Dès que les bûches flambent, je rabats l’arrivée d’air, comme on me l’a appris. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris ce qui se cachait dans le conduit.
Les ramoneurs le savent, mais peu le disent : un feu de cheminée commence souvent par un réflexe pris dès que les bûches s’embrasent

- Fermer l'arrivée d'air fait refroidir le feu et encrasse le conduit.
- Le goudron qui durcit en bistre devient hautement inflammable.
- Un thermomètre aimanté sur le tuyau indique si le réglage est bon.
- La zone optimale se situe entre 110 et 250 °C sur un tuyau simple paroi.
Le geste qui paraît raisonnable
Dès que les bûches flambent franchement, beaucoup de foyers rabattent l'arrivée d'air pour que le feu dure. Le geste semble de bon sens, il est même transmis de génération en génération. C'est pourtant lui que les ramoneurs retrouvent, en creux, dans les conduits qu'ils nettoient : une couche de goudron là où il ne devrait y avoir qu'une suie légère.
Le feu de cheminée se prépare des semaines avant l'étincelle.
Le raisonnement tient en peu de mots : moins d'air, flamme plus basse, bois qui dure. Mais un bois privé d'oxygène ne brûle plus franchement, il se décompose en fumées chargées d'imbrûlés. La chaleur du foyer tombe en même temps que l'air, et c'est ce qui change tout pour le conduit.
Ce qui se dépose sur les parois
Ces fumées tièdes montent dans un conduit que plus rien ne réchauffe. Elles s'y condensent en goudron sur les parois. Nuit après nuit, ce goudron sèche et durcit pour former le bistre, une croûte dure et lisse que la brosse du ramoneur ne décolle plus. Or ce dépôt est hautement inflammable : lors d'un feu de conduit, les températures pourraient dépasser 1 000 °C.
Le dépôt évolue par stades. Une suie sèche et poudreuse, qui part à la brosse, signale une combustion correcte. Vient ensuite une créosote brillante et collante, à l'odeur âcre, puis le bistre vitrifié.
Contre ce dernier stade, un ramonage classique ne suffit pas. Il faut un débistrage spécifique, et si le conduit est fissuré, un tubage neuf peut même s'imposer. Un chantier d'installateur, bien plus lourd qu'une visite annuelle.
Un thermomètre aimanté pour voir ce qui se passe
Certains ramoneurs repartent en laissant un petit thermomètre aimanté collé sur le tuyau du poêle. L'objet ne coûte pas cher à utiliser et se lit d'un coup d'œil. Selon la notice, il se place à au moins 30 cm au-dessus du poêle, sur un tuyau simple paroi.
Sur un conduit double paroi, la lecture est fausse.
Le cadran distingue trois zones, dont les valeurs exactes dépendent du modèle et du montage : voyez la notice de votre appareil. Dans l'exemple d'un fabricant, sous 110 °C, le feu est trop froid, la combustion incomplète, avec de la fumée, de la suie et de la créosote dangereuse. Entre 110 et 250 °C, c'est la plage optimale. Au-dessus de 250 °C, le bois part en gaspillage et le risque de surchauffe apparaît.
Ce que l'aiguille raconte quand l'air est fermé
Refermez l'arrivée d'air et regardez l'aiguille : elle pourrait bien glisser vers la zone froide. Le même fabricant parle d'un risque d'incendie lié au goudron qui s'accumule dans le tuyau quand le feu est trop froid. Ce que votre nez ne sent pas encore, le cadran le montre.
La correction se fait alors à l'inverse du réflexe : rouvrir un peu l'air pour ramener l'aiguille dans la zone optimale. Vous gardez une flamme vive, mais vous ne cherchez plus à l'étouffer. Le thermomètre remplace l'intuition par une lecture que vous pouvez refaire à chaque flambée.
Tout ouvrir n'est pas la solution non plus.
Une aiguille qui grimpe dans la zone chaude signale un feu qui gaspille son bois. Le bon réglage se trouve entre les deux, par petites touches, en laissant au feu quelques minutes pour réagir après chaque ajustement.
Ce que l'on constate au bout de quelques semaines
Les effets se voient assez vite. La vitre reste claire, on brûle moins de bois, et le conduit se révèle moins encrassé au passage du ramoneur. Je ne vous donnerai pas de chiffres, car ils varient trop d'une installation à l'autre.
La vitre est d'ailleurs un bon indicateur de départ. Une vitre de poêle qui noircit en quelques heures est souvent le premier indice d'un foyer qui encrasse aussi le conduit.
Le bois pèse lui aussi dans la balance. Au-delà de 20 % d'humidité, il dépense son énergie à évaporer l'eau, la flamme reste froide et la fumée se charge de vapeur et de goudrons. Même avec le meilleur réglage d'air, une bûche fraîchement coupée ou stockée sous la pluie suffit à encrasser rapidement un conduit.
Si le conduit s'embrase malgré tout
Un ronflement puissant dans le conduit, une chaleur anormale sur le tuyau ou sur le mur, des étincelles ou des flammes à la sortie du toit : ces signes annoncent un feu de conduit. Là, et seulement là, fermer l'arrivée d'air de l'appareil devient le bon geste, à condition de pouvoir le faire sans vous exposer. Le but est d'étouffer le tirage.
Ne jetez jamais d'eau dans le foyer. Faites sortir tout le monde de la maison, puis appelez le 18 ou le 112.
Côté prévention, le ramonage mécanique est en général exigé par le règlement sanitaire départemental deux fois par an, dont une fois pendant la saison de chauffe. Profitez de la visite pour demander au ramoneur s'il a repéré du bistre. Si c'est le cas, cessez de faire du feu jusqu'au contrôle du conduit.
Sources : terrier-ramonage-idf.fr | secteur-habitat.fr
