Chaque année, des centaines de personnes en France sont intoxiquées au monoxyde de carbone en utilisant mal leur chauffage d’appoint. Une pièce en particulier présente un danger mortel qu’on ignore souvent, et des gestes simples peuvent vous sauver la vie.
J’ai ressorti mon chauffage d’appoint à la première nuit fraîche : la pièce où il ne faut jamais le laisser tourner

La première gelée arrive, et avec elle le même réflexe : sortir le petit chauffage d'appoint du placard. Radiateur soufflant, poêle à pétrole ou chauffage au gaz butane, l'appareil semble anodin. Il ne l'est pas partout, et surtout jamais dans une chambre à coucher.
Chaque année en France, environ 3 000 personnes sont accidentellement intoxiquées au monoxyde de carbone, et une centaine en décède. Chaque année en France, environ 3 000 personnes sont accidentellement intoxiquées au monoxyde de carbone, et une centaine en décède. Un chiffre qui grimpe dès les premiers frimas, quand les logements se ferment.
À retenir
- Un appareil à combustion dans une chambre fermée : un piège silencieux et potentiellement mortel
- Le monoxyde de carbone : un gaz indétectable que vos sens ne percevront jamais arriver
- Les vrais chiffres des intoxications hivernales vont bien au-delà de ce que vous imaginez
Un gaz qui consomme l'oxygène sans prévenir
Le monoxyde de carbone reste indétectable par nos propres sens. Le monoxyde de carbone (CO) est un gaz inodore et incolore, qui résulte d'une combustion incomplète, quel que soit le combustible utilisé : bois, butane, charbon, essence, fuel, gaz naturel, pétrole, propane.
Ce n'est pas un détail statistique. Le monoxyde de carbone est la première cause de mortalité par intoxication en France. Un appareil à combustion brûle littéralement l'oxygène de la pièce, et rejette ce gaz en échange.
Dans le sang, le mécanisme est implacable. Le CO se fixe sur l'hémoglobine du sang à la place de l'oxygène, empêchant ainsi les tissus, notamment le cerveau, le cœur et les muscles d'être correctement oxygénés. Une pièce fermée pendant le sommeil aggrave tout, car personne n'est là pour percevoir le malaise qui s'installe.
La chambre, la pièce interdite
Voilà la règle qui ne souffre aucune exception : un chauffage d'appoint à combustion ne dort jamais dans une chambre. Ni dans une salle de bains, où l'humidité et l'espace confiné aggravent encore les choses.
En Île-de-France, les chiffres 2024 confirment ce risque domestique bien réel. En 2024, 228 épisodes d'intoxication ont été enregistrés en Île-de-France, impliquant au total 611 personnes intoxiquées dans un cadre privé, dont 24% des cas concernent l'utilisation de braseros ou barbecues en intérieur ou sont liés à la mauvaise utilisation des chauffages d'appoint.
Le nom même de l'appareil devrait suffire à rappeler sa fonction. Un chauffage d'appoint compense un manque ponctuel, il ne remplace jamais un chauffage principal, et encore moins pendant huit heures de sommeil ininterrompu.
Les gestes qui font vraiment la différence
Aérer reste le geste le plus sous-estimé de l'hiver. Les autorités sont formelles sur ce point précis. Aérer le logement tous les jours pendant au moins 10 minutes, même quand il fait froid.
Obstruer une entrée d'air pour gagner quelques degrés est une fausse bonne idée qui coûte cher en sécurité. Ces ouvertures, souvent grillagées près des fenêtres, permettent justement à la combustion de se faire proprement.
Le fonctionnement en continu est l'autre erreur classique du mois de novembre. Un chauffage d'appoint ne doit pas fonctionner en continu. Deux ou trois heures, le temps de faire remonter la température d'une pièce, puis extinction : c'est tout l'esprit de l'appareil.
Pour les installations fixes, chaudières et poêles raccordés, l'entretien annuel par un professionnel n'est pas une option de confort. Il conditionne une combustion propre et un conduit d'évacuation qui fait réellement son travail.
Le détecteur, un allié à 20 euros
Un détecteur de monoxyde de carbone certifié coûte peu et se pose en quelques minutes, près des chambres. La norme à rechercher est précise et reconnaissable. Il est recommandé d'utiliser des détecteurs de CO qui respectent la norme NF EN 50 291, sans les confondre avec un détecteur de fumée, qui impose des gestes différents.
Certains chauffages de fortune restent à proscrire totalement en intérieur. Braseros, groupes électrogènes ou cuisinières utilisés pour chauffer une pièce provoquent chaque hiver des intoxications collectives évitables. Un barbecue, un brasero ou une cuisinière ne doivent jamais servir à chauffer un logement, et un groupe électrogène doit toujours être installé à l'extérieur.
Reconnaître les signes avant qu'il ne soit trop tard
Les symptômes ressemblent d'abord à une simple fatigue de saison, ce qui les rend d'autant plus trompeurs. En cas d'intoxication, maux de tête, fatigue, nausées, vertiges, apparaissent plus ou moins rapidement et peuvent toucher plusieurs personnes au sein d'un même foyer en présence d'appareils à combustion.
Un indice devrait toujours alerter : ces symptômes s'atténuent dès qu'on quitte le logement, puis reviennent en y retournant. Toute la famille, y compris les animaux, peut être touchée simultanément.
Face à ce doute, la conduite tient en trois gestes : aérer immédiatement en ouvrant portes et fenêtres, sortir du logement, et appeler les secours en composant le 15, le 18 ou le 112. Aucun geste ne doit être retardé, tant l'évolution peut se faire en quelques minutes seulement.
Certaines régions publient chaque hiver leur propre bilan, et les tendances récentes ne sont pas rassurantes. En Auvergne-Rhône-Alpes par exemple, en 2024, 178 épisodes d'intoxications au monoxyde de carbone ont été recensés par l'Agence régionale de santé, avec 692 personnes intoxiquées, dont plus de la moitié hospitalisée et trois décès. Un chiffre en forte hausse qui rappelle qu'aucun logement n'est à l'abri, même bien isolé.
Sources : centre-val-de-loire.ars.sante.fr | sante-sur-le-net.com | marne.gouv.fr
