Mykonos, ses ruelles blanches saturées de monde, ses transats à prix d'orfèvre, ses files d'attente devant les moulins pour une photo. L'image d'Épinal des Cyclades a fini par lasser plus d'un voyageur. À quelques heures de ferry pourtant, une autre île raconte une tout autre Grèce. C'est là que Luc Besson a planté sa caméra pour Le Grand Bleu, et c'est là que beaucoup décident, une fois débarqués, de ne plus jamais retourner dans les îles surpeuplées de l'archipel.
Amorgos, l'île sauvage qui fait oublier les foules de Mykonos
La révélation tient en un nom : Amorgos, l'île la plus orientale des Cyclades. Pas d'aéroport ici. On y accède uniquement par ferry, depuis Le Pirée ou les îles voisines, après plusieurs heures de traversée. Cet éloignement a longtemps été vu comme un handicap. Il est devenu son meilleur atout. Pendant que Mykonos et Santorin, prises d'assaut par les paquebots de croisière, voient les autorités grecques évoquer taxes et plafonnements de visitors pour contenir le surtourisme, Amorgos garde ses villages calmes, ses tavernes familiales et ses plages où l'on trouve encore de la place en plein cœur de l'été. Chora, le village principal, aligne ses maisons blanches autour d'un vieux kastro, sans boutique de luxe ni file d'attente. Le contraste avec les ruelles bondées de Mykonos est saisissant, presque brutal.
Sur les traces du Grand Bleu, quand le cinéma sublime la roche et l'azur
C'est ici que Besson a tourné une grande partie de son film culte, sorti en 1988. Deux images restent gravées dans la mémoire des spectateurs. D'abord l'épave du cargo Olympia, échouée près de la plage de Liveros : sa carcasse rouillée, battue par les vagues, attire encore les cinéphiles venus retrouver l'ambiance du film. Ensuite le monastère de Panagia Hozoviotissa, prodige d'architecture accroché à une falaise vertigineuse au-dessus de la mer Égée. Blanc éclatant sur roche ocre, il semble suspendu entre ciel et eau. La montée se mérite, quelques centaines de marches sous le soleil, mais la récompense est là : un panorama sur ce bleu profond qui a donné son titre au film. Près de quarante ans après le tournage, la magie opère toujours, sans le moindre car de touristes à l'horizon.
Ce qu'Amorgos apprend, et pourquoi on n'en repart plus tout à fait
Amorgos a fait un choix assumé : miser sur la randonnée, les sentiers muletiers anciens et un tourisme à taille humaine, loin de l'image festive de sa voisine. Les chemins de pierre relient les villages entre eux, traversent des champs d'oliviers et débouchent sur des criques désertes. Le soir, on dîne d'un poulpe grillé et d'un verre de psimeni raki, la liqueur locale, face à un port où les pêcheurs réparent leurs filets. Les prix restent raisonnables, l'accueil sincère, le rythme lent. Pendant que la Grèce enchaîne les records de fréquentation et que ses îles stars étouffent, Amorgos prouve qu'une autre façon de voyager dans les Cyclades existe encore. Une fois qu'on y a goûté, retourner jouer des coudes à Mykonos paraît tout simplement absurde.
Amorgos n'a rien d'un secret militaire : le Grand Bleu lui a offert une notoriété mondiale. Mais son isolement l'a préservée, et c'est toute la leçon de cette île. Les plus belles destinations grecques ne sont pas forcément celles qui s'affichent partout. Alors, au moment de réserver la prochaine escapade dans les Cyclades, pourquoi ne pas troquer les foules de Mykonos contre le silence d'une falaise face au grand bleu ?


