À quelques kilomètres au sud d’Amalfi s’étend le Cilento, un parc national UNESCO pratiquement ignoré des touristes. Avec ses plages primées, ses criques accessibles en bateau et ses tarifs trois fois moins chers que Positano, cette région remet en question tout ce que l’on croyait savoir sur la côte amalfitaine.
J’ai découvert cette côte juste au sud d’Amalfi par hasard et je ne retournerai plus jamais à Positano

La côte amalfitaine s'arrête officiellement quelque part entre Vietri sul Mare et Salerne. Ce que peu de vacanciers savent, c'est que quelques kilomètres plus au sud commence un territoire tout aussi spectaculaire, mais pratiquement désert en comparaison : le Cilento. J'y suis arrivée par erreur, un GPS mal réglé et une envie d'éviter les embouteillages de la SS163. Depuis, Positano me semble aussi authentique qu'un décor de parc d'attractions.
Le contraste ne tient pas qu'à une impression de vacancière fatiguée par la foule. Sur la route amalfitaine, la circulation reste bloquée deux heures en mai, les voitures avançant péniblement sur quinze kilomètres entre Positano et Amalfi pendant que les passagers de croisière font la queue pour les mêmes photos. Et cette route, longue d'à peine quarante kilomètres reliant les villages, peut demander quatre heures de trajet en haute saison, les voitures roulant au pas pendant que les bus touristiques se faufilent dans des virages tracés en 1840. Le Cilento, lui, se traverse en Fiat de location sans jamais serrer les dents.
À retenir
- Une côte UNESCO deux fois classée, mais oubliée des guides touristiques
- Des plages quatre fois primées comme plus belles d'Italie, avec six personnes au lieu de plusieurs centaines
- Les mêmes repas coûtent deux à trois fois moins cher qu'à Positano, mais exigent une condition inattendue
Un parc national deux fois classé, presque personne pour le voir
Ce n'est pas un simple bout de littoral oublié : le Cilento fait partie du Parc national du Cilento et du Val de Diano, créé en 1991 et reconnu réserve de biosphère depuis 1997, puis inscrit en 1998 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Un statut rare, puisqu'il s'agit du seul parc national italien à porter cette double casquette. Le territoire s'étend sur 180 000 hectares, entre la plaine du Sele au nord, la Basilicate à l'est et au sud, et la mer Tyrrhénienne à l'ouest, avec des reliefs qui plongent directement dans l'eau plutôt que de s'étaler en plage continue.
Cette géographie explique tout. Contrairement à la façade amalfitaine, largement bâtie et urbanisée, les reliefs plongent rapidement dans la mer, les villages restent accrochés aux collines, et la côte alterne plages ouvertes, falaises calcaires et criques profondes. Le secteur le plus spectaculaire se situe autour de Palinuro et Marina di Camerota, où se trouvent les plus belles criques, réputées pour leurs grottes marines, leurs fonds clairs et leurs falaises abruptes. Le Cilento a d'ailleurs une autre particularité qui dépasse le tourisme balnéaire : c'est ici que le chercheur américain Ancel Keys a passé des décennies à étudier l'alimentation locale, donnant naissance au fameux régime méditerranéen, aujourd'hui lui aussi classé au patrimoine immatériel de l'UNESCO.
Des plages que Positano a perdues depuis longtemps
Soyons honnêtes : la côte amalfitaine n'a jamais brillé par ses plages. Les rares criques de galets sont bondées dès 9 heures, et les transats se réservent parfois la veille. Le Cilento inverse complètement la donne. La Cala degli Infreschi, accessible uniquement en bateau depuis Scario ou après une marche de plusieurs kilomètres sur des sentiers côtiers, a remporté quatre fois le titre de plus belle plage d'Italie ; on y accède en bateau ou après une marche de cinq kilomètres sur les sentiers côtiers, dans une crique bordée de falaises calcaires blanches et d'une eau turquoise transparente jusqu'à six mètres de profondeur. Un matin de semaine en septembre, on peut la partager avec seulement six autres personnes.
Autre pépite, Cala Bianca près de Marina di Camerota, désignée plage la plus belle d'Italie par Legambiente en 2013, ne se mérite pas facilement : on ne peut l'atteindre qu'en bateau depuis Marina di Camerota, avec une nage finale car les embarcations doivent ancrer à environ 200 mètres du rivage, ou à pied par un sentier depuis Pozzallo qui prend entre 30 et 40 minutes. Ce niveau d'effort filtre naturellement les foules. Le littoral compte aussi des grottes marines dignes d'intérêt, comme la Grotta Azzurra, dont la couleur presque aveuglante s'explique par un siphon à environ 20 mètres de profondeur où la lumière se diffracte. Et pour les familles qui redoutent les fonds profonds, Marina di Ascea offre une alternative bien plus rassurante avec ses eaux peu profondes et sa mer calme.
L'addition qui ne ment pas
Le vrai déclic, pour moi, s'est produit à table. Un plat de spaghetti aux palourdes accompagné d'un vin blanc local m'a coûté l'équivalent de treize dollars à Castellabate, quand le même plat coûte environ deux fois plus cher à Amalfi, et vingt-huit dollars à Positano. Même logique côté hébergement : les agriturismi familiaux d'Agropoli demandent entre 99 et 132 dollars la nuit pour des chambres avec petit-déjeuner, dans des propriétés nichées en pleine oliveraie ou en village de collines, tenues par des familles, certaines depuis les années 1970, quand une nuit sur la côte amalfitaine avoisine régulièrement les 440 dollars. Sur place, un couple dépense en moyenne 245 dollars par jour pour l'hébergement, les repas et les activités, budget quasiment introuvable côté Amalfi hors saison creuse.
Cette différence de prix n'est pas un hasard commercial, c'est une conséquence directe de la protection du territoire. La création du parc en 1991 a restreint la construction hôtelière et l'expansion routière ; la même protection qui a tenu les paquebots de croisière à distance a préservé l'authenticité des lieux. Résultat : pas de grands groupes hôteliers, pas de files pour un selfie devant une église, mais des villages comme Pisciotta ou Pollica où l'on croise davantage de pêcheurs que de guides touristiques brandissant un parapluie coloré.
Reste un détail que personne ne mentionne jamais dans les guides : contrairement à la côte amalfitaine desservie par des ferries fréquents, les bus publics du Cilento ne circulent souvent que deux fois par jour et ne mènent pas toujours jusqu'aux plages ou aux sites archéologiques. Louer une voiture n'est donc pas une option, c'est une nécessité, mais c'est aussi ce qui garde cette côte tranquille encore quelques années. Profitez-en avant que le secret ne s'ébruite trop.
Sources : chamina-voyages.com | figaronautisme.meteoconsult.fr