Le distributeur a gardé ma carte un samedi, agence fermée : le lundi, au guichet, on m’a expliqué pourquoi le monsieur si serviable derrière moi n’était pas là par hasard

Samedi soir, ma carte est restée coincée dans le distributeur, et le monsieur derrière moi s’est montré si compatissant que j’ai failli lui faire confiance. Lundi, au guichet, j’ai compris ce qu’il attendait de moi.

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Par L'équipe JDS

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Un distributeur qui garde votre carte un samedi, agence fermée, n'a pas forcément avalé quoi que ce soit. Selon la Gendarmerie nationale, des fraudeurs peuvent glisser une bande plastifiée dans la fente pour bloquer la carte à l'intérieur. Le réflexe de retaper son code, sous le regard d'un inconnu serviable, est exactement ce qu'ils attendent.

À retenir
  • Une carte qui reste coincée peut être bloquée par une bande plastifiée glissée dans la fente.
  • Les fraudeurs apprennent le code en vous faisant le retaper sous leurs yeux.
  • Au-delà de trois erreurs de code, la rétention de carte devient suspecte.
  • Faites opposition immédiatement, sans attendre la réouverture de l'agence.

Une carte « avalée » qui ne l'est pas toujours

Le scénario a la banalité des petites misères de week-end : la carte entre, l'écran hésite, elle ne ressort pas. On se dit que la machine l'a gardée par précaution et que tout se réglera lundi, au guichet.

Ce raisonnement est naïf, préviennent les gendarmes : un distributeur qui refuse de rendre une carte après un dysfonctionnement n'a pas toujours fait ce que l'on croit. Des fraudeurs ont pu installer la fameuse bande dans la fente, qui retient la carte à l'intérieur. Ils viendront la récupérer après le départ de l'usager.

La fraude est généralement commise les jours de fermeture des banques.

L'homme serviable et le code refait plusieurs fois

C'est là qu'entre en scène le passant. Il se dit venu à votre aide, il compatit, puis il vous suggère de refaire votre code, une fois, deux fois, plusieurs fois. Pendant ce temps il le mémorise : la Gendarmerie nationale parle d'un complice « soi-disant » venu au secours de l'usager.

Les gendarmes de la Sarthe, après des vols signalés dans l'agglomération du Mans, décrivent une première manœuvre destinée à créer un lien de confiance. L'auteur explique ensuite que l'appareil dysfonctionne et fait en sorte que la victime retape son code. Quand l'usager s'éloigne, la carte est retirée de la fente. Munis de la carte et du code, les escrocs retirent alors de l'argent dans différents distributeurs.

Le code n'est pas arraché de force : c'est l'usager qui le compose, sous les yeux de celui qui prétend l'aider. Les seuls ingrédients décrits par les gendarmes tiennent en trois éléments : une bande plastifiée, un complice et un code refait plusieurs fois.

Un procédé ancien, des victimes souvent âgées

Le procédé n'a rien d'une nouveauté. Un officier de la section de recherches de Nantes l'a qualifié de technique « vieille comme le monde », à propos d'un clan familial originaire de Marseille démantelé un 24 juin, après une enquête ouverte en novembre 2018. Les gendarmes des Pays de la Loire avaient alors constaté un phénomène de vols de cartes bancaires.

Les enquêteurs imputent probablement à ce réseau plus de 150 vols, essentiellement au détriment de personnes âgées. Toutes les victimes s'étaient fait dérober leur carte en se présentant au distributeur alors que les établissements étaient fermés.

Le clan opérait dans toute la France et en Espagne depuis un an et demi.

Le seul contrôle à faire sur place : compter les erreurs

Le critère donné par la gendarmerie est simple et vérifiable en quelques secondes. Si le distributeur conserve votre carte sans que le code ait été composé à 3 reprises, il faut se méfier. Trois codes erronés peuvent expliquer la rétention de la carte, alors que moins de trois doit vous alerter.

Le décompte se fait de tête, devant l'écran. Un seul code composé, correct, suivi d'une carte qui ne ressort pas : c'est ce cas qui doit inquiéter.

Reste l'inconnu qui s'approche. Un refus poli suffit sans doute, sans entrer dans le détail de ce qui vient de se passer (vous n'avez de comptes à rendre à personne). La gendarmerie de la Sarthe recommande de ne jamais retaper son code si la carte est avalée. Le conseil vaut aussi pour la personne la plus aimable du monde, puisque le complice se présente précisément comme venu aider.

Le chiffre à garder en tête tient en un nombre : 3.

Opposition d'abord, agence ensuite

Quand le compte n'y est pas, la consigne est de faire opposition immédiatement, sans attendre lundi. Les escrocs reviennent chercher la carte après le départ de l'usager, puis retirent de l'argent dans différents distributeurs. Attendre l'ouverture de l'agence, c'est leur laisser le week-end entier.

La gendarmerie de la Sarthe conseille aussi, si possible, de prévenir un membre du personnel de l'agence ou de composer le numéro de téléphone affiché sur le distributeur. Ce numéro figure sur l'appareil lui-même, inutile de le chercher ailleurs.

Les week-ends de vacances ont leur logique : on est loin de son agence, pressé de passer à autre chose, et l'on se dit que lundi arrangera tout. C'est le raisonnement que ce piège exploite, puisque la fraude est généralement commise les jours de fermeture des banques. Le dimanche du passage à l'heure d'hiver, agences closes comme tout dimanche, entre dans la même catégorie.

Ce que le guichet de lundi ne peut plus rattraper

Attendre lundi, c'est le réflexe de tout le monde, et l'on comprend pourquoi : la banque est fermée, la machine a l'air en panne, et personne dans la file ne semble mentir. Pourtant, la carte coincée peut déjà être entre d'autres mains avant la réouverture de l'agence. Les gendarmes de la Sarthe ont signalé des vols commis un week-end dans l'agglomération du Mans. Le 11 mars, un vol du même type a été commis à Jussey, en Haute-Saône, suivi de deux faits similaires le lendemain dans les Vosges.

Le monsieur si serviable n'a donc jamais eu besoin de forcer quoi que ce soit. Il lui suffisait de vous voir refaire votre code, une fois, deux fois, plusieurs fois. Votre carte, elle, se trouvait déjà dans la fente, retenue par la bande plastifiée.

Dans l'enquête menée dans les Pays de la Loire, les auteurs effectuaient des retraits d'espèces dans des distributeurs, puis des paris sportifs auprès d'établissements de la Française des jeux afin de blanchir l'argent gagné frauduleusement. Sur les vidéos, tout allait trop vite pour que les enquêteurs identifient la technique, et ils pensaient à cette bande plastifiée.

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