Le freinage d’urgence automatique équipe toutes les voitures neuves immatriculées dans l’Union européenne depuis le 7 juillet 2024, et certaines d’entre elles freinent sans raison : une ombre portée sur la chaussée, une voiture à l’arrêt sur la voie voisine, et les freins se serrent au milieu du trafic. Les conducteurs appellent cela des freinages fantômes.
Votre voiture freine toute seule : chassez le fantôme, il revient dès le démarrage suivant

Le ministère des Transports les recense depuis le 22 octobre 2025 au moyen d'un questionnaire en ligne, et il a fait le point le 9 juillet en répondant à une question écrite de Pascale Gruny, sénatrice de l'Aisne. Plus de 700 signalements lui sont parvenus depuis l'ouverture du formulaire. Il a interrogé une dizaine de constructeurs et essayé six véhicules, ce qui a déjà conduit à corriger un modèle, sans que la réponse le nomme.Votre voiture freine toute seule : chassez le fantôme, il revient au démarrage suivant
Déjà 700 signalements remontés
Ces dossiers atterrissent au service de surveillance du marché des véhicules et des moteurs, qui vérifie la conformité des voitures vendues en France et peut imposer des corrections à un constructeur. C'est lui aussi qui enregistre les campagnes de rappel, 454 pour la seule année 2024. Au-delà du modèle déjà corrigé, il a lancé quatre expertises techniques après des accidents, et ouvert une procédure contradictoire sur trois autres voitures dont les fonctions de trajectoire sont en cause.
Lequel de ces modèles est le vôtre, on l'ignore. Aucune fiche de la catégorie automobile de rappel.conso.gouv.fr n'en portait trace ce samedi 12 septembre, où la plus récente des fiches véhicules remontait au 7 août et visait un frein à main.
Seulement six véhicules essayés : est-ce trop peu ?
La Ligue de défense des conducteurs, qui a rendu cette réponse publique le 1er septembre, y voit une enquête au ralenti, et six voitures pour 700 signalements paraissent en effet dérisoires. Le rapport d'activité 2024 du service donne pourtant un autre ordre de grandeur : sur l'année entière et tous sujets confondus, émissions comprises, il a finalisé 58 essais portant sur 24 véhicules.
Six voitures essayées sur ce seul sujet, c'est donc le quart des 24 véhicules que le service a réussi à passer au banc en une année complète. L'enquête bute sur le nombre de voitures qu'on peut équiper de capteurs et emmener sur piste, d'autant qu'un freinage fantôme ne se reproduit pas sur commande. Le même rapport relevait déjà, pour 2024, des non-conformités sur deux véhicules équipés d'aides à la conduite, avec un comportement de nature à surprendre le conducteur en circulation.
Un questionnaire pour tenter de faire la lumière
Le questionnaire est toujours en ligne. Vérification faite ce samedi, il annonce treize minutes, réclame une identification par FranceConnect ou la création d'un compte, puis déroule une soixantaine de questions, de l'immatriculation et du kilométrage jusqu'à la météo et à la vitesse au moment du freinage.
Les pièces justificatives restent facultatives, ce qui compte pour un incident qui ne laisse le plus souvent ni constat ni procès-verbal. Photos, rapport d'expertise et factures d'entretien ne sont réclamés que si vous les avez déjà. Le service laisse aussi un numéro, le 01 40 81 21 22, ouvert du lundi au vendredi.
Le système se désactive, mais la coupure ne dure qu'un trajet, parce que l'article 7 du règlement européen qui impose ces aides exige qu'elles reviennent en fonctionnement normal dès que vous remettez le contact. Il faut donc reprendre le menu à chaque démarrage, et son chemin diffère d'une marque à l'autre. Le code de la route impose de son côté à celui qui roule derrière vous de garder au moins deux secondes d'écart. C'est ce délai qui décidera si un freinage que vous n'avez pas commandé se termine par un coup de frein ou par un choc.
