Chaque matin, la vitre de ma chambre ruisselle, alors que je n’ai jamais aussi bien calfeutré. Le coupable se cachait juste sous la porte.
Fini le boudin calé sous la porte de la chambre pour garder la chaleur : les chauffagistes y voient la cause de la buée sur les vitres au réveil

- Un boudin posé sous la porte de chambre coupe le circuit de ventilation de la VMC.
- Porte bouchée, la vapeur de la nuit reste dans la pièce et se condense sur la vitre.
- Un jeu de 1 cm sous la porte de chambre suffit à laisser circuler l'air.
Le jour sous la porte n'a rien d'un oubli
Le boudin de tissu glissé au pied de la porte de chambre ferme exactement le passage dont la ventilation a besoin pour fonctionner. Dans un logement équipé d'une VMC, l'air neuf entre par les pièces sèches (séjour, chambres), traverse le logement, puis ressort par les pièces humides : cuisine, salle de bains, WC. Entre les deux, il emprunte le jour laissé sous les portes intérieures.
Le boudin posé, le circuit est coupé net.
Chaque début d'hiver, les chauffagistes et les installateurs de ventilation entendent la même plainte : des vitres de chambre ruisselantes dès le premier matin frais. Le geste part pourtant d'un bon sentiment, garder les calories là où l'on dort. Il rappelle l'époque où l'on calfeutrait les huisseries avec des chiffons, quand les fenêtres fuyaient de partout. Dans un logement mieux isolé, ce vieux réflexe se retourne contre son auteur.
Ce que prévoit la norme pour le bas de porte
La norme NF DTU 68.3, qui encadre la mise en œuvre de la ventilation dans les logements, prévoit des passages de transit entre les pièces. Le plus répandu consiste à détalonner les portes : on laisse un jeu entre le bas du battant et le sol fini, mesuré une fois les revêtements posés.
Avec une VMC, ce jeu est de 1 cm pour les portes de chambre, de salle de bains et de WC, et de 2 cm pour la cuisine, le séjour ou les dégagements. En ventilation naturelle, on passe à 2 cm pour les chambres et à 3 cm pour le reste. Sur une porte de 80 cm de large, un centimètre de jeu ouvre une section de passage d'environ 80 cm².
L'objectif chiffré tient en cinq pascals : de part et d'autre d'une porte fermée, la différence de pression doit rester inférieure à 5 Pa. Quand le passage se rétrécit, l'air freine, la VMC force et finit par siffler. Un boudin bien tassé contre le seuil ramène la section de passage à presque rien. Les bouches d'extraction aspirent alors dans le vide, et les pièces humides évacuent moins bien leur vapeur.
Pourquoi la buée attend le réveil
Pendant la nuit, un adulte rejette de la vapeur d'eau à chaque expiration, et la transpiration s'y ajoute. À deux dans la chambre, c'est plusieurs dizaines de grammes d'eau à l'heure qui passent dans l'air. Porte libre, cette humidité s'écoule vers les bouches d'extraction de la cuisine et de la salle de bains.
Porte bouchée, elle reste prisonnière de la pièce. Elle migre vers la surface la plus froide, c'est-à-dire la vitre, où elle se condense en fines gouttes.
Le verre froid paie la note de toute la nuit.
Garder la chaleur sans enfermer l'humidité
Le bon réflexe consiste à retirer le boudin de la porte de chambre et à le réserver aux endroits où il rend vraiment service : porte d'entrée, porte-fenêtre, porte donnant sur le garage. Pour les portes qui ouvrent sur des locaux non chauffés et non occupés (garage, cave, sous-sol), la règle s'inverse : elles ne doivent pas être détalonnées, mais isolées et étanches à l'air. Le boudin y trouve une seconde carrière.
Pour la chambre elle-même, mieux vaut jouer sur le thermostat et la literie que sur le bas de porte. Une pièce autour de 17 ou 18 °C, avec une couette adaptée à la saison, ne demande aucun calfeutrage.
Reste le filet d'air que l'on sent aux chevilles. Il est modeste, puisque l'air qui passe sous la porte vient d'un couloir déjà tempéré. Si la gêne persiste, un joint posé sur les montants latéraux de l'huisserie règle une partie du problème. Le jeu au sol, lui, doit rester intact.
Mesurer avant de scier
Une règle graduée suffit pour le contrôle. Porte fermée, on relève l'espace entre le bas du battant et le sol fini, sans compter le tapis ni la moquette. Pour une chambre sous VMC, le résultat doit atteindre au moins 1 cm.
Un parquet flottant posé récemment grignote souvent ces millimètres.
Quand le recoupage de la porte n'est pas envisageable, une grille de transfert installée en bas du battant assure un transit équivalent. Après un changement de revêtement de sol, il faut dans tous les cas vérifier que le jeu d'origine a été conservé.
Les cas où le jour sous la porte protège aussi
Dans une pièce qui abrite un appareil à gaz non étanche, le détalonnage minimum monte à 2 cm, selon le DTU 61-1. Cette règle vise l'amenée d'air nécessaire à la combustion et la prévention des intoxications. Là, le jour sous la porte relève de la sécurité autant que du confort.
Les entrées d'air des fenêtres, ces petites fentes au sommet des châssis, ne se bouchent pas davantage. Les obstruer produit le même effet que le boudin, mais du côté de l'extérieur.
Le boudin n'est pas toujours seul en cause. Du linge qui sèche dans la chambre, une cuisine sans extraction allumée ou un vieux simple vitrage ajoutent leur part de condensation. Pour départager, il suffit de retirer le boudin pendant trois nuits et de comparer l'état des vitres au réveil.
Essuyer les vitres le matin et ouvrir la fenêtre en grand pendant cinq à dix minutes évacue l'humidité résiduelle. Cela évite aussi que l'eau ne s'installe dans les joints, où les moisissures aiment s'accrocher.
Sources : elleadore.com | atlantic.fr
