Chaque soir, je déposais une soucoupe de lait sur le seuil, convaincu de gâter un petit visiteur. Le lendemain, elle était toujours vide. Jusqu’au jour où le vétérinaire m’a dit ce que j’avais vraiment servi.
J’ai posé une soucoupe de lait chaque soir pour le hérisson du jardin : chez le vétérinaire, on m’a expliqué ce que je lui faisais vraiment boire

- Le lait provoque des diarrhées mortelles chez le hérisson, qui le digère mal.
- Le pain et les croquettes ne sont pas non plus recommandés.
- Le hérisson trouve seul insectes, limaces et vers de terre dans le jardin.
- L'hibernation commence en général en novembre, sous 11 °C.
Une soucoupe de lait chaque soir sur le seuil
Le lait n'a rien d'une friandise anodine pour un hérisson : c'est un aliment qu'il digère mal et qui peut lui provoquer des diarrhées mortelles. Le vétérinaire me l'a expliqué sans détour, alors que je posais ma soucoupe depuis plusieurs semaines, convaincu de gâter un petit visiteur du jardin.
Le rituel était réglé comme une horloge. À la nuit tombée, soit vers 17 h 40 cette semaine, je déposais sur le seuil une soucoupe de lait, parfois flanquée d'un morceau de pain. Le lendemain matin, elle était vide, et je tenais cela pour un compliment adressé à mon hospitalité.
Le hérisson en raffole, et c'est justement le piège.
Au cabinet, j'ai posé la question en toute naïveté : un peu de lait, est-ce vraiment grave ? La réponse a été nette, sans la moindre place pour la nuance. J'ai repensé à toutes ces soirées, à la soucoupe rincée à la hâte avant d'être remplie de nouveau.
Du lait et du pain, deux aliments à bannir
Je ne suis pas le seul à avoir cédé à ce geste : beaucoup de gens proposent du pain ou du lait aux hérissons, avec les meilleures intentions du monde. Les animaux s'y précipitent, c'est un fait. Mais ces aliments leur conviennent si mal qu'ils peuvent déclencher des diarrhées mortelles. Les associations de protection de la nature jugent donc la pratique à bannir de tous les jardins.
Une soucoupe vide prouve seulement que l'animal a eu envie de ce qu'on lui offrait. Elle ne dit rien de ce que son organisme en a fait, ni de ce qui l'attendait quelques heures plus tard.
Les croquettes, que l'on juge volontiers plus raisonnables, ne sont pas davantage recommandées. Le nourrissage par les particuliers n'est tout simplement pas préconisé, d'abord parce que les données scientifiques précises manquent, ensuite parce que l'espèce est protégée. Aucun menu de remplacement n'est donc à chercher du côté de la cuisine.
Un animal sauvage qui se débrouille très bien seul
Son garde-manger naturel ressemble à celui d'un jardinier comblé : insectes, larves, vers de terre, limaces et escargots, avec quelques baies et fruits en complément. Le hérisson trouve tout cela par ses propres moyens, à la faveur de ses tournées nocturnes, sans que personne ait à le servir.
Un animal sauvage n'attend pas qu'on dresse sa table.
Le nourrir régulièrement l'habitue aux humains, jusqu'à l'imprégnation, voire la domestication. Il perd alors le comportement normal de son espèce, celui d'un animal qui cherche seul ses proies. Un hérisson qui compte sur le seuil d'une maison risque de moins explorer le reste du jardin. Il reste pourtant un auxiliaire précieux, qui vient à bout des limaces et des escargots sans qu'on le lui demande.
Cultiver un potager fait d'ailleurs partie des aménagements qui l'accueillent, puisqu'il y élimine les invertébrés indésirables. Il y trouve de quoi manger et, selon la configuration des lieux, un gîte. Rien de tout cela ne passe par une gamelle.
Ce qui l'aide vraiment, sans rien lui servir
Le premier réflexe tient en une consigne : aucun pesticide et aucun granulé anti-limaces au jardin. Ces produits tuent les proies du hérisson, et ils peuvent aussi l'empoisonner lorsqu'il avale des limaces ou des insectes intoxiqués.
Un jardin sans pesticides ni granulés anti-limaces conserve ses insectes, ses limaces et ses vers de terre, donc le menu complet de son hôte. On peut aussi garder un coin sauvage, avec des feuilles mortes et un tas de branches, où il installera son nid d'hiver. Cela demande moins de travail qu'une pelouse tondue ras, ce qui n'est pas pour me déplaire.
Une coupelle d'eau peu profonde suffit, surtout l'été.
Novembre, la mise en sommeil
L'hibernation commence en général à partir de novembre, lorsque la température descend sous 11 °C. Elle dure jusqu'à mi-février environ. La date exacte dépend de la région et du froid, et le calendrier varie donc d'un jardin à l'autre. À l'automne, le hérisson mange beaucoup pour constituer ses réserves.
Cet appétit d'automne m'avait trompé : je prenais pour de la gourmandise envers mon lait ce qui relevait sans doute d'un besoin de réserves. Ces réserves se font avec des insectes, des limaces et des vers, que le jardin fournit tout seul quand on ne l'a pas empoisonné.
Feuilles mortes et tas de branches prennent tout leur sens à cette période, puisque le hérisson s'y aménage son nid pour l'hiver. Ramasser chaque feuille du jardin reviendrait à lui retirer de quoi le bâtir. Un coin laissé tranquille jusqu'à mi-février environ remplit parfaitement ce rôle.
Une espèce protégée : ce que la règle interdit
Le hérisson est protégé en France par un arrêté du 23 avril 2007. Il est interdit de le capturer, de le détenir ou de le déranger.
Cette interdiction peut surprendre, tant le hérisson fait figure de voisin familier. Elle rappelle pourtant qu'il s'agit d'une espèce protégée, et non d'un pensionnaire du quartier. Cela vaut même quand il se montre chaque soir à la même heure, sur le même seuil.
Le recueillir chez soi par bonté d'âme relève donc de ce que la règle interdit. Face à un animal visiblement en difficulté, mieux vaut ne lui donner ni à manger ni à boire, car cela pourrait aggraver son état. Un centre de sauvegarde de la faune sauvage reste le bon interlocuteur. L'appeler vaut mieux que bricoler un abri dans un carton.
Ma soucoupe de lait a rejoint le placard, remplacée dehors par une coupelle d'eau peu profonde. Le tas de branches, lui, reste en place jusqu'à mi-février environ, quand le hérisson sort de son hibernation.
Sources : elleadore.com | lpo.fr
