Deux billets achetés ensemble, un seul dossier de réservation, mais dix rangées d’écart à l’embarquement. Ce n’est pas un bug : c’est une stratégie commerciale assumée par les low-cost. Décryptage d’un mécanisme légal mais peu régulé.
J’ai réservé nos deux billets sur le même dossier pour être sûrs d’être côte à côte : à l’embarquement, on nous a placés à dix rangs d’écart

Deux billets achetés ensemble, un seul numéro de réservation, la certitude d'être assis l'un à côté de l'autre. Pourtant à l'embarquement, le couple découvre deux sièges éloignés de dix rangées.
Ce scénario n'a rien d'un bug informatique. C'est le fonctionnement normal des compagnies low-cost quand le placement gratuit est choisi.
À retenir
- Un algorithme secret sépare les passagers à dix rangées d'écart en moyenne chez Ryanair
- La loi européenne CE 261/2004 ne protège pas les couples contre cette dispersion
- Seuls les enfants de moins de 12 ans ont une garantie de proximité gratuite
Un algorithme qui sépare, pas qui rapproche
Chez Ryanair, le principe est clair : sans achat d'option, la compagnie propose l'achat de sièges réservés ou des sièges gratuits, attribués aléatoirement lors de l'enregistrement.
Une statisticienne d'Oxford a disséqué ce mécanisme dès 2017. Les familles ou groupes non consentants à payer étaient séparés en moyenne de dix rangées, et jusqu'à trente-deux rangées sur certains vols testés.
Le hasard invoqué par la compagnie ressemblait donc à une formule marketing plutôt qu'à une réalité statistique. Une enquête commandée en 2018 par le régulateur britannique de l'aviation civile a confirmé l'ampleur du phénomène.
35% des passagers de Ryanair n'ayant pas payé le supplément pour choisir leurs sièges avaient finalement voyagé dans des sièges éloignés les uns des autres, contre des taux nettement plus bas chez la concurrence, easyJet compris. Chez d'autres transporteurs, ce taux tombait à 15% chez easyJet, preuve que toutes les compagnies ne jouent pas selon les mêmes règles.
Ce que dit vraiment la loi européenne
Beaucoup de voyageurs pensent, à tort, que le règlement européen protège les couples contre cette dispersion. Le fameux CE 261/2004 existe bel et bien, mais il traite d'un tout autre sujet.
Ce règlement définit les droits des passagers aériens victimes d'une annulation, d'un retard ou d'un refus d'embarquement, notamment en cas de surréservation. Rien, dans ce texte, n'oblige un transporteur à placer deux voyageurs adultes côte à côte.
La DGAC veille pourtant à son application générale sur le territoire français. Signaler une situation à la DGAC contribue à sa mission de régulateur du transport aérien et de surveillance de l'application générale du règlement européen, mais cette surveillance ne couvre pas l'attribution des sièges entre adultes.
juridiquement, être séparé de son conjoint sur un vol ne constitue aucune faute de la compagnie. C'est un choix commercial assumé, pas une anomalie réglementaire.
Les enfants, seule vraie exception
Une catégorie de passagers échappe pourtant à la loterie des sièges : les plus jeunes. Les autorités aériennes recommandent que les enfants de moins de 12 ans soient systématiquement placés près d'un accompagnant, y compris quand personne n'a payé d'option.
Ryanair applique d'ailleurs cette règle de façon explicite dans sa politique de sièges. Si l'attribution aléatoire est sélectionnée, les enfants seront assis à côté d'un adulte accompagnant sur la même réservation, gratuitement, alors que les autres adultes et adolescents de la réservation peuvent être placés séparément.
La distinction est nette : un enfant de 10 ans bénéficie d'une garantie de proximité, son grand frère de 14 ans ou sa grand-mère de 68 ans, non. La frontière de l'âge fait toute la différence dans le règlement intérieur des compagnies.
Combien coûte la tranquillité d'esprit
Pour éviter le tirage au sort, il suffit théoriquement de payer. Le tarif varie fortement selon l'emplacement souhaité et la compagnie choisie.
Historiquement chez easyJet, les sièges avec le plus d'espace pour les jambes étaient facturés 15 euros, ceux des rangées suivantes 10 euros, et les autres sièges, y compris pour voyager ensemble, 4 euros. Aujourd'hui, selon les compagnies et les vols, cette option de siège adjacent oscille entre 4 et 30 euros par trajet et par personne.
Sur Transavia, la situation diffère légèrement. Le siège standard s'obtient gratuitement au check-in en ligne sans condition particulière, ce qui limite mécaniquement le risque de séparation si l'enregistrement est fait suffisamment tôt.
Un couple qui voyage deux ou trois fois par an peut ainsi débourser de 16 à 120 euros supplémentaires sur l'année, uniquement pour s'asseoir ensemble. Une dépense qui, mise bout à bout, ressemble davantage à un supplément déguisé qu'à un service optionnel.
Les réflexes qui limitent les mauvaises surprises
Réserver sur le même dossier ne suffit donc pas à garantir une place voisine. L'enregistrement en ligne dès l'ouverture, souvent 24 ou 48 heures avant le vol selon la compagnie, améliore sensiblement les chances d'obtenir des sièges proches sans frais.
Se présenter tôt au comptoir ou reposer la question directement à la porte d'embarquement fonctionne aussi. Les agents disposent d'une marge de manœuvre sur les attributions restantes et acceptent volontiers d'ajuster deux sièges isolés.
En dernier recours, demander à un voisin de passager d'échanger sa place reste la solution la plus rapide, à condition d'obtenir l'accord de l'équipage. Cette pratique reste courante et fonctionne dans la grande majorité des cas, sauf sur les vols complets où personne ne veut renoncer à un hublot.
Reste une question que peu de voyageurs se posent avant de cliquer sur "valider ma réservation" : et si cette dispersion aléatoire n'était, au fond, qu'un levier de vente parmi d'autres, calibré pour transformer une angoisse ordinaire en ligne de recette supplémentaire ?
Source : masculin.com