À quelques kilomètres seulement de Majorque, l’île de Cabrera reste un secret bien gardé. Ce parc national maritime sans voitures ni hôtels abrite des fonds marins parmi les mieux préservés de Méditerranée et une faune unique, accessible en moins d’une heure de bateau depuis un petit port ignoré des touristes.
On allait à Majorque chaque été sans savoir qu’un petit bateau menait à cette île interdite aux voitures

Des années à Majorque, et personne n'a pensé à regarder vers le large. Quinze kilomètres au sud de la côte, accessible en moins d'une heure depuis le petit port de Colònia de Sant Jordi, l'île de Cabrera existe pourtant bel et bien, classée parc national maritime et terrestre depuis 1991, sans voiture, sans hôtel, avec des fonds marins que les scientifiques citent parmi les mieux préservés de toute la Méditerranée. On peut y passer une journée entière pour le prix d'un déjeuner correct à Palma.
À retenir
- Une île méditerranéenne que même les vacanciers réguliers à Majorque ignorent complètement
- Protégée pendant des décennies par l'armée espagnole, elle a échappé à toute spéculation immobilière
- Les mérous nagent à portée de main et les espèces endémiques survivent nulle part ailleurs
Une île que la spéculation immobilière n'a jamais trouvée
Ce parc national maritime et terrestre, composé de 19 îles et îlots, est un véritable havre de paix où le temps semble s'être arrêté. Ce n'est pas un hasard. Lorsqu'elle a été utilisée comme champ de manœuvre et zone d'entraînement au tir, l'île a réussi à rester pratiquement vierge et inhabitée, échappant ainsi à la spéculation immobilière, et en 1991 elle a été déclarée parc national maritime-terrestre. c'est précisément parce que l'armée espagnole s'y est installée que les promoteurs en sont restés éloignés. Un paradoxe qui mérite d'être savouré.
Composé de 18 îles et îlots, l'archipel de Cabrera est situé à 15 kilomètres au sud de Majorque. Sur ses terrains se trouvent plus de 450 espèces botaniques et 200 types de poissons qui profitent de ses excellents fonds marins, en plus d'être un excellent lieu d'escale pour la migration de plus de 150 espèces d'oiseaux. L'île porte un passé moins bucolique qu'il n'y paraît. L'île a aussi servi de camp de prisonniers pour des soldats français après la bataille de Bailén, en 1808. Un monument commémore encore aujourd'hui les milliers d'hommes qui y moururent de faim et de maladie. Ce détail d'histoire, que le guide du parc vous raconte en quelques minutes à l'arrivée, change le regard qu'on porte sur ces falaises dorées.
La faune, elle, s'est affranchie de tout cela. Ce qui rend Cabrera vraiment à part, c'est ce qu'on ne trouve plus ailleurs : le lézard des Baléares (Podarcis lilfordi), espèce endémique définitivement disparue de Majorque et Minorque à cause des espèces invasives, vit ici en populations denses. Vous en verrez partout sur les rochers dès votre débarquement. Pour les oiseaux, Cabrera est l'un des sites de nidification les plus importants de Méditerranée pour le puffin des Baléares, espèce en danger critique d'extinction. En été, les colonies nichent sur les falaises inaccessibles. Vous les verrez en vol au-dessus de la mer depuis le bateau, caractéristiques avec leur vol ras sur les vagues.
Le trajet : une heure depuis un port que personne ne connaît
La seule manière de s'y rendre depuis Majorque est en bateau. Le port le plus proche, et depuis lequel ont lieu la plupart du temps les départs, est celui de Colònia de Sant Jordi. Ce nom ne figure sur aucune carte postale. C'est un bourg tranquille du sud de l'île, à moins d'une heure de route de Palma, et c'est précisément là que tout commence. Deux compagnies opèrent la liaison : Excursions a Cabrera et Marcabrera. Départ le matin vers 9h30, retour vers 17h. Tarif indicatif : 35 à 40 euros pour un adulte, traversée aller-retour et autorisation d'accès incluses.
Des réglementations strictes limitent le nombre de bateaux autorisés à entrer à Cabrera chaque jour, ce qui garantit une expérience sans foule, et exige de réserver à l'avance, surtout entre juin et septembre. Les excursions journalières sont très populaires et affichent souvent complet, particulièrement en haute saison. Retenir sa place deux à trois semaines avant le départ est un réflexe à adopter. Pour ceux qui souhaitent prolonger l'expérience au-delà de la journée, un camping agréé fonctionne avec un quota très limité, environ 40 personnes par nuit. La réservation se fait exclusivement via le site du parc national, complet des mois à l'avance en haute saison.
Ce qu'on fait là-bas : peu de choses, et c'est ça le secret
À l'arrivée au port naturel de Cabrera, un garde du parc vous accueille et vous explique les règles : rester sur les sentiers balisés, ne rien emporter, ne rien laisser. Vous pouvez ensuite visiter les ruines du château, explorer le musée, ou faire une randonnée jusqu'au phare. Le château du XIVe siècle offre toujours les meilleures vues de l'île. Depuis ses remparts, on contemple le contraste saisissant entre le vert de la végétation et le bleu de la mer. La montée prend vingt minutes et vaut chaque pas.
Sous la surface, le spectacle est encore plus grand. À deux ou trois mètres de profondeur, on voit le fond comme dans un aquarium. Posidonie dense, mérous qui s'approchent sans crainte, étoiles de mer à portée de main. Les eaux de Cabrera sont protégées depuis plus de trente ans, et ça se voit dans chaque centimètre carré. Un masque et un tuba suffisent. Nul besoin d'être plongeur confirmé pour comprendre pourquoi les fonds marins de Cabrera sont parmi les mieux préservés de toute la Méditerranée, abritant de vastes prairies de posidonie océanique.
Le clou de la journée arrive au retour. La Cova Blava (Grotte Bleue) est l'arrêt du chemin du retour. Les bateaux touristiques s'y arrêtent systématiquement. La lumière filtre sous l'eau et se reflète en bleu profond sur le plafond de la grotte, avec des nuances qui varient en fonction du soleil. La grotte est idéalement visitée en fin d'après-midi, lorsque la lumière du soleil crée un éclat bleu éthéré à l'intérieur. C'est un de ces lieux dont on parle encore le soir au dîner, sans trouver tout à fait les mots justes.
Ce qu'il faut savoir avant de partir
Cabrera n'est pas une destination de confort au sens resort du terme. C'est un parc national protégé avec des infrastructures limitées. Mieux vaut apporter de l'eau, des en-cas, de la crème solaire et un chapeau. Des chaussures confortables sont indispensables pour explorer les sentiers. Une petite cantine au port permet d'acheter quelques rafraîchissements, mais ne comptez pas sur un restaurant. La mer entre Majorque et Cabrera peut être agitée, notamment par vent du nord : si vous êtes sensibles au mal de mer, prenez vos précautions avant d'embarquer.
Côté protection réglementaire, la pêche commerciale et sous-marine est totalement interdite. Seule la pêche sportive légère est autorisée dans certaines zones délimitées, avec un permis spécifique à demander séparément. Ces règles ne sont pas des contraintes bureaucratiques : elles expliquent directement pourquoi les mérous nagent à portée de main et pourquoi l'eau reste d'une clarté presque irréelle. La meilleure période pour s'y rendre reste mai, juin ou septembre, juillet et août sont les mois les plus chargés, et réserver tôt est indispensable. Pour une visite plus tranquille tout en profitant d'un bon temps, mai, juin ou septembre sont à privilégier. À cette saison, les lumières du matin sur le château du XIVe siècle ont quelque chose de particulièrement mémorable — et les lézards endémiques, eux, sont là toute l'année.
Sources : yumping.com | majorque.org
