Vous êtes en heures creuses depuis des années : la CRE révèle que 4 foyers sur 10 paient plus cher qu’au tarif de base

Selon la Commission de régulation de l’énergie, environ 4 foyers sur 10 abonnés en heures pleines/creuses paient finalement plus cher qu’avec un tarif de base. Un piège mathématique que peu connaissent, malgré des années de contrat. La réforme 2025 change-t-elle la donne ?

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Par L'équipe JDS

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Le contrat qui était censé faire baisser la facture l'a parfois fait grimper. Selon les données analysées par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), environ 4 foyers sur 10 abonnés en heures pleines/heures creuses paient plus cher qu'ils ne l'auraient fait au simple tarif de base. Un chiffre qui mérite qu'on s'y arrête, surtout quand on sait que 14,5 millions de clients en France sont actuellement en option HP/HC.

À retenir

  • 40 % des foyers en heures creuses perdent de l'argent sans le savoir
  • Un seuil de rentabilité précis existe, mais reste méconnu
  • La réforme 2025 offre une nouvelle flexibilité avec des créneaux de jour

Le piège mathématique du double tarif

Le principe est séduisant sur le papier. Les heures creuses correspondent à une période de 8 heures durant laquelle le prix du kWh est en moyenne 25 % moins cher que l'option tarifaire de base. En contrepartie, les heures pleines couvrent les 16 heures restantes, pendant lesquelles le prix du kWh est en moyenne 10 % plus cher que le tarif de base. L'équation n'est donc favorable qu'à une condition précise : concentrer suffisamment sa consommation dans les créneaux bon marché.

C'est là que le bât blesse. Bien gérée, l'option HC reste une des manières les plus simples de réduire sa facture sans investissement. Mal calibrée, elle peut au contraire alourdir le coût annuel par rapport à une option Base. Et la majorité des ménages se retrouvent précisément dans ce second cas. Les analyses disponibles sur des milliers de contrats sont sans appel : pour 50 % des foyers, cette option tarifaire n'est pas rentable.

La raison est arithmétique. L'abonnement annuel en option HP/HC est légèrement plus élevé qu'en option Base pour une même puissance souscrite (187,82 €/an contre environ 151 €/an en 6 kVA). Ce surcoût fixe doit être compensé par des économies sur le kWh. Pour y parvenir, il faut atteindre un seuil de consommation nocturne ou d'après-midi qui se révèle, pour beaucoup, hors de portée.

Le seuil de rentabilité que personne ne vous a expliqué

Pendant des années, les experts fixaient ce seuil autour de 45 à 50 % de consommation déplacée en heures creuses. Pour tirer profit des heures creuses en 2021, il aurait fallu déporter 60 % de sa consommation en heures creuses, ce qui n'est pas réaliste. La situation a depuis évolué favorablement. En 2022, une modification des règles a rendu l'option bien plus accessible : il suffit désormais que la consommation pendant les heures creuses atteigne environ 30 % de la consommation totale pour qu'un foyer commence à réaliser des économies.

Aujourd'hui, au tarif réglementé, l'option heures creuses est rentable à partir de 26 % de consommation déplacée pendant les plages avantageuses, sur un compteur 6 kVA et une consommation de référence de 5 700 kWh/an. Un seuil qui paraît accessible, mais qui suppose quand même de programmer activement ses usages. Concrètement, ce seuil correspond à environ 0,51 kWh par jour consommés pendant les 8 heures creuses — un volume facilement atteint par un foyer équipé d'un ballon d'eau chaude programmé en HC, d'une recharge de véhicule électrique nocturne ou d'un cumul électroménager.

Le problème, c'est que des millions de foyers ont souscrit ce contrat il y a dix ou vingt ans, à une époque où le chauffe-eau à contacteur automatique était la norme dans les maisons individuelles. Ces contacteurs ont été remplacés, les habitudes ont changé, les logements se sont transformés, mais le contrat, lui, est resté. Sans jamais être remis en question.

Qui perd vraiment de l'argent ?

Le profil type du perdant est assez précis. Si le logement est équipé d'un chauffage au gaz ou d'un autre mode de chauffage non électrique, la consommation électrique globale est réduite. Il devient alors plus difficile de rentabiliser les heures creuses, d'autant plus qu'elles ne s'appliquent pas aux autres énergies. Un appartement chauffé au gaz, avec un chauffe-eau également au gaz, n'a pratiquement rien à déplacer en heures creuses. Résultat : il subit la pénalité des heures pleines sans jamais en compenser le coût.

À l'inverse, une puissance de compteur plus élevée et une consommation d'énergie accrue peuvent rendre l'option HP/HC avantageuse si les usages sont bien répartis sur les heures creuses. Les logements chauffés à l'électricité ont un potentiel de rentabilité plus élevé, surtout si le chauffage peut être programmé sur les plages horaires creuses. Pour une maison individuelle tout électrique, avec chauffe-eau à programmation automatique et lave-linge lancé en fin de soirée, les heures creuses restent un levier d'économies concret. À partir de 30 % de consommation en heures creuses, les économies annuelles atteignent déjà 8 €, et plus de 60 € pour 40 % d'heures creuses.

La réforme de 2025 change-t-elle la donne ?

À partir du 1er novembre 2025, les plages d'heures pleines et creuses ont changé pour des millions de foyers français. Cette réforme, décidée par la Commission de Régulation de l'Énergie (CRE), vise à mieux coller aux nouveaux rythmes de production d'électricité : plus de solaire en journée, plus d'éolien la nuit. Concrètement, les 8 heures creuses quotidiennes sont désormais scindées : 5 heures la nuit (entre 23h et 7h) et 3 heures le jour (entre 11h et 17h), selon les spécificités locales.

Cette évolution est une bonne nouvelle pour les retraités actifs qui vivent chez eux en journée, télétravailleurs, personnes libres de leurs horaires. Pouvoir programmer son lave-vaisselle à 13h ou recharger sa voiture électrique en début d'après-midi, pendant des heures creuses d'été, c'est une flexibilité inédite. Le déploiement complet de cette réforme sera achevé d'ici fin 2027 pour l'ensemble des 14,5 millions de clients HP/HC.

Reste une question pratique, immédiate : comment savoir si votre propre contrat vous coûte trop cher ? La réponse tient en une démarche simple. Pour savoir si vous avez un contrat heures creuses, regardez la facture de votre fournisseur ou examinez votre compteur Linky : appuyez sur les boutons « + » et « – » pour faire défiler les informations, si deux index s'affichent (HP et HC), vous êtes en option heures creuses. Une fois ce constat établi, vérifiez la répartition réelle de votre consommation entre les deux plages. Elle figure sur votre facture annuelle. Si la part en heures creuses dépasse 30 %, vous êtes probablement gagnant. En dessous, le calcul mérite d'être refait sérieusement. Et bonne nouvelle : le changement d'option tarifaire est gratuit avec un compteur Linky, réalisé à distance sous 24 heures.

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