent le chevreuil sur place
Les feux de route éblouissent l'animal et l'empêchent de trouver une issue. Face au faisceau, il reste planté sur le bitume au lieu de regagner le fourré d'où il vient.
Le raisonnement du conducteur se tient pourtant : pour repérer une silhouette au loin, on veut de la lumière. Du côté du chevreuil, dont la vision serait calée sur la pénombre, ce flot lumineux n'éclaire rien, il aveugle. Les phares gênent aussi les automobilistes qui arrivent en face. Ceux-là risquent de repérer le gibier trop tard, voire pas du tout.
Les feux de croisement, eux, laissent à l'animal une chance de fuir.
Le bon enchaînement, dans l'ordre
Les consignes de prévention tiennent en trois verbes : freiner, klaxonner, passer en feux de croisement. Dès que des yeux brillent sur le bas-côté, le pied quitte l'accélérateur et la main bascule les phares. Le klaxon vient si l'animal ne s'écarte pas, pour l'inciter à libérer la chaussée.
Si la collision ne peut plus être évitée, mieux vaut freiner aussi fort que possible en tenant le volant bien droit. Les conseils de prévention préfèrent ce freinage rectiligne à l'embardée.
Autre cas de figure : l'animal s'immobilise sur la chaussée. Les feux de détresse remplacent alors les feux de route, ce que la police grand-ducale du Luxembourg formule comme une obligation de bon sens. Ils avertissent ceux qui vous suivent sans éblouir ceux qui arrivent en face. Le bouton des feux de détresse mérite donc d'être repéré d'avance, y compris à tâtons.
Le deuxième animal, celui qu'on ne regarde pas
Un chevreuil traverse, on respire. Le suivant se trouve souvent quelques mètres derrière, encore dans le fossé ou à la lisière. Les animaux se déplaçant volontiers en groupe, le conducteur qui réaccélère dès que le premier a disparu s'expose à croiser le second.
Il peut y avoir plusieurs animaux.
Sur les passages fréquentés, le regard doit balayer les deux bords de la route, pas seulement le côté droit. Les panneaux annonçant des mouvements de faune méritent d'être pris au sérieux, car ils désignent des secteurs où les animaux traversent.
Lisières, maïs debout et crépuscule
Le changement d'heure déplace le décor. D'après un chef de service de l'Office français de la biodiversité en Indre-et-Loire, le pic de circulation tombe désormais au lever du jour et à la tombée de la nuit. C'est précisément le moment où cerfs, sangliers et chevreuils se déplacent. Pendant l'automne et l'hiver, le risque de collision est fortement accru.
Les secteurs à surveiller sont les lisières de bois et les abords des champs de maïs encore debout. Tant que ces cultures ne sont pas récoltées, elles peuvent offrir à des animaux un abri collé à la chaussée. Une départementale qui longe un bois, comme celle de mon retour de 18 h 15, peut cumuler les deux situations.
Sur ces tronçons, l'œil gagne à porter au-delà du faisceau, vers les bas-côtés. Le reflet de deux yeux peut y trahir une présence avant même qu'on distingue la silhouette.
25 mètres de gagnés, sans rien acheter
Une fédération départementale de chasseurs rappelle qu'on gagne environ 25 m de freinage en roulant à 80 au lieu de 100 km/h. C'est la longueur de plusieurs voitures mises bout à bout. Il n'est pas nécessaire de ralentir sur tout le trajet : les portions de bois et de lisière suffisent.
Ces 25 m ne coûtent que quelques kilomètres par heure en moins.
Quand un animal surgit, il faut aussi surveiller les voitures qui vous suivent. Allonger la distance de sécurité avec celle qui vous précède laisse de la marge si elle freine brusquement. À l'approche d'une lisière, mieux vaut lever le pied progressivement qu'attendre le coup de frein tardif. Le rétroviseur devient alors un instrument de conduite à part entière, au même titre que le compteur.
Après la rencontre, les gestes qui restent
Si le pire a eu lieu malgré tout, la sécurité passe avant le reste : gilet enfilé, feux de détresse allumés, triangle posé. La police doit être informée en cas de besoin.
Les pleins phares gardent leur utilité sur une route dégagée, jusqu'à l'instant où deux yeux apparaissent dans le faisceau. À cet instant, la main revient au commodo pendant que le pied cherche la pédale de frein. Les deux gestes se font presque ensemble, d'où l'intérêt de les avoir répétés mentalement avant la nuit.
Un passager averti peut aider : il repère les reflets sur le bas-côté et surveille le côté opposé. Il peut aussi prévenir à voix haute qu'un second animal pourrait suivre.
Le matin, la même route demande la même vigilance. Les animaux surgissent surtout à l'aube et au crépuscule, et le risque reste fortement accru durant toute la saison automne-hiver. Le trajet de 7 h 30 dans la pénombre de l'heure d'hiver n'est donc pas plus innocent que celui de 18 h 15.
Sources : ici.fr | chasseurducentrevaldeloire.fr
