À l’heure où la transition écologique est présentée comme une priorité nationale, le gouvernement a fait un choix radical qui fragilise la filière bio. Dans le projet de loi de finances 2025, le budget de l’Agence Bio est réduit de 64 %, une coupe brutale qui a immédiatement fait réagir producteurs, organisations agricoles et défenseurs de l’alimentation durable. Ce désengagement de l’État intervient dans un contexte déjà difficile pour l’agriculture biologique : consommation en baisse, prix sous pression, recul des surfaces cultivées en bio. Pour les acteurs du secteur, c’est un signal négatif, voire incompréhensible, alors que le label AB fête cette année ses 40 ans.
Coup dur pour l’agriculture bio : ce que cache la baisse de 64 % du budget de l’Agence Bio

Une baisse budgétaire massive et ciblée
L’annonce a surpris par son ampleur. Le budget du Fonds Avenir Bio, qui soutient les entreprises et projets de développement dans le secteur, passe de 18 à 8,7 millions d’euros. Quant au budget de communication de 5 millions d’euros, il est purement supprimé, alors même que venait d’être lancée une nouvelle campagne nationale intitulée « C’est Bio la France ».
Même l’Observatoire du bio, outil clé pour collecter et publier les données sur la filière, voit ses moyens réduits. Cette baisse intervient alors que le plan de relance et les crédits liés à la planification écologique arrivent à leur terme, selon le ministère de l’Agriculture, qui affirme vouloir « prioriser les crédits sur la structuration de la filière ».
Une filière déjà en difficulté
Depuis deux ans, la consommation de produits biologiques stagne ou diminue, notamment dans les grandes surfaces, qui réalisent pourtant près de la moitié des ventes. Les surfaces agricoles engagées en bio ont cessé de progresser, certains producteurs repassant même en conventionnel faute de débouchés suffisants ou de soutien économique.
Les prix payés aux producteurs bio peinent à remonter, malgré l’inflation généralisée sur les produits alimentaires. Dans ce contexte fragile, la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) parle de “sidération” face à cette décision gouvernementale. Pour son coprésident Loïc Madeline, “ce n’est vraiment pas le moment de revenir en arrière.”
Des objectifs officiels devenus hors d’atteinte
La France s’était pourtant fixée un cap : atteindre 18 % de la surface agricole utile en bio d’ici 2027, contre environ 10 % actuellement. Ces objectifs avaient déjà été revus à la baisse ces dernières années, et cette réduction de budget rend leur atteinte encore plus improbable.
Jean Verdier, président de l’Agence Bio, tire la sonnette d’alarme : “L’absence de moyens alloués met en péril toute une filière au service de la souveraineté alimentaire française et de la transition écologique.”
Cette position est d’autant plus défendable que la Cour des comptes, dans un rapport de 2022, recommandait au contraire de renforcer l’Agence, en soulignant les bénéfices environnementaux et sanitaires de l’agriculture biologique.
Évolution du budget de l’Agence Bio et de la filière bio (2022–2025)
| Indicateur | 2022 | 2024 | 2025 (prévu) | Évolution |
|---|---|---|---|---|
| Fonds Avenir Bio | 13 M€ | 18 M€ | 8,7 M€ | –52 % |
| Budget communication | 4 M€ | 5 M€ | 0 € | –100 % |
| Surface agricole en bio (%) | 9,6 % | 10 % | Objectif : 18 % | Objectif compromis |
| Consommation bio (grandes surfaces) | +2 % | –3 % | –2 % estimé | En baisse |
| Part des ventes bio dans l’alimentation | 6,5 % | 6 % | Tendance : ↓ | En repli |
Un calendrier politique troublant
Le choix de communication du gouvernement interroge. L’annonce de la coupe budgétaire est intervenue la veille du 40e anniversaire du label AB, date symbolique pour une filière qui représente 200 000 emplois en France. Le même jour, les dirigeants de l’Agence Bio étaient auditionnés par la commission d’enquête du Sénat… qui, par ailleurs, avait récemment validé la très controversée “loi Duplomb”, destinée à alléger les contraintes réglementaires des agriculteurs, y compris sur le plan environnemental.
Dans sa version initiale, cette loi proposait purement et simplement la suppression de l’Agence Bio, une disposition finalement retirée. Mais pour beaucoup d’observateurs, la coupe budgétaire reste un geste politique fort, révélateur d’un changement de cap.
Le bio à contre-courant de la transition ?
Alors que les consommateurs sont de plus en plus sensibles à la qualité de leur alimentation, le soutien public au bio se réduit, au profit d’autres modèles agricoles parfois plus productivistes. Une décision qui va à l’encontre des engagements climatiques, mais aussi des recommandations sanitaires, notamment sur les pesticides ou les additifs.
L’agriculture biologique reste l’un des rares systèmes de production encadrés interdisant les produits phytosanitaires de synthèse. Réduire sa visibilité et ses moyens, c’est aussi affaiblir la lisibilité de l’offre alimentaire pour les citoyens.
Une filière sous pression, un débat relancé
Les acteurs du bio demandent une réorientation claire : rétablir un budget stable, relancer la consommation par des campagnes pédagogiques, et assurer des prix justes pour les producteurs. Mais la décision actuelle semble indiquer une forme de désengagement de l’État, dans un moment pourtant crucial pour l’agriculture durable.
La question posée dépasse la simple ligne budgétaire : veut-on encore d’un modèle agricole fondé sur la santé, la qualité et l’environnement ? La réponse, pour l’instant, est moins biologique que budgétaire. Et elle fait grincer bien des dents.
