J’allais à Dubrovnik depuis 20 ans : ce fjord adriatique à 90 km au sud m’a fait changer de côté de frontière

Après deux décennies à explorer les mêmes remparts de Dubrovnik, un détour de 90 km vers le sud révèle une alternative méconnue : Kotor et ses Bouches, un fjord adriatique où la Croatie d’autrefois perdure. Entre eaux turquoise, vieille ville médiévale et tarifs trois fois moins élevés, le Monténégro devient le nouveau secret des voyageurs européens en quête d’authenticité.

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Par L'équipe JDS

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Vingt ans à Dubrovnik. Les mêmes remparts blanchis par le soleil, la même Porte Pile franchie à l'aube pour éviter la foule des paquebots, la même certitude d'être à la meilleure adresse de l'Adriatique. Puis un jour, on tourne à droite au lieu de rentrer à l'hôtel, on passe une frontière en 45 minutes, et tout bascule. La baie de Kotor, à 90 kilomètres au sud de Dubrovnik, offre exactement ce que la Croatie proposait il y a vingt ans : des eaux turquoise, une vieille ville médiévale classée à l'UNESCO, des murailles qui grimpent à l'assaut de la montagne. Avec une différence de prix qui fait réfléchir.

À retenir

  • Pourquoi des milliers de touristes abandonnent soudainement Dubrovnik pour le Monténégro depuis deux ans
  • Les Bouches de Kotor cachent-elles vraiment le plus beau fjord de Méditerranée ?
  • Comment voyager en Adriatique pour un tiers du prix sans renoncer au luxe

Ce que Dubrovnik ne peut plus offrir

Face à une Croatie saturée, où Dubrovnik durcit l'accès à sa vieille ville et où les prix ont rejoint ceux de la Côte d'Azur, le Monténégro offre une respiration. Ce n'est pas une opinion : c'est le constat de dizaines de milliers de voyageurs européens qui ont opéré ce glissement vers le sud ces dernières saisons. Le Monténégro est l'Adriatique que la Croatie était il y a quinze ans : des paysages grandioses, moins de foule, des prix plus bas, et ce plaisir particulier de découvrir un endroit que la plupart de vos amis ne connaissent pas encore.

La comparaison avec Dubrovnik n'est pas qu'un raccourci commode. Kotor est une ville ressuscitée. Frappée par un terrible tremblement de terre en 1979, elle doit sa reconstruction et son salut au même bienfaiteur que Dubrovnik : l'UNESCO. Kotor partage avec Dubrovnik un autre point commun : des remparts. La "petite muraille des Balkans", comme on la surnomme, grimpe et serpente sur le flanc abrupt du mont Lovćen. Deux cités sœurs, séparées par une frontière et deux décennies de trajectoire touristique différente.

En pleine saison, Kotor accueille peut-être un dixième des visiteurs de Dubrovnik : l'expérience de se déplacer librement dans une vieille ville médiévale reste intacte. Voilà le cœur du sujet. Pas de cordons, pas de sens de circulation imposé, pas de tickets d'entrée pour les remparts. Les ruelles pavées sont à vous.

Un "fjord" adriatique, et la nuance qui va avec

Les Bouches de Kotor forment le plus long "fjord" de la Méditerranée. Ce long canyon submergé, qui n'est pas à proprement parler un fjord puisqu'aucun glacier ne l'a creusé, réunit en une grande baie quatre golfes cernés de hautes montagnes débouchant sur la mer Adriatique. Le terme de fjord est donc une licence poétique, mais quelle licence. Les bouches de Kotor sont en réalité un ancien canyon karstique rempli par la mer Adriatique. Le résultat visuel est saisissant : eaux calmes, relief abrupt, villages accrochés aux flancs rocheux.

Les Bouches de Kotor et leur géographie unique en Méditerranée comptent parmi les plus belles baies du monde et sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979. Ici, la mer s'enfonce sur une trentaine de kilomètres à l'intérieur de terres calcaires, en une succession de golfes intérieurs reliés entre eux par de profondes passes. Sur la route qui longe ces rives, les villages baroques se succèdent à intervalles réguliers, chacun avec ses palais de capitaines et ses clochers vénitiens.

Perast mérite une halte de deux heures minimum. Perast incarne la carte postale baroque : ses palais de capitaines et ses deux îlots sacrés, Notre-Dame-du-Rocher et Saint-Georges, créent une atmosphère d'élégance et de finesse. Plusieurs compagnies locales proposent la même boucle : Notre-Dame-du-Rocher, grotte Bleue, baignade dans des eaux turquoise. Le tarif moyen en 2025 reste de 30 € par adulte. Trente euros pour naviguer dans l'un des plus beaux décors de la Méditerranée, en dehors des sentiers battus du tourisme de masse.

La vraie différence : ce que vous dépensez

Le coût de la vie est bien inférieur à celui de la Croatie voisine. En chiffres concrets, un repas dans un bon restaurant local coûte entre 7 et 12 euros. Pour l'hébergement, comptez à partir de 30 euros par nuit hors saison chez l'habitant ou en appartement, et environ 50-60 euros en haute saison. Un hôtel 3 étoiles en bord de baie, au calme, s'obtient couramment autour de 70 euros la nuit en mai, soit deux à trois fois moins qu'un équivalent à Dubrovnik à la même période.

L'entrée au Monténégro se déroule très facilement : passage de frontière rapide, et pas de change puisque ce pays a la particularité d'utiliser l'euro sans être membre de la zone euro. Pas de surprise sur le taux de change, pas de conversion mentale au restaurant. Formalités allégées : passeport ou carte d'identité suffisent pour les ressortissants européens.

Le bon calendrier, c'est mai ou septembre. Ces mois offrent des températures douces, entre 22 et 27 °C, une mer à 20 °C et une fréquentation divisée par deux par rapport à juillet-août. Si vous venez de Dubrovnik, passez la frontière avant 7h30 idéalement. Vous arriverez à Perast quand les bus de croisière n'ont pas encore déversé leurs contingents de visiteurs. C'est une heure différente, presque une autre destination.

Comment organiser la bascule

La logique s'impose d'elle-même. L'aéroport de Dubrovnik se trouve à environ deux heures de route de Kotor. Certains voyageurs atterrissent à Dubrovnik, passent une nuit pour voir les remparts au crépuscule (heure à laquelle la ville retrouve un peu de grâce), puis mettent le cap vers le sud le lendemain matin. Depuis Kotor, un bus quotidien joint Dubrovnik en 2h30. Sans voiture, la liaison reste donc possible.

Avec un véhicule, le tour complet de la baie se fait en une journée détendue : Herceg Novi à l'entrée des Bouches, Perast pour le déjeuner, Kotor en fin d'après-midi pour l'ascension des remparts. Les plus courageux grimpent les 1 350 marches jusqu'à la forteresse Saint-Jean, 260 mètres au-dessus des toits : la baie s'étale alors comme une carte en relief. Comptez 45 minutes de montée à bon rythme, moins si l'on prend le temps de se retourner pour regarder en arrière.

Une précision qui change tout pour la planification : bien que le Monténégro soit plus abordable que la Croatie, Kotor reste la ville la plus chère de la région. Privilégiez les logements dans les villages voisins pour économiser. Dobrota, à quelques minutes au nord de Kotor le long de la baie, ou Muo de l'autre côté, offrent des hébergements en bord d'eau à des tarifs nettement plus doux qu'en plein centre historique, avec en prime une vue sans les foules. Hilton, Hyatt, Radisson, Melia ont déjà planté leurs drapeaux sur la côte, signe que la fenêtre pour voyager au Monténégro à prix raisonnable, dans une certaine tranquillité, existe encore, mais elle ne restera pas ouverte indéfiniment.

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