Le risque, en revoyant Lost, est de passer à côté d’une phrase qui balaie l’interprétation la plus répandue de son dénouement. Diffusé au printemps 2010 sur TF1 en France, l’ultime épisode, intitulé The End, a longtemps laissé croire que les passagers du vol Oceanic 815 étaient morts dès l’accident. C’est faux. Un détail de la conversation entre Jack et son père permet de remettre toutes les pièces en place.
Attention, la suite raconte intégralement la fin de la série, spoilers compris. Pour comprendre ce final de deux heures et demie, il faut bien distinguer l’action menée sur l’île du mystérieux monde alternatif présenté pendant la sixième saison.
- L’île, le crash et les événements vécus par les personnages étaient bien réels.
- Le monde alternatif de la saison 6 est un lieu d’attente après la mort, hors du temps.
- Jack meurt après avoir sauvé l’île, puis Hugo devient son nouveau protecteur.
La phrase de Christian Shephard qui confirme que l’île et toute l’histoire de Lost étaient réelles
Dans l’église où les personnages finissent par se retrouver, Jack Shephard comprend qu’il est mort. Il demande alors à son père si tout ce qu’il a vécu était réel. Christian Shephard lui répond sans ambiguïté que tout ce qui lui est arrivé a véritablement eu lieu. L’île existe donc bien, tout comme le crash, les affrontements, les voyages dans le temps et les morts survenues au fil des saisons. Damon Lindelof et Carlton Cuse ont d’ailleurs confirmé que l’île n’était pas un purgatoire. Sur celle-ci, Jack succède réellement à Jacob comme protecteur.
Desmond Hume descend au cœur de la source et retire le bouchon de pierre qui en régule l’énergie, rendant l’Homme en Noir vulnérable. Jack peut alors vaincre cet adversaire ayant pris l’apparence de John Locke, remettre le mécanisme en place et sauver l’île. Mortellement blessé, il transmet ensuite sa mission à Hugo, qui choisit Ben comme conseiller. La dernière image de Jack fermant les yeux dans la bambouseraie répond ainsi au pilote de la série : ce n’est pas la révélation d’une illusion, mais l’achèvement très concret de son parcours.
Le monde alternatif, un lieu d’attente après la mort qui éclaire enfin la fin de la série
La confusion vient des fameux flash-sideways de la dernière saison. Ces séquences montrent un monde où l’avion ne s’est pas écrasé et où les héros semblent mener une autre existence. La mise en scène reprend les codes des réalités parallèles, un procédé alors très séduisant pour une série nourrie de science-fiction.
Pourtant, cette intrigue n’est ni une nouvelle chronologie ni la conséquence d’une modification du passé. Il s’agit d’un espace de transition créé après la mort, dans lequel les personnages peuvent se retrouver lorsqu’ils sont prêts à se souvenir et à avancer ensemble. Ils n’y arrivent pas au même moment : certains meurent sur l’île, d’autres bien plus tard, après avoir poursuivi leur vie. C’est précisément ce que Christian explique à Jack, en soulignant que cet endroit échappe au temps ordinaire. L’église ne signifie donc pas que tout le groupe était mort depuis le premier épisode. Elle rassemble, au terme de leurs existences respectives, les personnes pour lesquelles l’aventure insulaire a constitué le lien le plus important. Ce choix déplace le cœur de Lost : derrière les énigmes électromagnétiques, les symboles bibliques et les références égyptiennes, la série racontait surtout des êtres cabossés qui apprenaient à se sauver les uns les autres.
La fin ne résout pas chaque mystère scientifique ou mythologique, mais elle répond clairement à l’essentiel. L’île était réelle ; seul le monde alternatif était un lieu d’attente après la mort. Vue sous cet angle, la conclusion paraît moins abstraite et beaucoup plus émouvante : Jack ne découvre pas que sa vie était fausse, il comprend enfin qu’elle a eu un sens.


