Le gazole a frôlé 3 € hier, soit près de 200 € le plein pour certains SUV : pourquoi de tels écarts à la pompe ?

L’information fait grand bruit depuis hier. Et pour cause, le gazole a été affiché à seulement un dixième de centime de la barre symbolique des 3 € dans une station de Trélazé, près d’Angers. Ce prix spectaculaire, signalé lundi 14 septembre, n’a toutefois rien d’une nouvelle moyenne française. Il illustre surtout l’ampleur des écarts entre les pompes, alors que le gazole remonte autour de 2,34 € le litre en moyenne sur le territoire.

Avartar Jules
Par Jules V.

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À 2,999 €, le plein de 50 litres frôle les 150 €

Le chiffre a de quoi faire hésiter au moment de décrocher le pistolet. Lundi 14 septembre, une station Super U située à Trélazé, dans le Maine-et-Loire, affichait le gazole à 2,999 €/l. Selon Actu.fr, qui a révélé ce prix, le point de vente a confirmé que ce tarif était bien celui pratiqué et qu’il ne s’agissait pas d’une simple erreur d’affichage.

À ce niveau, 50 litres de gazole coûtent 149,95 €. C’est 35 € de plus que le même volume payé 2,299 €/l. Or, un nouveau relevé transmis le 14 septembre à 15 h 40 indiquait précisément un tarif redescendu à 2,299 €/l dans cette station. Le montant proche de 3 € doit donc être présenté comme un prix local et ponctuel, pas comme le tarif actuel du point de vente ni comme celui désormais appliqué partout en France.

Cette variation spectaculaire est possible parce que les prix des carburants ne sont pas fixés uniformément par l’État en métropole. Comme les autres commerçants, les distributeurs déterminent librement leurs tarifs dans le cadre de la concurrence. La décision peut être prise par l’exploitant ou par son enseigne, selon l’organisation du réseau. Conditions d’achat, volume écoulé, livraison, charges de fonctionnement et politique commerciale peuvent donc produire des écarts importants entre deux pompes.

La liberté tarifaire ne dispense pas les professionnels d’informer clairement leurs clients. Le prix au litre doit être affiché sur les appareils de distribution et, pour les stations concernées par l’obligation déclarative, toute modification doit être communiquée au site gouvernemental. La DGCCRF rappelle à la fois la liberté des prix et l’obligation d’une information lisible. Un montant très élevé ne permet cependant pas, à lui seul, de conclure que la station réalise un bénéfice particulièrement important.

Le gazole remonte autour de 2,34 € en moyenne

À 8 heures ce mardi 15 septembre, PrixCarbu calculait un prix moyen de 2,340 €/l pour le gazole en France. Cette estimation reposait sur 8 706 stations ayant déclaré un tarif depuis moins de sept jours, hors points de vente signalés en rupture. Selon la même série, le gazole avait gagné 4,6 centimes en une semaine. À ce prix moyen, un plein de 50 litres revient à 117 €, soit 32,95 € de moins qu’avec un litre facturé 2,999 €.

Cette moyenne n’est pas un tarif officiel imposé aux stations. Il s’agit d’un calcul réalisé à partir des déclarations transmises par les distributeurs. Le résultat dépend notamment de l’heure de calcul, du nombre de stations retenues et de l’âge maximal accepté pour les relevés. PrixCarbu utilise ainsi les prix datant de moins de sept jours, tandis que d’autres services peuvent appliquer une méthode différente.

Il serait donc imprudent d’affirmer que « le gazole vaut désormais 2,35 € partout en France ». La tendance à la hausse est bien réelle, mais un automobiliste peut encore rencontrer des prix sensiblement inférieurs ou supérieurs selon son département, le type de station et la concurrence locale. En période de variation rapide, quelques heures suffisent aussi pour faire évoluer une moyenne de plusieurs dixièmes de centime.

Pourquoi le gazole est-il aussi cher actuellement ?

La flambée ne vient pas seulement des décisions prises par les stations. Elle trouve d’abord son origine sur le marché pétrolier mondial. Les exportations du Moyen-Orient restent fortement perturbées par les difficultés de circulation dans le détroit d’Ormuz. À cette tension s’est ajoutée la fermeture d’un important oléoduc saoudien, endommagé par une attaque de drones, qui permettait justement d’acheminer du pétrole vers la mer Rouge en évitant le détroit. Le Brent a dépassé 106 dollars le baril lundi, sur fond de nouvelles craintes concernant l’approvisionnement.

Le gazole subit une pression encore plus forte que celle du pétrole brut. Selon le rapport de septembre de l’Agence internationale de l’énergie, les exportations nettes de diesel et de gazole des pays du Golfe sont tombées en août à environ 390 000 barils par jour, soit à peine plus du quart de leur niveau d’avant-guerre. Le produit raffiné disponible se raréfie donc au moment même où son acheminement devient plus difficile et plus coûteux.

Ces tensions se répercutent ensuite avec un certain décalage dans les stations françaises. Toutes ne renouvellent pas leurs stocks le même jour, au même prix ni dans les mêmes quantités. La distance avec les dépôts, les contrats d’approvisionnement, les volumes vendus et la concurrence environnante expliquent pourquoi la hausse n’apparaît ni au même moment ni avec la même intensité partout. Ces mécanismes généraux ne permettent toutefois pas d’expliquer précisément le cas de Trélazé sans connaître les conditions d’achat et la décision commerciale du point de vente.

Avartar Jules

Biberonné au son du Busso, je compose désormais avec le silence des électrons...

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