La lampe torche balaie l’étagère, et le couvercle de la vieille boîte à biscuits cède avec un petit bruit sec. Ce que je découvre à l’intérieur n’a rien de celui que je gardais en mémoire.
« Je n’ai pas compris ce qui s’est passé » : les pièces de collection que mon père gardait à la cave étaient toutes devenues vertes

La lampe torche balaie l'étagère, s'arrête sur la vieille boîte à biscuits de mon père, et le couvercle cède avec un petit bruit sec. Les pièces que je gardais en mémoire brillantes sont couvertes d'un voile vert, en plaques, parfois en croûte. Ce vert n'a rien de mystérieux : les spécialistes parlent de produits de corrosion, et l'humidité de la cave en est le moteur.
Le cuivre déteste l'humidité, et il le fait savoir en vert.
- L'humidité relative est le moteur principal du verdissement du cuivre
- Au-delà de 65 % d'humidité, le risque de corrosion devient élevé
- Frotter ou tremper une pièce verdie en détruit la valeur numismatique
Le vert, signature d'un air trop humide
L'Institut canadien de conservation (ICC) publie des lignes directrices pour les musées et les collections patrimoniales. Il décrit des produits de corrosion verts sur le cuivre quand l'humidité s'installe, et il range l'humidité relative parmi les grands moteurs de la corrosion des métaux. Plus l'air est sec, plus la réaction ralentit.
Ses repères chiffrés tiennent en quelques lignes. Pour les objets métalliques, une humidité relative modérée se situe entre 40 et 55 %, et le risque devient élevé au-delà de 65 %. Le cuivre contaminé par des sels est plus exigeant encore : le risque reste faible sous 42 %, mais il devient très élevé au-delà de 68 %.
Ces pourcentages mesurent la quantité de vapeur d'eau présente dans l'air, par rapport au maximum qu'il peut contenir à cette température. Ils ne disent rien de la sensation de moiteur au toucher. Une cave peut sembler saine, sans trace sur les murs, et rester au-dessus de 65 %. Un hygromètre, ce petit cadran vendu en magasin de bricolage, lit le taux réel, à condition de le poser à côté de la boîte plutôt qu'au milieu de la pièce.
Une cave qui reprend l'eau à l'automne
Octobre est le mois où les caves se rechargent en humidité.
Avec les pluies et les murs gorgés d'eau, le taux d'une cave grimpe souvent au-delà de 65 %, le seuil où l'ICC place le risque élevé. Le chiffre exact varie d'une cave à l'autre, selon l'exposition et l'aération. Seule une mesure sur place permet de trancher.
Mon père, comme beaucoup de collectionneurs, voyait dans la cave un coffre-fort tranquille : frais, sombre, loin des regards. Si les pièces y ont dormi des années sans broncher avant de verdir, une succession d'automnes humides pourrait suffire à expliquer le résultat. Ce n'est pas de la négligence, c'est un lieu de stockage qui ne tient pas la distance.
Ne frottez pas, ne trempez pas
Le réflexe est universel : prendre un chiffon, un peu de vinaigre, et faire disparaître le vert. La Monnaie de Paris le dit sans détour : nettoyer une pièce revient à user sa surface, donc à altérer sa valeur numismatique. Pour les pièces qui ternissent naturellement, elle invite d'ailleurs à accepter la patine, que les collectionneurs recherchent comme garante d'une certaine authenticité.
Pas de brosse, pas de vinaigre, pas de bain.
Frotter use le métal, et un trempage dans le vinaigre est à proscrire pour la même raison : le geste ne se rattrape pas. Une pièce verdie n'est pas forcément une pièce perdue. Annoncer un pourcentage de perte serait de la fantaisie, car chaque pièce a son état, sa rareté, son histoire. Seul un numismate, pièce en main, peut estimer ce qu'il reste à sauver.
Les trois gestes à faire dès ce week-end
Le premier consiste à sortir les pièces de la cave, aujourd'hui plutôt que cet hiver. Une pièce d'habitation tempérée, loin de la buanderie et de la salle de bains, offre un air plus sec, et c'est tout ce que l'ICC demande aux métaux : un taux d'humidité aussi bas que possible.
Le deuxième tient au rangement. La Monnaie de Paris conseille de loger les pièces dans des capsules en plastique, à la fois esthétiques et anti-rayures. À défaut, des pochettes neutres feront l'affaire. Chaque pièce y gagne sa place individuelle, ce qui évite qu'elles se frottent les unes aux autres dans la boîte à biscuits.
Le troisième est un sachet dessiccant glissé dans une boîte fermée, pour absorber l'humidité résiduelle. L'ICC rappelle que le gel de silice se contrôle et se reconditionne à intervalles réguliers. Un sachet oublié au fond d'un tiroir finit par ne plus rien absorber.
Aucun produit, aucun outil, aucune intervention sur la pièce.
Chez le numismate, pièce en main
Le rendez-vous avec un numismate, en boutique spécialisée, vient ensuite. Il pourra dire si le vert reste en surface et si la pièce mérite un traitement, et arriver avec des pièces non nettoyées lui laisse toutes les options.
Une photo des pièces dans leur boîte d'origine, avant le tri, garde la trace de l'état de départ. Notez aussi l'endroit précis de la cave où elle se trouvait, car le taux d'humidité peut y varier d'un point à l'autre. Les pièces déjà vertes iront dans une boîte à part, pour ne pas côtoyer les saines.
Une nuance pour finir : les seuils de 42 % et de 68 % valent pour le cuivre contaminé par des sels, alors que la fourchette modérée de 40 à 55 % et la limite de 65 % concernent les objets métalliques en général. Il est impossible de savoir à l'œil nu dans quelle catégorie tombent vos pièces. Un hygromètre dans le tiroir où elles dorment vous renseignera mieux que l'intuition.
Sources : le-bouillon-larochelle.fr | monnaies-rares.com
