De moins en moins de salariés vident leur compteur de congés dans la dernière ligne droite avant la retraite. Une nuance s'impose immédiatement : ce n'est pas un simple relâchement ou un oubli, mais souvent un choix réfléchi. Derrière cette pratique se cache un dispositif encore mal connu, capable de transformer des jours de repos en véritable tremplin financier pour la fin de carrière. À la rentrée, alors que beaucoup de salariés font le point sur leurs droits accumulés durant l'année, la question mérite d'être posée clairement : que deviennent réellement ces congés non soldés, et comment peuvent-ils changer la donne au moment de quitter la vie active ?
Pourquoi les salariés préfèrent désormais garder leurs congés au chaud
Longtemps, poser tous ses congés avant de partir à la retraite semblait une évidence, presque un réflexe. Aujourd'hui, de plus en plus de salariés font un autre choix : laisser ces jours s'accumuler plutôt que de les solder immédiatement. Ce changement de comportement s'explique en grande partie par une meilleure connaissance des dispositifs existants, mais aussi par une vision plus stratégique de la fin de carrière. Les salariés ne veulent plus seulement "profiter" de quelques jours de repos supplémentaires : ils cherchent à optimiser leur transition vers la retraite.
Cette tendance traduit également une évolution des mentalités face au travail et au repos. Plutôt que de multiplier les jours de congés classiques, consommés au fil de l'eau, les salariés cherchent désormais à transformer ce capital temps en un outil financier et personnel plus puissant. L'objectif : les accompagner jusqu'à la retraite dans de meilleures conditions, sans pour autant renoncer à leur rémunération pendant cette période charnière.
Le compte épargne-temps, ce trésor caché qui change tout
Le compte épargne-temps, plus connu sous son abréviation CET, permet de capitaliser des jours de repos non pris au fil des années, sans limite de durée dans de nombreuses entreprises. Ce dispositif reste pourtant méconnu du grand public, alors qu'il offre une flexibilité rare : transformer du temps en argent, ou inversement, selon les besoins et le moment de la carrière. Attention toutefois, le CET n'est pas automatique : il n'existe que si un accord d'entreprise ou, à défaut, un accord de branche le prévoit. Sans un tel accord, impossible pour le salarié d'exiger sa mise en place.
L'un des usages les plus intéressants concerne justement la fin de carrière. Les jours accumulés sur ce compte permettent de financer un congé de fin de carrière, lorsque l'accord collectif le prévoit. Concrètement, le salarié cesse alors de travailler avant sa retraite officielle, tout en restant sous contrat et rémunéré grâce aux droits épargnés. Ce mécanisme offre ainsi une transition en douceur vers la retraite, sans rupture brutale de revenus ni sacrifice sur la qualité de vie. Il est essentiel de le préciser : ce dispositif ne permet pas de liquider sa pension plus tôt que prévu. La retraite, elle, démarre toujours à la date légale.
Parmi les jours pouvant être déposés sur un CET figurent notamment la cinquième semaine de congés payés, les RTT non pris, certains jours de repos conventionnels, les congés de fractionnement ou encore des repos compensateurs. En revanche, les quatre premières semaines de congés payés restent intouchables : le Code du travail interdit leur affectation au CET, seule la portion dépassant 24 jours ouvrables pouvant y être versée.
Comment transformer ces jours dormants en vrai levier pour sa retraite
Utiliser intelligemment son CET demande une certaine anticipation. Il convient de vérifier les conditions fixées par l'accord d'entreprise ou de branche, notamment le nombre de jours pouvant être épargnés chaque année et les modalités de conversion en congé ou en capital. Ces règles varient sensiblement d'une structure à l'autre, et certains dispositifs assurent le maintien de 100 % du salaire pendant le congé de fin de carrière, quand d'autres proposent un congé plus long avec une rémunération partielle.
Prenons un exemple concret. Un salarié doit liquider sa retraite le 1er décembre. Il dispose de 44 jours accumulés sur son CET, et son entreprise autorise leur utilisation sous forme de congé de fin de carrière. À raison de cinq jours ouvrés par semaine, ces droits représentent environ neuf semaines d'absence. Il peut donc cesser de travailler dès la fin du mois de septembre, tout en restant employé et rémunéré jusqu'au 30 novembre. Sa pension, elle, ne débute qu'au 1er décembre, comme prévu initialement.
Autre point rassurant : la rémunération versée pendant ce congé reste en principe soumise aux cotisations sociales. Elle continue donc, sous conditions, à générer des trimestres de retraite de base et des points Agirc-Arrco, dans la limite habituelle de quatre trimestres par année civile. Le CET n'offre toutefois aucun trimestre gratuit : ce sont bien les cotisations prélevées sur la rémunération qui produisent ces droits.
Il faut aussi garder à l'esprit ce que ce dispositif ne permet pas. Le CET necontourne jamais l'âge légal de départ, n'efface pas une décote liée à un nombre de trimestres insuffisant et ne peut pas être imposé par le salarié si l'accord collectif ne le prévoit pas. Il ne doit pas non plus être confondu avec la retraite progressive, où une partie de la pension est déjà versée pendant une activité réduite : avec le CET, aucune pension n'est perçue, seule la rémunération issue des droits épargnés est maintenue.
Voici un aperçu synthétique des usages possibles du CET en fin de carrière :
- Financer un congé de fin de carrière avant la date légale de départ
- Maintenir tout ou partie du salaire pendant cette période
- Continuer à valider des trimestres et des points de retraite complémentaire
- Transférer les droits monétisés vers un plan d'épargne retraite d'entreprise, avec des avantages fiscaux dans la limite de dix jours par an
Dans la fonction publique, les règles diffèrent sensiblement. Le CET y est généralement plafonné à 60 jours, et un agent partant définitivement à la retraite doit le solder avant son départ, sous peine de perdre les jours non utilisés ou non indemnisés. Il n'existe donc pas de règle unique applicable à tous les statuts, ce qui justifie de se renseigner précisément auprès de son service des ressources humaines.
Au final, ce dispositif représente une véritable opportunité pour aborder la retraite plus sereinement. En choisissant de ne pas solder systématiquement ses congés, chaque salarié peut se constituer une réserve précieuse, capable de financer plusieurs semaines, voire plusieurs mois, de congé rémunéré juste avant de quitter définitivement la vie active. Reste à vérifier, dès maintenant, ce que prévoit son propre accord d'entreprise : une simple question aux ressources humaines peut suffire à révéler un capital insoupçonné.

