Croire que ses indemnités journalières comptent comme un salaire dans le calcul de la retraite : voilà l'erreur qui coûte cher à de nombreux salariés du privé au moment de faire valoir leurs droits. C'est le piège dans lequel un futur retraité est tombé après huit mois d'arrêt maladie précédant son départ. Persuadé que ses derniers mois d'activité, valorisés par une rémunération élevée, viendraient booster sa pension, il a découvert au moment du calcul une réalité toute différente. Une règle méconnue de l'Assurance retraite explique ce décalage entre les attentes et le montant final versé chaque mois.
Le piège invisible des indemnités journalières dans le calcul de la pension
À la réception du relevé de carrière, la première impression est plutôt rassurante : les mois d'arrêt maladie apparaissent bien comme des périodes assimilées, validées pour la durée d'assurance. Concrètement, 60 jours d'indemnisation permettent de valider un trimestre, dans la limite de quatre par an. Le compteur des trimestres n'est donc pas pénalisé. Mais la mécanique se complique ailleurs. Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale ne sont pas soumises aux cotisations d'assurance vieillesse. Résultat : elles n'entrent pas dans le calcul du salaire annuel moyen, ce fameux SAM basé sur les 25 meilleures années de la carrière au régime général. Seule exception à cette règle : les indemnités journalières de maternité, retenues à titre exceptionnel. Pour la maladie, en revanche, la porte est fermée. L'année d'arrêt apparaît donc avec un revenu tronqué, parfois très inférieur à ce qui aurait été perçu en activité normale.
Pourquoi un arrêt en fin de carrière pèse si lourd sur le SAM
En temps normal, une année incomplète peut être écartée du calcul si elle fait chuter la moyenne. Mais dès qu'un peu de salaire est perçu sur l'année, celle-ci peut être retenue et tirer la pension vers le bas. Le problème devient particulièrement sensible quand l'arrêt survient durant les années les plus rémunératrices, généralement en fin de carrière. Ces années auraient dû figurer parmi les 25 meilleures, remplaçant les débuts moins bien payés. Au lieu de cela, elles apparaissent avec un salaire réduit, entraînant une baisse durable du montant de la pension.
Voici un exemple simplifié pour visualiser l'impact :
| Situation | Salaire retenu pour l'année | Effet sur le SAM |
|---|---|---|
| Année complète travaillée | Salaire brut annuel intégral | Peut intégrer les 25 meilleures années |
| Année avec 8 mois d'arrêt maladie | Uniquement les 4 mois travaillés soumis à cotisations | Année à faible revenu, susceptible de rester dans le calcul |
| Congé maternité | Indemnités journalières prises en compte | Aucun impact négatif |
Autre point à connaître : les trimestres obtenus via l'assurance maladie sont des trimestres validés, mais non cotisés. Cette distinction devient déterminante pour un éventuel départ anticipé, notamment dans le cadre des carrières longues, où seuls les trimestres cotisés sont retenus.
Une double peine pour les salariés du privé
La situation diffère nettement selon le statut. Pour un fonctionnaire, le temps passé en congé de longue maladie n'a pas d'effet sur le calcul de la retraite. Pour un salarié du privé ou un indépendant, l'arrêt de longue durée se traduit par une perte financière qui court sur toute la retraite. Cette différence de traitement est régulièrement dénoncée comme une double peine : la maladie subie pendant la vie active continue de peser sur les revenus une fois retraité. Des questions ont été posées à l'Assemblée nationale pour envisager une évolution législative ou réglementaire, d'autant que le vieillissement de la population fait grossir chaque année le nombre de retraités concernés. À ce jour, la règle reste inchangée : les indemnités journalières maladie demeurent exclues du salaire annuel moyen.
Les stratégies à connaître avant de s'arrêter
Plusieurs leviers existent pour atténuer le choc. Le premier consiste à négocier un maintien de salaire par l'employeur, en complément des indemnités journalières : cette part conventionnelle, soumise à cotisations, entre dans le calcul du SAM. Un contrat de prévoyance collective ou individuelle peut également verser des compléments soumis à cotisations vieillesse, à vérifier au cas par cas dans les termes du contrat. Autre piste : décaler la date de départ à la retraite de quelques mois, voire quelques trimestres, pour neutraliser l'effet d'une année creuse et faire remonter une meilleure année dans le calcul. Enfin, demander une simulation personnalisée à sa caisse de retraite avant tout arrêt prolongé permet d'anticiper la perte réelle et d'adapter sa stratégie. Ce réflexe simple évite bien des mauvaises surprises au moment de la liquidation.
Un arrêt maladie de longue durée en fin de carrière n'est jamais anodin pour la future pension. Entre trimestres validés mais indemnités exclues du salaire de référence, la mécanique du régime général réserve une amertume que peu de futurs retraités connaissent avant d'y être confrontés. La vraie question est peut-être ailleurs : jusqu'à quand cette inégalité entre public et privé restera-t-elle en l'état, alors que les carrières deviennent plus longues et les arrêts de fin de vie active plus fréquents ?


