Un arrêt maladie prolongé juste avant la retraite valide des trimestres mais crée une année blanche au salaire zéro, qui impacte directement le calcul du salaire annuel moyen. Cette année sans revenus professionnels empêche les meilleures années de carrière de remplacer les plus faibles, réduisant la pension de milliers d’euros sur 20 ans.
J’ai enchaîné 18 mois d’arrêt maladie juste avant ma retraite : personne ne m’avait prévenu de ce que cette année-là ferait à mes 25 meilleures années

Une année d'arrêt maladie ne fait pas disparaître un trimestre. C'est même l'inverse : dès que vous cumulez 60 jours d'indemnités journalières sur une année civile, la Sécurité sociale vous valide un trimestre assimilé, dans la limite de quatre par an, conformément à l'article R351-12 du Code de la sécurité sociale. Sur 18 mois d'arrêt répartis sur deux exercices, cela peut représenter six, sept, parfois huit trimestres accordés sans avoir travaillé une seule heure. Rassurant sur le papier. Mais ce mécanisme ne dit qu'une partie de l'histoire, et c'est justement la partie qu'on ne raconte jamais aux salariés qui basculent en arrêt longue durée à quelques mois de la sortie.
À retenir
- Les trimestres assimilés pendant l'arrêt masquent une réalité : l'année à zéro ne cotise pas au calcul du salaire annuel moyen
- Les trois dernières années de carrière auraient dû évacuer vos pires années de salaire — l'arrêt vous prive de cette opportunité
- Découvrez pourquoi vérifier votre relevé de carrière avant la liquidation peut vous épargner une perte de plusieurs milliers d'euros
Des trimestres validés, mais un salaire annuel à zéro
Les indemnités journalières versées pendant un arrêt maladie ne sont pas soumises aux cotisations vieillesse comme le serait un salaire classique. Concrètement, sur votre relevé de carrière, l'année où vous étiez en arrêt affiche un salaire reporté nul, ou quasi nul si vous avez travaillé quelques semaines avant l'arrêt. La durée d'assurance progresse grâce aux trimestres assimilés, mais le montant qui alimente le calcul de votre pension, lui, reste à l'arrêt complet. C'est cette dissociation entre "durée" et "salaire" qui pose problème, et qui explique pourquoi tant de futurs retraités découvrent la mauvaise surprise trop tard, souvent au moment de recevoir leur notification de pension.
Le calendrier joue aussi contre vous. Un arrêt qui démarre en septembre et se termine en mars de l'année suivant à suivant peut, selon les dates exactes, générer des trimestres sur trois exercices différents plutôt que deux, ce qui complique encore la lecture de votre relevé. Beaucoup d'assurés pensent, à tort, que le nombre de trimestres validés suffit à garantir une pension pleine. La durée d'assurance n'est qu'une moitié de l'équation.
Le vrai coup porté au salaire annuel moyen
La pension de base se calcule à partir du salaire annuel moyen, le fameux SAM, obtenu en faisant la moyenne des 25 meilleures années de salaire de toute une carrière (pour les générations nées après 1948). Or les dernières années d'activité sont statistiquement les mieux payées : ancienneté, primes, échelons supérieurs, responsabilités accumulées. C'est précisément à ce moment-là, quand le salaire est au sommet, que ces années auraient dû venir remplacer d'anciennes années plus faibles, celles d'un début de carrière modeste ou d'un passage à temps partiel. Un arrêt maladie de 18 mois juste avant la retraite empêche ce remplacement. L'année à zéro ne peut évidemment pas entrer dans le top 25, mais surtout, elle prive l'assuré de l'occasion de faire sortir une mauvaise année du calcul.
Prenons un exemple concret. Une salariée en fin de carrière gagnait 44 000 euros brut annuels sur ses trois dernières années pleines. Ces années auraient dû remplacer une année à 26 000 euros, gagnée quinze ans plus tôt lors d'un congé parental partiel. En tombant malade 18 mois avant la retraite, elle perd cette bascule. Le SAM reste calé sur l'ancienne moyenne, plus basse. Sur une pension mensuelle, l'écart peut sembler modeste, une trentaine ou une quarantaine d'euros. Mais reporté sur 20 ou 25 ans de retraite, cela représente plusieurs milliers d'euros qui ne seront jamais versés, et qui auraient pu l'être sans ce dernier arrêt.
Les personnes les plus exposées sont celles qui n'ont pas encore 25 années "solides" derrière elles au moment de l'arrêt : carrières hachées, temps partiels prolongés, périodes de chômage non ou faiblement indemnisées. Pour elles, l'année blanche peut carrément s'imposer dans le calcul, faute d'alternative, et tirer la moyenne vers le bas de façon beaucoup plus brutale que dans l'exemple précédent.
Vérifier avant qu'il ne soit trop tard
La première chose à faire, bien avant la date de départ, c'est de consulter son relevé de carrière sur le site officiel de l'Assurance retraite et de demander une simulation de pension actualisée. Un conseiller de la CARSAT peut, sur rendez-vous, comparer le SAM projeté avec et sans les années en arrêt. Cette simulation permet parfois de repérer qu'un report de quelques mois de la date de liquidation, une fois la reprise possible même à temps partiel thérapeutique, suffirait à réintégrer une ou deux années à salaire plein dans le calcul.
Il faut aussi distinguer arrêt maladie et invalidité. Si l'arrêt se prolonge et débouche sur une pension d'invalidité, les règles de calcul changent légèrement, avec d'autres mécanismes de protection du salaire de référence. Ce basculement mérite d'être anticipé avec le médecin-conseil de la Sécurité sociale, car il peut, dans certains cas, limiter la casse sur le SAM différemment de l'arrêt maladie classique.
Une nuance à connaître : le rachat de trimestres, souvent présenté comme une solution universelle, ne répare rien ici. Il permet d'ajouter de la durée d'assurance, pas du salaire. Une fois l'année à zéro inscrite au compte, aucun versement rétroactif ne viendra combler le trou dans le calcul du salaire annuel moyen. La seule vraie marge de manœuvre reste temporelle : décaler la liquidation pour reconstituer, même sur quelques mois, un revenu d'activité qui viendra concurrencer les plus faibles années du passé.