Un rendez-vous gratuit et méconnu permet aux seniors de faire le tri dans leurs traitements : le bilan partagé de médication. Intégralement pris en charge dans le cadre conventionnel liant les pharmaciens à l’Assurance Maladie, sans aucun reste à charge pour le patient, ce service se déroule chez votre pharmacien habituel et implique une collaboration avec votre médecin traitant pour sécuriser vos prescriptions.
Fini les ordonnances qui s’empilent sans jamais être relues : voici le rendez-vous gratuit que peu de seniors pensent à demander à leur pharmacien

Un rendez-vous gratuit, intégralement pris en charge dans le cadre conventionnel liant les pharmaciens à l'Assurance Maladie, sans aucun reste à charge pour le patient, existe pour faire le tri dans vos traitements. Il s'appelle le bilan partagé de médication et il se déroule directement chez votre pharmacien habituel. Pourtant, très peu de patients éligibles pensent à le demander.
Ce bilan est ouvert aux patients cumulant trois conditions : être âgé d'au moins 75 ans ou être âgé de 65 ans ou plus avec au moins une affection de longue durée (ALD), avoir au moins 5 principes actifs prescrits au moment de l'inclusion, être sous traitement chronique. La chronicité s'apprécie sur une durée d'au moins six mois consécutifs.
À retenir
- Pourquoi plus de 3 millions de seniors prennent plus de 5 médicaments sans jamais en revoir l'utilité ?
- Quel est ce rendez-vous gratuit que 9 millions de seniors pourraient demander mais oublient systématiquement ?
- Comment les interactions médicamenteuses peuvent-elles contribuer à des hospitalisations chaque année ?
Pourquoi ce rendez-vous existe et à qui il s'adresse vraiment
Les chiffres justifient largement ce dispositif. Plus de 9 millions de personnes âgées de plus de 65 ans sont touchées par la polypathologie et notamment les maladies chroniques, et 3,9 millions d'entre eux prennent plus de 5 traitements différents.
Passé un certain âge, la pile d'ordonnances grossit sans que personne ne prenne le temps de tout reconsidérer. Pour les personnes âgées de 70 à 80 ans, la prise moyenne est de huit médicaments différents, selon des données hospitalières parisiennes. Résultat : des interactions qui passent inaperçues, des doublons thérapeutiques, parfois des molécules devenues inutiles depuis longtemps.
Le risque n'est pas théorique. Selon une communication de l'Assurance Maladie datant de 2019 et fondée sur des données de 2011, les accidents médicamenteux liés à la iatrogénie seraient responsables de plus de 130 000 hospitalisations et de plus de 7 500 décès par an chez les personnes de 65 ans et plus, et l'ajout d'un nouveau médicament sur une ordonnance augmente le risque d'effets indésirables. Voilà pourquoi ce bilan mérite d'être connu, et surtout demandé.
Ce qui se passe concrètement lors du bilan
Le pharmacien ne se contente pas de relire vite fait vos boîtes de médicaments. Le BPM s'appuie sur un entretien structuré avec le patient ayant pour objectif de réduire le risque iatrogène, d'améliorer l'adhésion au traitement et de limiter le gaspillage de médicaments. Un espace de confidentialité est prévu à l'officine, loin du comptoir et des oreilles indiscrètes.
La particularité de ce bilan, c'est qu'il ne reste pas entre les mains du seul pharmacien. Le BPM se distingue des entretiens pharmaceutiques classiques par sa dimension interprofessionnelle : il implique un échange entre le pharmacien et le médecin traitant, d'où le terme "partagé". Concrètement, votre médecin est informé des observations et peut ajuster une ordonnance en connaissance de cause.
L'entretien se déroule en plusieurs séquences réparties dans l'année, pas en une seule visite éclair. Un premier temps de recueil d'informations, une phase d'analyse pharmaceutique, puis une restitution au patient et un suivi. Cette temporalité permet d'observer si les ajustements proposés fonctionnent réellement dans la durée.
Une nouveauté à connaître pour 2026
Le dispositif vient de s'enrichir d'une passerelle supplémentaire. Depuis le 1er janvier 2026, ce bilan de médication peut désormais être prescrit par le médecin traitant, pour des patients de plus de 80 ans ayant au moins 10 lignes de traitements médicamenteux.
Cette évolution découle d'une nouvelle consultation médicale. La convention nationale des médecins de 2024 a instauré une consultation annuelle de déprescription pour ces patients hyperpolymédiqués présentant une situation clinique très complexe, qui devra notamment s'appuyer sur le bilan de médication présent dans le DMP du patient. Si vous n'avez jamais bénéficié de ce bilan, votre médecin peut désormais vous le prescrire directement.
Dans ce cas de figure, la démarche s'inverse un peu. Le patient se présentera donc à la pharmacie avec une prescription de BPM. Mais rien n'empêche non plus de faire la démarche spontanément, sans attendre que votre médecin y pense.
Comment demander concrètement ce bilan à votre pharmacien
La première étape est simple : il suffit d'en parler à l'officine où vous avez vos habitudes. Le pharmacien doit vous présenter le dispositif et recueillir votre accord, car le patient est libre d'accepter ou non cet accompagnement.
Un formulaire d'adhésion officiel est ensuite rempli conjointement. Pensez à rassembler l'ensemble de vos ordonnances en cours, y compris celles de spécialistes différents, pour que le pharmacien ait une vision complète de vos traitements.
Ce rendez-vous ne coûte rien au patient : il est intégralement pris en charge dans le cadre conventionnel qui lie les pharmaciens d'officine à l'Assurance Maladie. Aucune avance de frais, aucune franchise, aucun reste à charge à prévoir pour l'assuré.
Un dispositif encore trop peu réclamé
Malgré ses avantages évidents, ce bilan reste sous-utilisé par rapport au nombre de patients qui y seraient éligibles. Beaucoup de seniors polymédiqués ignorent tout simplement son existence, faute de communication suffisante en officine ou en cabinet médical.
Un détail mérite d'être signalé : ce bilan ne se substitue jamais à une consultation médicale classique. Il permet une revue indépendante mais ne remplace pas le médecin pour les modifications de prescription. Le pharmacien repère, transmet, alerte, mais c'est toujours le médecin qui décide d'un changement d'ordonnance. La prochaine fois que vous récupérez vos médicaments à la pharmacie, la question mérite d'être posée directement au comptoir.
Sources : legifrance.gouv.fr | information-dentaire.fr | ncbi.nlm.nih.gov