Derrière l’abri, mon voisin range un sac poubelle que personne n’ose toucher. J’ai fini par lui demander ce qu’il y met, et sa réponse m’a surpris.
Mon voisin enferme ses feuilles mortes dans un sac poubelle percé derrière l’abri, et ce n’est pas pour éviter la déchetterie

Ce voisin ne cherche pas à éviter la déchetterie : il fabrique du terreau de feuilles. Son sac poubelle de 100 litres, fermé et percé d'une dizaine de trous, passe un an dans un coin derrière l'abri. À l'ouverture, il en sort une matière noire, souple, qui sent le sous-bois.
Un sac, une dizaine de trous, 1 an d'attente.
- Un sac de 100 litres percé d'une dizaine de trous donne du terreau en un an.
- Les feuilles de chêne, de hêtre et de charme se décomposent presque sans aide.
- Le noyer, le marronnier et le houx demandent un broyage préalable.
Le tas de feuilles que tout le monde subit
Fin octobre, le râteau racle la pelouse et le tas ne cesse de grossir. Beaucoup de jardiniers finissent par charger le coffre pour la déchetterie, corvée qui revient chaque automne avec la régularité d'un calendrier des postes. Le voisin, lui, ne voit pas un déchet mais une matière première. Elle ne lui coûte rien, puisqu'il la ramasse de toute façon.
Le terreau de feuilles n'a rien d'un compost. Il se fait avec des feuilles seules, sans équilibre à surveiller entre matières vertes et brunes, sans brassage. La transformation, lente, repose surtout sur des champignons et réclame un endroit frais et humide plutôt que de la chaleur.
Le sac poubelle convient aux jardins où l'on n'a pas la place d'un silo grillagé. La Royal Horticultural Society décrit la même méthode : des sacs perforés rangés au garage ou à l'abri, ouverts après un peu plus d'un an. Le contenu part ensuite en paillis au début du printemps.
Quelles feuilles ramasser, lesquelles mettre de côté
Le chêne et le hêtre sont les valeurs sûres, et le charme aussi : ces feuilles se décomposent presque sans aide et donnent un terreau de belle qualité. Un mélange d'essences reste possible, à condition que les feuilles soient saines.
Le noyer demande un traitement à part. Ses feuilles épaisses, comme celles du marronnier ou du châtaignier, mettent beaucoup plus de temps à se décomposer, d'où l'intérêt de les broyer avant ou de les confier au composteur. Le laurier-cerise suit la même règle, tout comme le houx.
Écartez aussi les feuilles malades, rosiers à taches noires en tête.
Pourquoi humides, et combien de trous
Le terreau de feuilles ne contient que des feuilles et de l'humidité. Dans un sac fermé, personne ne viendra arroser : elles doivent donc être un peu humides dès le ramassage, mais pas gorgées d'eau. Le bon repère est celui d'une éponge essorée, et un coup d'arrosoir s'impose si le tas est sec.
Tassez sans ménagement, car les feuilles perdent beaucoup de volume en se décomposant. Le format de 100 litres convient bien, à condition que le plastique soit assez solide pour encaisser les coups de fourche. Fermez le sac sans serrer. Quelques poignées de tonte de gazon ou d'ortie fraîche, sans graines, apporteraient de l'azote et accéléreraient un peu les choses.
Passer la tondeuse sur le tas avant d'ensacher fait aussi gagner du temps : les feuilles broyées se décomposent plus vite et plus régulièrement, parfois en 6 à 12 mois. Les feuilles entières, elles, réclament plutôt 1 an ou davantage.
Pour les trous, une dizaine suffit, répartis sur les côtés et le fond. La fourche-bêche perce le plastique d'un coup sec, sans visée précise. Ces perforations laissent circuler l'air, ce qui distingue ce sac d'une simple poche hermétique.
Où ranger le sac, et combien de temps l'oublier
Derrière l'abri, le sac est à l'ombre et hors de vue, ce qui n'a rien d'un détail : l'objet n'a rien de décoratif. Le coin frais convient bien, puisque la décomposition réclame un lieu plus frais et plus humide que le compostage. La Royal Horticultural Society range ses sacs à l'abri ou au garage. Elle recommande même de réutiliser les mêmes sacs d'une année sur l'autre, si possible.
Ensuite, on l'oublie pendant 1 an.
Le délai varie : il faut compter au minimum 1 an, parfois 2 pour les feuilles les plus lentes. Certains jardiniers vérifieraient l'humidité du sac tous les 2 mois, ce qui n'a rien d'obligatoire pour qui préfère laisser faire. Le voisin, lui, n'y touche pas avant l'automne suivant.
À l'ouverture : ce que contient le sac
Un an plus tard, le sac s'ouvre sur une matière noire, souple, friable, qui sent le sous-bois. Le volume a fondu de façon spectaculaire. Il peut rester en périphérie quelques feuilles encore brunes et reconnaissables. Si l'ensemble n'est pas assez fin, on referme le sac pour une saison de plus, car un terreau de 2 ans est plus fin qu'un terreau d'un an.
Rosiers, potager, semis : à quoi sert ce terreau
Au pied des rosiers et au potager, il s'étale en paillis, de préférence au début du printemps. Cette couche garde l'humidité et structure la terre. Il ne remplace pas un engrais, car il est pauvre en éléments nutritifs, mais il apporte de la matière organique qui nourrit les vers de terre et l'activité microbienne du sol.
Le terreau d'un an, encore un peu grossier, se mélange aussi à la terre lors d'une plantation. Celui de 2 ans, plus fin, léger et aéré, convient aux semis et aux boutures.
Les aiguilles de pin suivent un autre calendrier : elles tombent toute l'année, surtout au printemps, et donneraient un terreau acide, adapté aux myrtilliers. Les aiguilles de conifères peuvent mettre 2 à 3 ans à se décomposer.
Sources : gojardin.fr | saintgermainbouclesdeseine.fr
