« Comptez les feuilles avant de couper » : ce que mon pépiniériste m’a dit devant mes rosiers qui ne refleurissaient plus

Vos rosiers ont fleuri trois semaines puis plus rien ? La réponse tient en un geste : compter les feuilles avant de couper. En taillant au bon endroit, vous relancez la floraison et obtenez jusqu’à trois vagues de fleurs au lieu d’une seule.

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Par L'équipe JDS

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Juin s'achève. Les rosiers ont explosé de couleurs pendant trois semaines, puis plus rien, des tiges fatiguées, quelques pétales bruns accrochés, et cette question qui revient chaque été : pourquoi ne refleurissent-ils plus ? La réponse tient en un geste. Un seul. Celui que la plupart des jardiniers ne font pas, ou font mal.

À retenir

  • L'erreur classique que font presque tous les jardiniers : où exactement couper la tige fanée
  • Comment forcer la plante à refleurir en trois semaines seulement au lieu de trois mois
  • Pourquoi certains rosiers ne refleurissent jamais, peu importe comment on les taille

La coupe trop haute : l'erreur que tout le monde commet

La taille pratiquée par le jardinier amateur consiste le plus souvent à couper juste sous le réceptacle, cette partie bombée située sous les pétales qui fait jonction avec la tige. C'est le geste intuitif, rapide, presque logique, on retire la fleur morte, on s'arrête là. Ainsi taillée, la tige n'a que très peu de chances de se ramifier et de produire de nouvelles pousses.

Le raisonnement du pépiniériste est d'une clarté désarmante. Directement sous la fleur fanée se trouve une feuille portant trois folioles ; plus bas encore, on en trouve une à cinq folioles, et dans l'aisselle de cette feuille se niche un œil dormant, tout près de la tige. C'est là que tout se joue. Couper la tige florale juste au-dessus de cette première feuille complète à cinq ou sept folioles stimule la croissance de nouvelles tiges florifères à partir de ces yeux situés à l'aisselle.

Compter les feuilles, donc. Deux ou trois sous la fleur fanée, pas moins. Ce n'est pas de la botanique de compétition, c'est du bon sens végétal : on laisse à la plante suffisamment de matière foliaire pour continuer à photosynthétiser et relancer la machine. Cette action a le mérite de provoquer de nouveaux départs de pousses en partie basse, puisque la sève se concentre sur un nombre moins important de bourgeons, ce qui les incite à repartir de façon vigoureuse.

Ce que le rosier fait de cette énergie récupérée

Les rosiers fleurissent pour se reproduire. Une fois une fleur pollinisée, l'énergie de la plante bascule vers la formation de fruits, les cynorhodons. En revanche, si l'on retire les fleurs fanées à temps, on envoie un signal différent. La plante, privée de son objectif reproductif, repart en production florale. C'est un détournement bienveillant de sa biologie.

La taille au-dessus de la deuxième ou troisième feuille sous la fleur stimule de nouvelles fleurs en trois à quatre semaines. Trois à quatre semaines, pas trois mois. Ce délai change tout. Un jardinier qui taille correctement fin juin peut espérer une deuxième vague en juillet, puis une troisième en septembre. Certains rosiers remontants peuvent ainsi offrir jusqu'à trois généreuses vagues de fleurs, dont la dernière se poursuit sporadiquement jusqu'aux premières gelées.

La fréquence compte autant que la technique. Si l'on coupe les fleurs fanées au fur et à mesure, la remontée est régulière et quasi continue. En revanche, si on les coupe toutes en même temps, quand tout le rosier est fané, il faut patienter six à huit semaines avant d'admirer la seconde vague, mais elle sera alors presque aussi abondante que la première. Deux stratégies valables, selon que l'on préfère un flux continu ou un grand spectacle ponctuel.

La coupe en biseau, le sécateur propre et quelques détails qui ne sont pas des détails

La coupe se pratique en biseau au-dessus de l'œil, de façon à ce que la pointe supérieure de la coupe soit située à un demi-centimètre au-dessus du bourgeon, ce qui évite que l'eau de pluie ne ruisselle directement sur lui. Ce demi-centimètre est rarement mentionné dans les guides grand public. Il protège pourtant le bourgeon naissant d'un pourrissement prématuré.

Privilégiez un bourgeon tourné vers l'extérieur du rosier afin que les branches s'évasent et que l'air circule bien, ce qui évite le développement des maladies. Un rosier qui s'ouvre en coupe, aéré au centre, résiste bien mieux à l'oïdium et à la tache noire que celui qui s'encombre de tiges se croisant dans tous les sens.

La propreté des outils n'est pas un caprice. Certains jardiniers conseillent de désinfecter les lames du sécateur entre chaque rosier avec un peu d'eau javellisée, de l'alcool, ou chauffées sous la flamme d'un briquet pour empêcher tout risque de propagation de maladies. Un sécateur émoussé, lui, écrase la tige au lieu de la trancher, et cette plaie écrasée devient une porte d'entrée pour les champignons. La taille doit se faire par temps sec pour favoriser la cicatrisation.

Nourrir après avoir taillé : l'autre moitié du secret

La coupe relance la mécanique, mais le carburant doit suivre. Après la première floraison, en juillet, un nouvel apport d'engrais stimule la remontée automnale. Un engrais riche en potassium et en phosphore favorise la floraison : le phosphore et le potassium stimulent la formation des boutons et améliorent la qualité des fleurs. L'azote, lui, produit de belles feuilles larges et luisantes, et presque aucune fleur. Ce nutriment, utilisé en excès ou au mauvais moment, favorise le développement du feuillage au détriment de la floraison. Beaucoup de jardiniers qui se plaignent de rosiers sans fleurs nourrissent en réalité des machines à feuilles.

Un mot sur les rosiers anciens, pour éviter une frustration bien compréhensible : les rosiers non remontants, souvent anciens ou botaniques, donnent une grande floraison sur quatre à six semaines au printemps, puis se reposent. Leur supprimer les fleurs fanées est utile pour l'esthétique, mais ne produira pas de deuxième vague, leur génétique ne le permet tout simplement pas. La capacité de remontée n'est pas une qualité commune dans le genre Rosa, mais plutôt une anomalie due à une mutation, apparue au sein d'une espèce sauvage chinoise et progressivement intégrée dans la sélection moderne. Ce qui paraît naturel aujourd'hui est en réalité le fruit de deux siècles de croisements attentifs.

Un dernier réflexe à adopter en fin d'été : à partir de la mi-août environ, on peut choisir de ne plus couper les fleurs fanées sur les rosiers qui offrent une jolie fructification. Si leurs cynorhodons sont décoratifs, il serait dommage de se priver de ces couleurs d'automne et de cette manne de nourriture pour les oiseaux. La saison se termine, la plante peut enfin fabriquer ses fruits rouges orangés, et le jardin, lui, n'en est pas moins beau.

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