Sur le marché des montres d’occasion, Rolex et Patek Philippe restent des repères solides pour les acheteurs. Pourtant, la surprise du premier semestre 2026 vient d’un tout autre horizon. Les créateurs indépendants séduisent de plus en plus les collectionneurs les plus aisés, et un nom se détache avec force : F.P. Journe.
Pourquoi de plus en plus de collectionneurs délaissent Rolex pour des marques que personne ne connaît ?

Quand les indépendants dépassent les géants en rythme
Selon les données publiées par EveryWatch, Rolex conserve sa mainmise sur le marché secondaire, mais ce n’est pas là que la croissance a été la plus forte. Les marques indépendantes ont réuni environ 355 millions de dollars de ventes, soit une hausse de 89 % sur un an. À côté, Rolex progresse de 43,5 %, Patek Philippe de 52,4 % et Audemars Piguet de 26,1 %. Autrement dit, les indépendants avancent près de deux fois plus vite que la marque à la couronne. Ce mouvement traduit une évolution des envies : le logo ne suffit plus toujours, et une partie des acheteurs cherche des productions rares, des mouvements originaux et une horlogerie plus personnelle.
Chez un indépendant, la montre reste étroitement liée à son créateur, à sa vision et à sa manière de concevoir la mécanique. Plusieurs maisons en profitent, comme H. Moser & Cie. avec 26 millions de dollars de ventes en progression de 64 %, ou Parmigiani Fleurier qui atteint 21 millions, en hausse de 60 %. Daniel Roth et Bovet ont même plus que doublé la valeur de leurs transactions.
F.P. Journe, le phénomène qui redéfinit le sommet
Une maison concentre aujourd’hui l’essentiel des regards. Au premier semestre 2026, F.P. Journe a généré environ 202 millions de dollars sur le marché secondaire, une progression de 197 % en un an, avec seulement 608 montres vendues. Le contraste avec Rolex est frappant : la marque à la couronne a écoulé près de 227 000 pièces pour atteindre 4,3 milliards de dollars. Le prix médian d’une F.P. Journe s’établit désormais à 215 000 dollars, contre environ 260 000 dollars pour Richard Mille, et près de 58 % des montres proposées auraient trouvé preneur. Les enchères confirment cet engouement, avec une hausse de 306 % pour atteindre près de 88 millions de dollars.
Un Chronomètre à Résonance a même été adjugé 13,9 millions de dollars, devenant la montre la plus chère vendue durant le premier semestre. Sur les dix principaux résultats, quatre concernent des créations de François-Paul Journe. La rareté, la qualité d’exécution et la cohérence du travail d’un horloger pèsent désormais autant que l’ancienneté d’une grande manufacture.
Un marché prometteur mais à manier avec prudence
Il serait toutefois hasardeux de voir dans chaque montre indépendante un placement assuré. Ce marché reste très étroit, et quelques transactions exceptionnelles suffisent à faire bouger fortement les statistiques, dans un sens comme dans l’autre. Toutes les maisons ne profitent d’ailleurs pas du mouvement : MB&F voit la valeur totale de ses ventes reculer de 16,6 %, malgré une hausse de son prix médian. Urwerk progresse légèrement en valeur, mais son prix médian diminue de 15 %, tandis que De Bethune reste quasiment stable.
Le succès repose donc sur une sélection de plus en plus exigeante, portée vers les créateurs capables d’allier identité forte, légitimité horlogère et volumes très limités. F.P. Journe s’impose comme le grand gagnant de cette évolution. Reste à savoir si cette envolée annonce une nouvelle catégorie durable ou une spéculation concentrée sur quelques noms. Dans les deux cas, l’horlogerie indépendante n’est plus une simple curiosité réservée aux initiés.
