En acceptant le plein prépayé au comptoir, vous payez un réservoir entier sans jamais être remboursé du carburant non consommé. Trois quarts pleins au retour signifie 18 euros offerts à l’agence. Voici comment déjouer ce piège lucratif.
J’ai accepté le plein prépayé au comptoir de location pour partir tranquille : en rendant la voiture aux trois quarts pleine, j’ai compris ce que je venais d’offrir à l’agence

Trois quarts pleins au retour, et pourtant vous avez payé un réservoir entier au comptoir. C'est exactement ce que vous venez d'offrir à l'agence de location : le quart de carburant restant dans le réservoir, celui que vous n'avez pas eu le temps de brûler sur la route, ne vous sera jamais remboursé. Ce n'est pas un oubli du contrat, c'est le principe même de l'option.
À retenir
- Vous payez un plein complet mais ne consommez que partiellement : où va vraiment l'argent ?
- Trois quarts de réservoir rendu = combien de carburant perdu et jamais remboursé ?
- Existe-t-il une stratégie simple pour reprendre le contrôle de votre facture au comptoir ?
Comment fonctionne réellement le "plein prépayé"
Au guichet, la proposition semble pleine de bon sens. L'option « carburant prépayé » consiste à payer à l'avance le plein de carburant lors de la prise du véhicule, ce qui évite de refaire le plein avant de rendre la voiture. Plus de station-service à chercher au dernier moment, plus de stress avant de rendre les clés. Sur le papier, c'est un service. Dans les faits, c'est un pari que vous perdez presque toujours.
Le carburant prépayé n'est vendu que dans des réservoirs pleins à un prix au litre réduit et n'est pas remboursable, précise d'ailleurs Enterprise dans ses propres conditions. Vous achetez un forfait, pas du carburant à la demande. Que vous rouliez 80 kilomètres ou 800, la facture reste identique. Et il n'y a pas de tarif fixe étant donné que le prix évolue en fonction du prix du carburant, ce qui rend la comparaison difficile au moment de réserver.
Concrètement, cela représente quel montant ? Si le litre de diesel est à 1,60 € et que le réservoir contient 45 litres, vous payez alors 72 € au loueur. Un billet de 72 euros réglé d'avance, quel que soit votre kilométrage réel. Vous êtes parti pour trois jours de week-end, avec un aller-retour de 200 kilometres ? Une bonne moitié de ce réservoir voyagera avec vous jusqu'au comptoir de restitution, sans jamais repasser sur votre compte en banque.
Le calcul qui vous coûte cher : l'exemple du réservoir aux trois quarts
Reprenons votre cas. Réservoir rendu aux trois quarts pleins, sur un plein de 45 litres facturé 72 euros. Il vous reste environ 11 litres non consommés, soit près de 18 euros de carburant que l'agence va récupérer sans un mot d'excuse, en le revendant tel quel au client suivant qui, lui, paiera peut-être encore un plein complet. Le système est parfaitement rodé, et personne ne vous rendra la monnaie.
Comparez maintenant avec la politique la plus répandue en France : en Italie, au Portugal et chez quasiment toutes les agences de location de voitures en France, la règle veut que l'on restitue le véhicule avec autant de carburant qu'on en avait au départ. Dans ce cas, vous ne payez que ce que vous consommez réellement, au prix de la station-service la plus proche, et non au tarif fixé par l'agence.
Le piège inverse existe aussi, il faut le dire honnêtement : oublier de faire le plein quand on n'a pas souscrit d'option coûte tout aussi cher, voire plus. Europcar facture 30 € par location plus un montant par litre de carburant, Hertz impose des frais de service entre 40 et 100 € hors taxe selon la catégorie du véhicule, et Avis facture 24 € en dessous de 120 kilomètres parcourus, avec un tarif au litre pouvant grimper à 4,38 € pour l'essence au-delà. Entre le plein prépayé perdu et l'oubli du plein classique, il n'y a en réalité qu'un seul gagnant, et ce n'est jamais le locataire.
Quand cette option a un sens, et comment ne plus vous faire avoir
Faut-il pour autant bannir totalement le plein prépayé ? Pas systématiquement. Il existe des exceptions : vous êtes peut-être pressé de vous rendre à l'aéroport, ou vous êtes à un endroit où il n'y a pas beaucoup de stations-service, et le risque d'un tarif de marché élevé peut alors se justifier. Un vol à prendre dans quarante minutes, une agence sans station à proximité immédiate, un aéroport où la circulation est imprévisible : dans ces situations précises, payer un peu plus pour gagner de la sérénité peut se défendre.
Mais pour une location classique, un week-end en campagne ou une semaine de vacances où vous connaissez à peu près votre kilométrage, la logique s'inverse complètement. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles il vaut mieux éviter l'option de carburant prépayé et toujours faire le plein soi-même, car cette option signifie que l'on paie pour un plein d'essence que l'on utilise ou non dans sa totalité. C'est mathématique : sauf à vider complètement le réservoir jusqu'à la réserve, vous perdez de l'argent à chaque kilomètre non parcouru.
La meilleure parade reste la plus simple : demander systématiquement l'option "plein à rendre plein", refaire le plein dans la station la plus proche de l'agence juste avant de rendre le véhicule, et garder le ticket de caisse en photo avec le compteur au moment de la restitution. Cette précaution, recommandée noir sur blanc par l'UFC-Que Choisir, permet de contester une facturation abusive si l'agence prétend le contraire. Il faut restituer la voiture en bon état, plein d'essence fait, le loueur facturant souvent le carburant plus cher que les stations-service, rappelle l'association de consommateurs. Un réflexe qui prend cinq minutes et qui vous évite de transformer un service pratique en cadeau non désiré fait à l'agence.
Un dernier détail mérite d'être connu avant de cocher la case au comptoir : toutes les agences ne proposent pas le plein prépayé de la même façon. Cette option est proposée par certaines agences comme Sixt ou Hertz, sous l'appellation FPO pour Option achat de carburant, mais elle reste absente ou formulée différemment chez d'autres loueurs. Avant même de discuter du prix au litre, demandez donc simplement si l'option existe, et surtout, calculez votre trajet prévu avant de dire oui à quoi que ce soit au comptoir.
Sources : enterprise.fr | serenitrip.fr