Le SMS disait seulement que mon colis ne rentrait pas dans la boîte aux lettres, et deux euros semblaient un prix dérisoire pour récupérer un paquet. C’est au guichet de la poste que j’ai compris ce que je venais de donner.
J’ai payé 1,99 € par SMS pour reprogrammer un colis trop gros pour ma boîte aux lettres : au bureau de poste, on m’a expliqué ce que je venais de donner

- Le montant de 1,99 € ou 2,99 € sert d'appât, le vrai but est de récupérer votre carte bancaire.
- Aucun transporteur ne demande de paiement par SMS ou par mail pour recevoir un colis.
- Les escrocs ont déjà vos coordonnées, une photo de colis portant votre nom ne prouve rien.
- Les données saisies servent souvent, peu après, à un faux conseiller bancaire qui fait valider des paiements.
Ce que 1,99 € achète réellement
Ces 1,99 € ne paient aucune reprogrammation : ils servent à vous faire saisir votre numéro de carte sur un faux site. Le montant varie d'un message à l'autre, souvent 1,99 € ou 2,99 €, mais le mécanisme reste le même. Les escrocs ne cherchent pas deux euros, ils cherchent vos données bancaires.
Aucun transporteur ne demande de payer par SMS ou par mail pour recevoir un colis.
Le message type annonce que votre colis ne rentrait pas dans la boîte aux lettres et vous invite à choisir un autre créneau ou un point relais via un lien. L'argument est bien trouvé, car un paquet trop gros pour la boîte, cela arrive à tout le monde, surtout quand le Black Friday approche. Le lien mène vers une fausse page aux couleurs d'un transporteur, et La Poste, Colissimo, Chronopost, DPD, UPS ou Mondial Relay comptent parmi les noms usurpés. Ces entreprises subissent l'imitation, elles n'écrivent pas ces messages.
Un message qui tombe au bon moment
Au retour d'un week-end prolongé, début novembre, la boîte aux lettres déborde et plusieurs colis sont attendus. Plus on en attend, plus on a de chances de recevoir le SMS pile au moment où il paraît crédible.
Les formulations varient pour mieux vous attraper. Certains textes se contentent d'un « Bonjour, vous êtes à la maison ? », d'autres parlent d'un colis bloqué, de frais de douane ou de frais de nouvelle livraison.
La version la plus récente a été ajoutée à la fiche de référence de Cybermalveillance.gouv.fr, mise à jour fin août. Le SMS peut désormais s'accompagner d'une photo truquée du colis, portant votre prénom et votre nom, parfois votre adresse. D'autres messages joignent un fichier audio présenté comme un message vocal du livreur. Cette photo ne prouve rien : ces coordonnées, les escrocs les détiennent déjà.
Trois indices avant de cliquer
Regardez d'abord l'expéditeur. Les faux messages arrivent le plus souvent d'un numéro en 06 ou 07, comme celui d'un particulier, et non sous un nom de transporteur. Un vrai livreur peut certes appeler depuis son portable, donc ce détail seul ne tranche pas, mais il doit vous mettre en alerte.
Examinez ensuite l'adresse du lien. Elle imite celle du transporteur avec un « .com » à la place d'un « .fr », un tiret ou un mot en trop.
Le ton est pressé, avec un colis bientôt renvoyé.
Après le clic, la fausse page demande toujours la carte bancaire pour de petits frais. Elle réclame souvent d'abord votre identité et votre adresse, histoire de ressembler à un vrai formulaire de reprogrammation. Une fois la carte saisie, le piège a déjà fonctionné, même si la page affiche ensuite un message de confirmation.
Après les 1,99 €, le coup de téléphone
Les données volées servent souvent, dans les heures ou les jours qui suivent, à un faux conseiller bancaire. Il appelle, se montre rassurant, puis fait valider des paiements. Le petit montant du départ n'était que l'appât, et la vraie perte se joue pendant cet appel.
Ce faux conseiller connaît votre nom et parfois votre adresse. Il peut même citer des éléments que vous avez saisis vous-même sur le faux site. De quoi paraître légitime, surtout si vous êtes encore agacé d'avoir raté votre livreur.
Autre piège, côté Android : certains liens poussent une fausse mise à jour du navigateur. Elle installe un virus sur le téléphone. Si une page vous propose de télécharger quoi que ce soit, fermez-la sans rien installer.
Les gestes à faire, dans l'ordre
Ne cliquez pas. Vérifiez le suivi vous-même, sur le site ou dans l'appli du vendeur ou du transporteur, en tapant l'adresse à la main ou en ouvrant l'application déjà installée.
Transférez ensuite le SMS au 33700, un service gratuit de signalement des messages frauduleux. Si le message contient une photo, signalez-le en ligne sur 33700.fr avec une capture d'écran. Supprimez enfin le SMS, une fois signalé, pour ne pas le rouvrir par réflexe.
Votre suivi de commande se consulte sans jamais sortir la carte.
Si la carte a déjà été saisie
Appelez votre banque pour faire opposition tout de suite, sans attendre de voir apparaître un prélèvement. Chaque heure compte, puisque le faux conseiller peut appeler vite. Le numéro d'opposition figure au dos de nombreuses cartes et sur l'espace en ligne de la banque.
Ne validez aucune opération qu'on vous demande par téléphone.
Si de l'argent a été prélevé, portez plainte. Gardez le SMS, la capture d'écran et l'historique de vos opérations : ces éléments appuieront votre démarche. Si vous avez ouvert la page sans rien saisir, fermez-la, supprimez le message et n'installez rien de ce qu'elle vous proposerait.
La fiche de référence a été actualisée fin août pour décrire la photo truquée et le faux message vocal, ce qui laisse penser que le procédé continuera d'évoluer. Retenez donc une règle qui ne dépend d'aucune variante : une demande de paiement par SMS pour recevoir un colis se signale au 33700, elle ne se règle pas.
Sources : kohenavocats.fr | kohenavocats.com
