Une aidante partage son expérience amère : trois ans passés auprès de sa mère n’ont pas compté pour sa retraite, faute d’avoir demandé l’Assurance Vieillesse des Aidants. Un dispositif méconnu et non automatique qui peut sauver des années de cotisations.
J’ai arrêté de travailler trois ans pour m’occuper de ma mère : personne ne m’avait prévenu que ces trimestres-là ne s’ajoutent jamais tout seuls

Trois ans loin du bureau pour accompagner ma mère, et personne ne m'avait dit que ces mois-là ne comptent pas automatiquement pour ma future pension. J'ai découvert le mot barbare "AVPF" en même temps que le mot "AVA", son successeur.
La retraite continue de se calculer sur des trimestres. Sans salaire, sans cotisation, ces trimestres-là ne tombent pas du ciel : il faut les demander.
À retenir
- Un droit existe pour les aidants, mais personne ne vous l'octroie d'office
- Jusqu'à 4 trimestres par an peuvent être validés sans que vous payiez
- La rétroactivité existe, mais elle a des limites que peu connaissent
Trois ans de silence administratif
Personne, ni le médecin traitant, ni l'assistante sociale de l'hôpital, ne m'a orientée vers une caisse au moment où j'ai réduit mon activité. On m'a parlé d'allocation, de congé de proche aidant, jamais de retraite.
Le sujet paraît lointain quand on a 58 ans et qu'on gère les rendez-vous médicaux d'un parent. Il redevient brûlant dix ans plus tard, au moment du relevé de carrière.
C'est là que j'ai compris l'existence d'un dispositif qui aurait pu couvrir mes trois années blanches.
L'assurance vieillesse des aidants, un droit élargi depuis 2023
Créée par la loi du 14 avril 2023 portant réforme des retraites et entrée en vigueur le 1er septembre 2023, l'assurance vieillesse des aidants (AVA) remplace et élargit l'ancienne assurance vieillesse du parent au foyer (AVPF). Deux décrets publiés au cœur de l'été 2023 en précisent les contours.
Deux décrets du 10 août 2023 en précisent les conditions d'attribution. Le texte élargit sérieusement le public concerné, bien au-delà des seuls parents d'enfants handicapés.
Le dispositif s'adresse aux aidants d'une personne âgée en perte d'autonomie classée GIR 1 à 4, ou d'une personne handicapée. Fini le critère du lien familial exclusif : aucun lien familial ni cohabitation ne sont exigés depuis 2023.
Jusqu'à quatre trimestres par an, payés par la CAF
Voici le point qui change tout pour un aidant qui a mis sa carrière entre parenthèses. L'AVA permet de valider jusqu'à 4 trimestres par an et de préserver ses droits à la retraite lors d'une période d'aidance.
Les cotisations sont intégralement prises en charge par la CAF ou la MSA, sans frais pour l'aidant. Sur le papier, l'aidant ne débourse rien et continue pourtant à cotiser comme s'il travaillait.
Le calcul se fait sur une base forfaitaire, pas sur un salaire réel. Les cotisations sont calculées sur une assiette forfaitaire de 169 fois le SMIC horaire, soit 2 080,39 € par mois pour les parents d'enfants handicapés, et 1 867,02 € par mois pour les aidants d'adultes au 1er juin 2026.
Le taux appliqué à cette assiette a lui aussi bougé récemment. Le taux de cotisation applicable au 1er janvier 2026 est de 17,96 %, en cumulant part employeur et part salarié, entièrement absorbé par l'organisme social.
Une demande à faire, jamais un droit automatique
C'est ici que se niche le piège que j'ai payé cash pendant trois ans. L'aidant doit demander son affiliation à la CAF ou à la MSA territorialement compétente, aucune caisse ne le fait spontanément à votre place.
Il existe une exception qui aurait pu me sauver la mise. Si vous percevez l'allocation journalière du proche aidant, votre affiliation à l'AVA est automatique, sans démarche à faire.
Mais si vous n'avez jamais demandé cette allocation, comme beaucoup d'aidants qui bricolent leur emploi du temps sans passer par les cases officielles, rien ne se déclenche seul. La différence entre ces deux situations se chiffre en dizaines de trimestres sur une carrière.
La rétroactivité existe, mais elle a des limites
Bonne nouvelle relative : tout n'est pas forcément perdu si la démarche arrive tardivement. L'affiliation peut être rétroactive en fonction de la date à laquelle la CDAPH a considéré que les conditions étaient réunies.
Attention cependant à un plafond qui surprend souvent. La durée d'affiliation ne peut excéder un an sur l'ensemble de la carrière pour les bénéficiaires d'un congé de proche aidant.
Trois ans passés au chevet de ma mère, et seulement un an maximum reconnaissable via ce statut précis. Le reste dépend d'autres critères, notamment le GIR de la personne aidée et le plafond de ressources du foyer, fixé à 63 % du plafond de la Sécurité sociale pour les aidants d'un proche âgé.
Ce que je conseille à qui commence tout juste
Ne pas attendre le départ à la retraite pour vérifier ces trimestres, c'est la leçon numéro un. Un relevé de carrière se consulte en ligne, gratuitement, sur le site Info Retraite, dès le premier mois d'aidance.
La demande d'affiliation, elle, se dépose directement auprès de la CAF ou de la MSA, avec un justificatif d'APA ou une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. Mieux vaut la constituer en même temps que le dossier d'allocation, pas trois ans après, dans un couloir d'hôpital où l'urgence du moment efface tout le reste.
Un décret paru fin décembre 2025 est venu ajuster encore le calcul de la majoration du minimum de pension pour les trimestres validés au titre de l'AVPF et de l'AVA, preuve que le dispositif continue d'évoluer et qu'il mérite d'être surveillé année après année, pas seulement au moment de liquider ses droits.
Sources : lassuranceretraite.fr | xn--cfdt-retraits-mhb.fr