Une étude publiée en 2011, menée auprès de 40 enfants âgés de 3 à 5 ans, a montré que l'ajout de purées de légumes dans plusieurs préparations augmentait leur consommation quotidienne de légumes de 50 à 73 %, selon les conditions testées. De quoi réjouir tout grand-parent qui a déjà glissé discrètement de la courgette mixée dans une sauce bolognaise, en se disant qu'il trouvait enfin la solution miracle. Sauf que la même étude, publiée dans l'American Journal of Clinical Nutrition, apporte une nuance de taille : ce protocole ne démontre pas que les enfants se mettent ensuite à aimer ces légumes présentés seuls. Autrement dit, le plat est fini sans protestation, mais la courgette en rondelles, le lendemain, reste boudée avec la même détermination. De quoi se demander si faire manger un légume et apprendre à l'apprécier sont réellement deux objectifs différents.
- Cacher des purées de légumes dans une sauce augmente réellement les quantités avalées, jusqu'à 50-73 % selon l'étude de 2011.
- Cette méthode ne fait pas aimer le légume pour autant, car l'enfant n'a pas appris à reconnaître son goût et sa texture seuls.
- Pour développer une véritable préférence, mieux vaut privilégier la patience, la répétition sans pression et des présentations variées du légume.
Cacher les légumes fonctionne, mais pas comme on le croit
Commençons par ce qui marche vraiment, parce que ce serait dommage de jeter le bébé avec l'eau du bain, ou plutôt la courgette avec l'eau de cuisson. Les chiffres de cette étude sont clairs : enrichir une sauce ou une préparation avec des purées de légumes permet d'augmenter sensiblement les quantités avalées par les enfants, parfois de moitié, parfois de plus des deux tiers. Pour un grand-parent qui reçoit ses petits-enfants et cherche à varier leur alimentation sans déclencher de drame à table, c'est une information précieuse, et il n'y a aucune raison de culpabiliser si cette méthode fait partie de la panoplie habituelle. Il faut simplement garder à l'esprit que ce résultat concerne la quantité de légumes ingérée, pas la relation que l'enfant construit avec ce légume. Ce sont deux choses différentes, et c'est précisément là que beaucoup de grands-parents, pleins de bonne volonté, se méprennent légèrement sur ce que cette technique peut réellement accomplir.
Pourquoi l'enfant ne se met pas à aimer la courgette pour autant
Voilà le nœud du problème, et il mérite qu'on s'y attarde sans dramatiser. Un enfant qui termine son assiette de pâtes à la sauce tomate-courgette mixée n'a, à aucun moment, goûté la texture, la couleur ni le goût franc de la courgette telle qu'elle se présente seule. Son palais n'a pas eu l'occasion de l'identifier, encore moins de l'apprivoiser. Résultat : le lendemain, face à des rondelles bien visibles dans son assiette, le refus reste intact, et c'est parfaitement logique d'un point de vue sensoriel. L'étude de 2011 ne permet absolument pas de conclure que cette méthode fait évoluer les préférences alimentaires à long terme. Elle mesure une consommation ponctuelle, pas un apprentissage du goût. Ce n'est donc pas un échec si la courgette reste refusée ensuite, c'est simplement que l'objectif visé, faire avaler des nutriments, et l'objectif d'apprentissage du goût, ne répondent pas aux mêmes mécanismes. Il serait réducteur, et même un peu malhonnête, de conclure que cacher les légumes est une mauvaise idée en soi. C'est un outil parmi d'autres, avec ses limites bien identifiées.
Ce que les grands-parents peuvent faire à la place pour de vrais résultats
Si l'objectif est que l'enfant apprenne, un jour, à apprécier la courgette pour elle-même, d'autres leviers existent, et les grands-parents ont souvent une carte à jouer que les parents, pris par le rythme du quotidien, n'ont pas toujours le temps d'activer. La patience et la répétition sans pression comptent énormément dans ce domaine.
- Enrichir une sauce, ce qui peut être utile sans en faire l’unique mode de découverte des légumes
- Essayer autre chose pour apprendre à l'enfant à apprécier le légume, ce qui constitue un objectif différent
- Ne pas promettre ces pourcentages d'augmentation de consommation avec une seule cuillerée dans des pâtes
Pour résumer ce qui fonctionne bien dans la relation avec les parents de l'enfant, qui restent les premiers décideurs sur ces questions alimentaires, voici quelques repères simples.
| À faire | À éviter |
|---|---|
| Enrichir une sauce ou une préparation | En faire l'unique mode de découverte des légumes |
| Essayer autre chose quand le parent hésite | Promettre de grands pourcentages avec une seule cuillerée dans des pâtes |
| Comprendre que faire manger et faire apprécier sont deux buts différents | Tomber dans le verdict caricatural voulant que cacher les légumes soit une mauvaise idée |
Cette approche évite surtout un écueil fréquent : utiliser la purée cachée comme un moyen détourné de contrôler les quantités ou les calories ingérées par l'enfant, ce qui n'a jamais été l'objectif de cette méthode, et qui pourrait même brouiller la relation de confiance que l'enfant construit avec son alimentation.
Au fond, il n'y a pas de faute à chercher ici, ni du côté du grand-parent qui mixe une courgette dans une sauce, ni du côté de l'enfant qui continue de la refuser en rondelles le lendemain. Les deux coexistent, parce qu'ils répondent à des logiques différentes. Cacher un légume peut aider à équilibrer un repas ponctuel, mais ce n'est pas la voie qui mène un enfant à aimer sincèrement la courgette un jour. Cette distinction, une fois posée clairement, permet de lâcher un peu de pression, pour les grands-parents comme pour les parents, et de se concentrer sur ce qui compte vraiment : donner à l'enfant le temps et les occasions de faire, à son rythme, la paix avec son assiette.


