Les valises étaient prêtes, le petit sac à dos avec le doudou aussi, et la perspective d'une semaine rien que toutes les deux au Portugal avait tout d'une parenthèse rêvée. Et puis il y a eu ce moment, au comptoir d'enregistrement, où le sourire poli de l'agent s'est transformé en question un peu gênée. Pas de drame, pas de scandale, juste un papier manquant que personne n'avait pensé à mentionner. Cette mésaventure, bien plus courante qu'on ne le croit chez les grands-parents voyageurs, mérite qu'on s'y attarde. Parce qu'au fond, elle en dit long sur la méconnaissance administrative qui entoure les voyages des petits-enfants, et sur la meilleure façon de l'éviter à l'avenir.
- Un mineur voyageant sans parent doit présenter le formulaire Cerfa 15646*01 (AST) signé, accompagné de la copie de la pièce d'identité du parent signataire.
- L'AST est gratuite, se remplit sans déplacement en mairie et reste valable un an à compter de la signature.
- Un enfant voyageant avec un seul de ses deux parents n'a besoin d'aucune autorisation, même en cas de séparation ou de divorce.
Ce matin-là à l'aéroport, le ton a changé quand l'agent a vu que j'étais seule avec ma petite-fille
Tout semblait réglé jusqu'au dernier détail : les billets imprimés, le passeport de la petite rangé dans la pochette prévue à cet effet, la valise pesée à la maison pour ne pas avoir de mauvaise surprise. Mais à l'aéroport, dès que l'agent a compris qu'aucun parent n'accompagnait l'enfant, le discours a changé de registre. Un mineur qui quitte la France sans parent doit présenter sa pièce d'identité, l'AST Cerfa 15646*01 signée et la copie de la pièce d'identité du parent signataire, et sans ces trois éléments réunis, impossible d'embarquer. Ce n'est pas une question de tatillonnerie administrative mais une obligation légale, qui s'applique à tout mineur résidant habituellement en France voyageant à l'étranger sans être accompagné d'un titulaire de l'autorité parentale. Voyage scolaire, séjour linguistique, ou simple escapade avec mamie, la règle ne fait pas de distinction.
L'autorisation de sortie du territoire, ce document que je ne connaissais pas et qui change tout
L'autorisation de sortie du territoire, plus connue sous son acronyme AST, est en réalité un document assez simple à obtenir, à condition de savoir qu'il existe. Il s'agit du formulaire Cerfa 15646*01, disponible depuis 2017, que l'un des parents remplit, date et signe lui-même, sans avoir besoin de se déplacer en mairie ni en préfecture. La démarche est gratuite et peut se faire tranquillement à la table de la cuisine. Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères rappelle que l'enfant doit présenter cette autorisation signée en même temps que son titre de voyage au moment du départ, et qu'elle doit impérativement être accompagnée d'une copie de la pièce d'identité du parent signataire, faute de quoi elle ne peut pas être présentée valablement au contrôle. Autre point utile à connaître : sa durée de validité ne peut pas dépasser un an à compter de la signature, ce qui permet de couvrir plusieurs voyages dans l'année sans avoir à refaire la démarche à chaque fois. À noter aussi, pour clarifier une confusion fréquente, qu'un enfant voyageant avec un seul de ses deux parents n'a besoin d'aucune autorisation, même en cas de séparation ou de divorce ; l'AST concerne uniquement les situations où aucun parent n'accompagne le mineur.
Ce contexte réglementaire s'inscrit par ailleurs dans une vigilance accrue des autorités concernant les déplacements de mineurs. Le ministère de la Justice a recensé 189 dossiers d'enlèvement parental international initiés par la France encore en cours à la mi-2026, dont près de la moitié ouverts depuis le début de l'année. Face à ce constat, le garde des Sceaux a annoncé la création prochaine d'une cellule dédiée à la médiation dans ces affaires, ainsi qu'un recours plus systématique aux oppositions et interdictions de sortie du territoire. Autrement dit, les contrôles ne sont pas près de se relâcher, bien au contraire. À cela s'ajoute la mise en place du système européen d'entrée-sortie, pleinement opérationnel depuis avril 2026 à toutes les frontières extérieures de l'espace Schengen, qui remplace le traditionnel tampon sur le passeport par un enregistrement numérique. Plus de 150 millions d'entrées et sorties ont déjà été comptabilisées depuis son lancement progressif fin 2025, preuve que la traçabilité des déplacements, y compris ceux des plus jeunes, est devenue une priorité affichée.
Comment transformer cette mésaventure en leçon pour les prochains voyages avec ses petits-enfants
Rater un vol à cause d'un papier oublié, ça pique sur le moment, mais ça permet surtout de mieux s'organiser pour la prochaine fois. Voici les réflexes à adopter avant tout voyage avec un petit-enfant, sans parent dans les bagages :
- Demander le formulaire Cerfa 15646*01 à l'un des parents suffisamment à l'avance, en expliquant simplement qu'il s'agit d'une obligation légale et non d'une formalité facultative.
- Vérifier que le document est bien daté et signé, et qu'il est accompagné de la copie recto verso de la pièce d'identité du parent signataire.
- Garder une copie supplémentaire de l'AST dans un sac différent de celui où se trouve l'original, en cas de perte ou de vol.
- Profiter de la validité d'un an du document pour anticiper plusieurs séjours si des voyages réguliers sont prévus dans l'année.
- Se renseigner sur les formalités spécifiques au pays de destination, certaines exigences pouvant varier en dehors de l'espace Schengen.
Au-delà de la paperasse, cette expérience rappelle aussi l'importance de la communication avec les parents, qui ne pensent pas toujours à transmettre spontanément ces informations, simplement parce qu'ils n'imaginent pas que les grands-parents n'en ont pas connaissance. Le tableau suivant résume les bons réflexes à adopter, et ceux à éviter, pour voyager sereinement avec ses petits-enfants.
| À faire | À éviter |
|---|---|
| Demander l'AST et la copie de pièce d'identité du parent plusieurs semaines avant le départ | Attendre la veille du voyage pour réclamer les documents |
| Vérifier la validité des papiers d'identité de l'enfant et des siens | Supposer que le passeport de l'enfant suffit à lui seul |
| Conserver une copie numérique de tous les documents sur son téléphone | Ranger l'unique exemplaire dans un seul bagage |
| Poser des questions simples et sans jugement aux parents sur les démarches à effectuer | Partir du principe que tout le monde connaît déjà les règles |
Cette mésaventure, finalement, aura eu le mérite de rappeler une évidence trop souvent oubliée : être grand-parent aujourd'hui, c'est aussi accepter de se tenir informé des règles qui encadrent la vie des plus jeunes, même quand elles paraissent lointaines ou un peu kafkaïennes. Ce n'est ni une question de confiance envers les parents, ni une remise en cause de sa place dans la famille, simplement une précaution qui permet, la fois suivante, de passer le contrôle aéroport la tête haute et la valise déjà enregistrée.


