« Vous l’avez encore dans un placard ? » : la question qu’un brocanteur pose à chaque famille qu’il visite

Ce petit cube en bois oublié au fond d’un placard depuis des décennies pourrait vous réserver une surprise. Les moulins à café anciens, en particulier les modèles Peugeot, Japy ou Goldenberg, sont des objets très convoités par les collectionneurs passionnés, pouvant valoir entre 40 et 1 000 euros selon le modèle.

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Par L'équipe JDS

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Chaque brocanteur un peu expérimenté pose la même question en visitant une maison après un déménagement ou un vide-grenier : « Vous avez un vieux moulin à café en bois ? ». Et dans neuf familles sur dix, la réponse part d'un revers de main : "oui, mais c'est une vieillerie, ça ne vaut rien". Erreur. Parfois coûteuse.

Ce petit cube en hêtre ou en noyer, posé là depuis trente ans sur l'étagère du fond, manivelle grinçante et tiroir coincé, peut valoir entre 40 et 200 euros selon le modèle et l'état. Et certains exemplaires rares, mis aux enchères dans des salles spécialisées, ont été estimés entre 50 et 1 000 euros lors de ventes dédiées. La grande majorité des familles les donnent, les jettent, ou les cèdent pour une poignée d'euros à un inconnu au courant de leur valeur réelle.

À retenir

  • Pourquoi les brocanteurs posent cette question énigmatique dans chaque maison qu'ils visitent
  • Des collectionneurs secrets et organisés à la recherche de ces objets oubliés
  • Les secrets de marque et de datation qui transforment un jouet en trésor

Un objet du quotidien devenu objet de convoitise

Le moulin à café est l'un des plus beaux objets d'art populaire français, d'une variété infinie. Il a accompagné et rythmé la vie de nos aïeuls depuis le règne de Louis XIV, le café étant apparu en France dans les années 1660. Ce que personne ne vous dit au moment de vider le grenier, c'est que cet objet aussi familier qu'ignoré a ses collectionneurs passionnés, ses experts, ses bourses d'échanges, et son association internationale.

Le moulin à café est une véritable star des salles régionales, et il a même son association internationale qui regroupe ses collectionneurs : les molafabophiles. Ce mot barbare désigne des gens très sérieux, une centaine d'adhérents français mais aussi suisses, allemands, hollandais, italiens et espagnols, qui partagent leurs informations et recherchent tous documents en rapport avec les moulins à café, notamment les anciens catalogues. Ces amateurs-là ne loupent aucun vide-grenier. Et ils savent précisément ce qu'ils cherchent.

L'arrivée du café soluble en 1944, fraîchement débarqué avec les GI's, avait fait tomber en désuétude le bon vieux moulin à manivelle. Résultat : des millions d'exemplaires ont fini dans des placards, puis dans des caisses de débarras, transmis d'une génération à l'autre sans qu'on en connaisse la valeur. C'est cet oubli collectif qui crée aujourd'hui les bonnes affaires des uns, et les regrets des autres.

Peugeot, Japy, Goldenberg : les noms qui font monter les enchères

Tout ne se vaut pas, évidemment. Quelques grands noms de fabricants dominent le marché français entre 1920 et 1960, et savoir les reconnaître est la première étape pour tout collectionneur. Le plus célèbre reste Peugeot, oui, la même marque que la voiture. On connaît Peugeot pour ses voitures, mais la marque au lion a débuté avec des outils, des lames de scie et des moulins à café. Depuis 1840, Peugeot produit des mécanismes de moulins d'une qualité exceptionnelle, garantis à vie.

Pour le repérer sans se tromper, cherchez le logo du lion. Avant 1936, le lion est souvent représenté marchant sur une flèche. La forme du logo et la typographie de « Peugeot Frères » peuvent aider à la datation. Un détail qui change tout sur le marché de la seconde main.

Japy et Goldenberg, deux autres maisons françaises, complètent le podium des marques recherchées. Basée en Alsace, la société Goldenberg était un fabricant d'outils réputé. Ses moulins sont souvent plus rustiques mais d'une solidité à toute épreuve. Ils sont un peu moins courants que les Peugeot et Japy, ce qui leur confère un charme particulier. La rareté relative d'un Goldenberg peut justifier un prix supérieur à celui d'un Peugeot courant.

Côté fourchette de prix concrète : un modèle cubique Peugeot très courant en bon état se trouvera entre 15 et 30 euros. Des modèles plus rares, colorés ou de designers spécifiques des années 50 peuvent monter à plus de 100 euros. Le modèle en tôle émaillée bleue ou verte des années 1950, avec son mécanisme encore fluide, est particulièrement prisé. Pour les pièces exceptionnelles, moulins de comptoir en fonte, modèles muraux décorés, les estimations dépassent régulièrement les 500 euros.

Comment savoir ce que vaut le vôtre

Avant toute chose, résistez à la tentation de le briquer. Un nettoyage trop agressif détruit la patine, qui est précisément ce que les collectionneurs paient. L'apparence visuelle est un facteur important de la valeur, la plupart des gens collectionnant aujourd'hui les moulins à café anciens pour leur beauté décorative. Un moulin dans son jus vaut souvent plus qu'un moulin "remis à neuf" avec une couche de vernis et un bois sablé.

Pour dater votre exemplaire avec précision, observez les matériaux. Les moulins en bois, souvent du hêtre, sont typiques des années 20 et 30. La tôle laquée ou l'acier chromé apparaissent massivement après-guerre, dans les années 50. Un corps entièrement en bois, sans plastique, sans pièce synthétique, est un signe de belle ancienneté. Si vous trouvez un moulin à café avec des pièces en plastique, c'est le signe qu'il date d'après 1950.

Pour estimer la cote réelle, consultez les magasins d'antiquités en ligne et les sites d'enchères. Ne cherchez que les articles qui ont déjà été vendus, pas les annonces en cours, car celles-ci peuvent évoluer. Ce que quelqu'un demande et ce qu'un acheteur paie réellement sont deux choses très différentes. La plateforme Interencheres, qui recense les résultats de ventes publiques françaises, est votre meilleur repère de marché.

Autre bonne nouvelle, souvent ignorée : après un bon nettoyage, la plupart des mécanismes en acier sont de bien meilleure qualité que ceux de nombreux moulins neufs d'entrée de gamme. Ils permettent d'obtenir une mouture parfaite pour les cafetières à piston ou les cafetières italiennes. si votre moulin familial ne trouve pas preneur à la vente, vous pouvez parfaitement le ressortir du placard pour un usage quotidien, et profiter d'un café dont la mouture régulière ferait rougir bien des machines électriques à deux cents euros.

Une chose encore que peu de vendeurs savent : certains collectionneurs ne recherchent que les modèles et leurs variantes d'une seule marque, Goldenberg, Japy, Kenrick, Peugeot, Simplex, et sont prêts à payer significativement au-dessus du marché pour compléter une série précise. Un modèle ordinaire pour l'un peut être la pièce manquante pour l'autre. Publier une annonce avec des photos détaillées du mécanisme, du logo et de l'état du bois sur un site de seconde main spécialisé reste la meilleure façon de toucher ces acheteurs-là, plutôt que de brader l'objet à la première brocante venue.

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