Le laurier-cerise, présent dans un tiers des jardins français, cache un secret toxique : ses feuilles et fruits contiennent des hétérosides cyanogénétiques qui se transforment en cyanure mortel. En se décomposant, cette haie apparemment idéale empoisonne les oiseaux qui dispersent ses graines et colonise les forêts en détruisant la biodiversité locale.
Il faut tailler le laurier-cerise toxique sans broyer et jeter les déchets

Toutes les parties du laurier-cerise contiennent des hétérosides cyanogènes qui libèrent du cyanure dès qu'on les broie ou qu'on les ingère. Les déchets de taille restent toxiques en séchant et ne doivent jamais être déposés en forêt. Coupez les fleurs avant fructification et portez les branchages en déchetterie.
Pourquoi le laurier-cerise est-il toxique ?
Toutes les parties de l'arbuste contiennent des hétérosides cyanogénétiques qui, une fois ingérés, se transforment en cyanure : prulaurasoside dans les feuilles, amygdaloside dans les graines. Feuillage persistant, croissance rapide, résistance au gel jusqu'à -20 °C : l’arbuste est très courant dans les haies des jardins français, ce qui rend le sujet très concret.
À l'instant où une lame broie les feuilles de Prunus laurocerasus, une réaction s'enclenche et libère de l'acide cyanhydrique, ou HCN. L'odeur d'amande amère qui accompagne le broyage n'est pas un arôme plaisant : c'est le benzaldéhyde libéré en même temps, autrement dit le signal que la plante vient de déclencher sa défense.
Le mécanisme repose sur deux compartiments : l'hétéroside cyanogénétique et les enzymes qui le dégradent se trouvent dans des cellules séparées, et la toxicité n'apparaît qu'après leur mise en contact, notamment par broyage. Les feuilles fraîches sont riches en prunasoside, à raison d’environ 2 g d’acide cyanhydrique par kilo, avec une teneur maximale en juillet-août.
Ingéré, le cyanure inhibe les cytochromes-oxydases, des enzymes mitochondriales impliquées dans la phosphorylation oxydative et la respiration cellulaire : la cellule ne peut plus utiliser l'oxygène qu'elle reçoit et asphyxie.
Quelle quantité est dangereuse pour l'homme ?
Le Centre antipoison de Lille précise que la dose toxique pour un adulte s'établit dès deux feuilles fraîches, et la dose létale à partir de vingt feuilles fraîches ou cinq amandes du noyau.
La plante reste toxique une fois séchée, après la chute des feuilles ou après la taille. Les déchets verts abandonnés au pied de la haie continuent de libérer leurs composés cyanogènes en se décomposant.
Pourquoi les oiseaux propagent-ils la plante ?
L'espèce se resème rapidement par ornithochorie, c'est-à-dire par la dispersion des graines par les oiseaux : les merles notamment consomment les baies et rejettent les graines dans leurs déjections. Mais la toxicité est plus élevée dans les noyaux des drupes vertes, ainsi que dans les feuilles et les tiges. Or les drupes passent par un stade vert, particulièrement concentré en glycosides cyanogènes, avant de noircir à maturité : les oiseaux qui les consomment avant pleine maturité ingèrent un poison à noyau particulièrement actif.
Conséquence : le laurier-cerise n'a qu'un intérêt limité pour la faune. En avalant les baies, les oiseaux propagent une plante qui réduit la végétation herbacée dont dépendent les insectes dont ils se nourrissent.
Pourquoi le laurier-cerise est-il envahissant ?
Les invasions biologiques représentent la deuxième cause d'appauvrissement de la biodiversité après la destruction des habitats,. Dispersé par les oiseaux au-delà des jardins, il colonise les bois et forêts où il forme vite des boisements denses. Son feuillage persistant crée un ombrage qui empêche la survie de nombreuses fleurs de sous-bois : jacinthe des bois, muguet, ail des ours ou ficaire. Ses feuilles épaisses mettent beaucoup de temps à se transformer en humus, et les îlots de lauriers, qui perdent peu de feuilles en hiver, modifient le paysage forestier.
L’arrachage mécanique avant fructification est la méthode de lutte la plus souvent recommandée pour enrayer ce phénomène. En Suisse, le laurier-cerise figure sur la liste noire des néophytes envahissants et sa vente comme son importation sont interdites depuis septembre 2024. En France, il reste commercialisé librement en jardineries,.
Que faire si un laurier-cerise pousse déjà chez vous ?
- Couper les inflorescences avant la fructification, pour empêcher la production et la dissémination des graines.
- Arracher les jeunes plants subspontanés avec la racine.
- Éviter de broyer les feuilles : le broyage met en contact l'hétéroside et les enzymes et libère de l'acide cyanhydrique.
- Ne pas déposer les déchets de taille en forêt : ces dépôts asphyxient les sols, déséquilibrent la composition de l'humus forestier, favorisent les plantes invasives, et chaque branchage peut repartir en bouture.
- Porter les déchets de laurier en déchetterie.
Par quoi remplacer une haie de laurier-cerise ?
Les alternatives indigènes sont nombreuses : prunellier, églantier, aubépine, sureau, cornouiller. Ces arbustes produisent des baies réellement nourrissantes pour les oiseaux, abritent des insectes indigènes et fleurissent au printemps avec un intérêt mellifère que le laurier-cerise, malgré ses fleurs blanches, ne peut concurrencer. Une haie d'aubépines mêlées de sureaux et de cornouillers attire jusqu'à dix fois plus d'espèces d'insectes qu'une rangée monospécifique de Prunus laurocerasus, selon les bilans des associations naturalistes régionales.
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Source : sciencepost.fr
