Ce matin-là, le verger était silencieux et les branches encore chargées de feuilles. Je suis passé lentement le long des troncs, un pot de glu à la main, en me demandant si j’arriverais à temps.
Les anciens serraient toujours une bande de glu autour du tronc des pommiers fin octobre : ils sauvaient la récolte de l’année suivante avant les gelées

- La bande de glu se pose à environ 45 cm du sol, sur le tronc et sur le tuteur.
- Elle doit être en place avant les premières sorties d'adultes, en novembre.
- La femelle de la phalène brumeuse monte à pied le long du tronc pour pondre.
Pourquoi fin octobre, et pas plus tard
Fin octobre, il est temps de serrer une bande graissée autour du tronc des pommiers, à environ 45 cm au-dessus du sol. La Royal Horticultural Society (RHS), la référence britannique du jardinage, situe ce geste avant la sortie des papillons adultes, qui commence en novembre. Les anciens qui bouclaient leur bande à cette saison ne se trompaient donc pas de calendrier.
On associe volontiers ce rendez-vous aux premiers froids du verger. Le repère de la RHS est pourtant biologique plutôt que météorologique : la bande doit être en place avant les premières sorties d'adultes, et l'arrivée du gel n'entre pas dans le calcul.
Novembre est une date butoir, pas un coup d'envoi.
La phalène brumeuse (Operophtera brumata, le « winter moth » des Britanniques) sort à l'état adulte de novembre à la mi-janvier. Seule la femelle intéresse le jardinier : sans ailes, elle émerge d'une chrysalide enfouie dans le sol et monte à pied le long du tronc pour aller pondre sur les branches. Cette ascension obligatoire joue le rôle d'un pont-levis, que la bande vient relever. Pour l'ensemble des phalènes d'hiver, la RHS étend la période d'émergence et de ponte de novembre à avril.
Ce que les chenilles font aux fleurs et aux fruits
Les chenilles éclosent au printemps, quand les bourgeons s'ouvrent, et la RHS les dit actives jusqu'au début de juin. Elles percent des trous dans les feuilles, mais aussi dans les fleurs et dans les jeunes fruits en développement. Les premiers symptômes se repèrent d'ordinaire sur les feuilles tout juste sorties, déjà trouées.
Le pommier n'est pas seul concerné : la RHS cite aussi le prunier, le poirier et le cerisier. Un verger qui mêle ces essences relève du même geste d'automne.
Une attaque sévère peut affaiblir un jeune arbre. Des dégâts étendus sur un arbre fruitier peuvent peser sur le rendement comme sur la qualité des fruits, d'après la RHS. Aucun chiffre de perte de récolte n'accompagne ces avertissements, ce qui invite à se méfier des promesses de sauvetage spectaculaire.
La bande de l'automne protège la floraison du printemps suivant.
Poser la bande : tronc, tuteur, écorce
La RHS précise que la bande se pose sur les troncs et sur les tuteurs, à 45 cm du sol. Cette mention des tuteurs se lit trop vite, et la source n'en explique pas la raison. Un tuteur planté contre l'arbre offrirait pourtant, selon toute logique, un second chemin vers les branches. Un jeune pommier tuteuré aurait alors deux voies d'accès à surveiller, donc deux bandes à poser.
L'écorce joue aussi son rôle : la RHS observe que la glu a plus de chances de fonctionner sur les arbres dont l'écorce n'est pas lisse, car les femelles peuvent ramper sous une bande. Sur un tronc lisse, mieux vaut ne rien laisser au hasard.
Le contrôle prend peu de temps. Faites le tour du tronc en pressant la bande du plat de la main. Cherchez le moindre jour entre le support et l'écorce, là où une femelle pourrait se faufiler. Le tuteur reçoit le même examen.
Une glu qui ne retient que des insectes
Toutes les glus ne se valent pas, et la RHS fixe une limite nette. Le produit ne doit pas être assez fort pour emprisonner de plus gros animaux, qu'il s'agisse d'oiseaux, de chauves-souris ou de souris. Lire l'étiquette avant d'acheter, et écarter toute formule vantée comme redoutable, relève du simple bon sens.
Le piège, lui, ne fait aucun tri.
Tout invertébré qui tente la traversée peut rester collé, pas seulement la phalène. La RHS recommande donc un usage parcimonieux, réservé aux arbres où la phalène a déjà fait des dégâts. Un pommier épargné jusqu'ici n'a pas besoin d'un baguage de précaution : la consigne s'adresse aux arbres déjà touchés.
Jusqu'en avril, une bande à garder collante
Collante et propre, la bande doit tenir de fin octobre à avril.
Feuilles tombées, brindilles, insectes déjà piégés : tout ce qui s'accumule sur la glu peut former un pont, et la RHS demande de la garder libre de débris. Les femelles émergent de novembre à avril, ce qui explique cette longue surveillance. Plusieurs mois d'attention régulière valent mieux qu'un geste d'un après-midi, aussi soigné soit-il.
Un coup d'œil à chaque passage au verger, après un coup de vent notamment, suffit sans doute à repérer les feuilles prises dans la glu. Un bâtonnet ou une petite spatule les dégage ensuite sans abîmer la bande.
Un calendrier de poche aide à ne rien rater. Fin octobre, pose de la bande sur le tronc et sur le tuteur. De novembre à la mi-janvier, la phalène brumeuse adulte est en piste, et jusqu'en avril pour les espèces apparentées. Au printemps, à l'ouverture des bourgeons, vient le moment de regarder ce que les chenilles ont laissé.
Les mésanges, bénéficiaires oubliées du verger
La phalène n'est pas qu'un ravageur : beaucoup d'oiseaux, les mésanges surtout, comptent sur ses chenilles pour élever leurs petits, rappelle la RHS. Chaque bande posée par précaution prive un peu ces oiseaux de nourriture. Ce raisonnement plaide pour la sobriété : baguer les arbres déjà touchés, laisser les autres tranquilles.
La RHS présente d'ailleurs ces bandes comme un moyen de réduire le nombre de chenilles, pas de les supprimer. Le premier test se déroule au printemps suivant, quand on constate si les feuilles et les fleurs ressortent moins grignotées qu'avant.
Sources : advancepestx.com | butterfly-conservation.org
