Croisières : l'immense business des excursions vendues à bord
C’est la grande tradition une fois la cabine récupérée : on vous bombarde de brochures sur papier glacé pour vous vendre des sorties clés en main à chaque escale. Le discours est rôdé, rassurant, presque maternant. On vous explique que tout est pris en charge, que les places sont limitées et que le confort n'a pas de prix. Le problème, c’est qu'il en a un, et qu'il est exorbitant. Les excursions achetées sur le navire coûtent très souvent le double de ce qu’elles valent réellement à terre.
Même bus, même guide, double tarif
Pour comprendre le business, il faut savoir que les compagnies de croisière ne possèdent aucun bus ni aucun guide dans les ports. Qu'il s'agisse d'une escale en Méditerranée, aux Caraïbes ou dans les fjords norvégiens, elles se contentent de sous-traiter à des agences de tourisme locales.
Le mécanisme est implacable. Une visite classique de quatre heures pour aller voir des ruines romaines ou faire un tour d'île, facturée 90 € par personne au bureau des excursions du bateau, se trouve facilement à 45 € directement sur le quai. Le pire, c'est que les deux groupes finissent souvent par se croiser sur le parking du site historique, montés dans le même autocar de la même compagnie locale, pour écouter le même guide. La seule différence, c'est que les passagers du premier groupe ont payé une taxe imaginaire de 100 % qui sert uniquement à engraisser la compagnie de croisière. Sur une semaine de voyage en famille, la note grimpe vite à plusieurs centaines d'euros de pur surcoût.
Comment contourner le système sans se faire bloquer
Pour éviter de se faire plumer, il suffit de passer la passerelle par ses propres moyens. Contrairement à ce que laissent parfois entendre les équipes à bord pour vous inciter à acheter leurs billets, personne ne peut vous empêcher de sortir seul. Les conventions internationales garantissent la pleine autonomie des voyageurs en escale. Vous êtes chez vous dès que vous posez le pied à terre.
Côté organisation, deux écoles s'affrontent. La première, c'est l'anticipation. En réservant vos sorties quarante-huit heures à l'avance sur Internet auprès d'agences locales indépendantes, vous bloquez un tarif imbattable et un chauffeur privé. La deuxième méthode, plus improvisée, consiste à négocier directement avec les chauffeurs de taxi ou les minibus garés au pied du bateau. Dans la plupart des grands ports de croisière, des compagnies locales se sont installées à quelques mètres des terminaux de débarquement et proposent exactement les mêmes circuits que le navire, mais à prix cassés.
Côté assurance, pas de stress inutile : vos garanties habituelles (carte bancaire, assistance rapatriement) fonctionnent à terre comme pour n'importe quel voyage classique. Vous n'avez strictement aucune démarche à faire à bord, ni aucune autorisation à demander au personnel de bord avant de partir en goguette.
Le prix de la tranquillité : l'angoisse du quai vide
Si le plan est imparable pour le portefeuille, il demande une discipline de fer avec la montre. C'est d'ailleurs le seul vrai argument des croisiéristes pour justifier leurs tarifs délirants : la garantie du retour à l'heure.
Le contrat est clair. Si vous prenez l'excursion officielle de la compagnie et que le bus se retrouve coincé dans un embouteillage monstre à l'autre bout de la région, le navire attendra ses passagers, quitte à décaler son départ de plusieurs heures. Si vous vous débrouillez seul et que vous loupez l'heure limite d'embarquement (généralement trente minutes avant le départ du navire), le paquebot lèvera l'ancre sans vous. Les frais astronomiques pour courir après le bateau, réserver un hôtel en catastrophe et prendre un billet d'avion pour le rattraper à l'escale suivante seront intégralement pour votre poche.
Économiser des dizaines d'euros en court-circuitant les tarifs du bord est à la portée de tout le monde, et c'est l'assurance de s'offrir une vraie bonne table locale à terre plutôt que de rentrer manger le buffet tiède du navire. Mais pour que l'opération soit rentable du début à la fin, un conseil de vieux routard : réglez votre montre sur l'heure du bateau, gardez un œil rivé sur l'horloge et prévoyez toujours une large marge de sécurité pour le retour au port.

